Fabian et Sergio

C’est comment être gai en Argentine

Samuel Larochelle
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drapeau gay

L’homosexualité y est légale depuis 1887. Le mariage gai et l’adoption par des parents de même sexe sont devenus possibles en 2010. Et deux ans plus tard, le Sénat a adopté une loi historique permettant aux adultes et aux mineurs (avec le consentement de leur tuteur légal) de modifier leur genre dans les documents officiels sans avoir eu recours à des traitements hormonaux ou à une chirurgie de réattribution sexuelle. Mieux encore, le changement de sexe y est gratuit depuis cinq ans. Bienvenue en Argentine !

FabioSouvent décrite comme le pays le plus européen de l’Amérique du Sud, l’Argentine est généralement perçue comme une nation pro-égalité. « Notre société est ouverte à la diversité et beaucoup moins portée à juger les membres de la communauté LGBT. Les Argentins croient aussi que les femmes représentent un sexe fort et qu’elles occupent un rôle majeur dans la communauté. Il y a d’ailleurs beaucoup plus de femmes qui travaillent que dans plusieurs pays voisins. Ces principes d’égalité se reflètent également dans notre rapport aux minorités. Cela dit, nous sommes loin d’être aussi ouverts d’esprit que le sont les Néerlandais, par exemple », explique Sergio, un homosexuel de 37 ans qui a passé sa vie à Buenos Aires, avant de déménager à Amsterdam il y a quelques mois. 
 
Tout n’est cependant pas rose, selon Fabian Garbolino, un homo-sexuel argentin de 51 ans. « Il y a quelques années, lors des débats entourant la légalisation du mariage gai, la population très catho-lique du nord du pays a énormément questionné le bien-fondé du projet. Et l’Église ne voulait pas céder. » Il ajoute que l’an dernier, des situations de violence et de discrimination graves ont eu lieu à Mar del Plata, sa ville natale. « Les membres d’un groupe néo-nazi agressaient physiquement les gais dans la rue. Ils ont aussi jeté des pierres dans les fenêtres d’un pub, brisé des vitres et tagué les murs avec des inscriptions homophobes. »
 
Questionné à propos de l’homophobie dans son pays d’origine, Sergio raconte avoir été agressé au travail. « À l’époque où je travaillais en tant que consultant, un cadre a compris que j’étais homosexuel. Il m’a insulté à plusieurs reprises et un jour, il m’a même poussé contre un mur en disant des horreurs sur mes préférences sexuelles. Quelques mois plus tard, il a été renvoyé de l’entreprise. Plusieurs collègues avaient été témoins de ses agissements homophobes avec d’autres employés gais. Heureusement, l'entreprise était très gay friendly. »
 
Il existe donc certains mécanismes de protection et de défense anti-discriminations en Argentine. Néanmoins, Fabian sait que la bataille des droits LGBTQ est loin d’être remportée. Spécialement en ce qui concerne les trans à travers le pays. « Je suis persuadé qu’ils subissent plus de discrimination et de violence que les gais et lesbiennes. C’est très difficile pour les trans de trouver un emploi stable ou juste un travail tout court. Pour cette raison, plusieurs d’entre eux finissent par se prostituer... Et ils n’obtiennent pas suffisamment de soutien de leurs familles. Plusieurs trans ont été expulsés de la maison familiale dès leur adolescence. Il y a encore énormément de travail à accomplir pour assurer leur sécurité et leurs droits. »
 
Fabian est cependant rassuré de voir la diversité grandissante des participants à la Pride organisée à Buenos Aires, démontrant le soutien d’une partie imposante des hétérosexuels. « Depuis quelques années, les alliés hétéros et les familles participent de plus en plus à la Pride. C’est une grande fête, et pas seulement pour la communauté LGBT. L’atmosphère qui règne ce jour-là est très joyeuse. » Sergio abonde dans le même sens. « Les gens défilent dans la rue, font la fête et célèbrent les conditions de la communauté LGBT.»