Par ici ma sortie — société

Célébrer la fierté sans rien oublier

Denis-Daniel Boullé
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Denis

Nous sommes à quelques jours de notre grande fête annuelle, la Fierté Montréal. Elles et ils seront nombreux cette année à participer, et surtout celles et ceux qu’on appelle les "allié.e.s", qui ont compris depuis longtemps que l’inclusion, la rencontre de l’autre, des autres se passaient beaucoup mieux autour d’un verre ou en dansant sur la même musique. Fierté Montréal, c’est aussi cela. Et c’est tant mieux.

On commence à se foutre de l’orientation sexuelle, du genre, des origines, de l’âge. On cherche simplement à partager, à se connaître, et à s’unir sur nos ressemblances et à s’intéresser aux différences, source d’enrichissement. Je rêve peut-être en couleur. Mais Fierté Montréal, c’est aussi cela, et c’est bien. 
 
On fête, mais on réfléchit également avec la tenue de deux grandes Conférences: celle sur nos réalités actuelles au Canada, et celle sur les droits LGBTQ+ et la Francophonie. Rappelons que l'Organisation Internationale de la Francophonie (OIF) regroupe environ 80 pays à travers le monde, pour un total estimé en 2014 à 274 millions de locuteurs. Conférence qui mérite notre attention puisque la plupart des pays de cette organisation sont hostiles à améliorer la condition des LGBTQ+. Le Canada et le Québec, membres de l’OIF, soulèvent dans toutes les rencontres la nécessité de respecter et de protéger les LGBTQ+. 
 
La Tchétchénie est un tout petit pays. À peine 1,3 million d’habitants. C’est une république, ce qui pourrait se traduire un état de droit. C'est en fait une dictature dont le président, Ramzan Kadyrov, a été nommé par Vladimir Poutine en 2007. Ce qui en dit déjà long. Ce prin-temps, nous nous sommes indignés devant le nettoyage social dans ce pays contre les gais: emprisonnements, torture, exécutions sommaires publiques sans que les autorités tchétchènes ne bougent. Fin Juillet, au cours d’une entrevue télévisée et facilement consultable sur Internet, voici ce que déclarait Ramzan Kadyrov: «Nous n’avons pas ce genre de personnes ici. Nous n’avons pas de gais et s’il y en a, emmenez-les au Canada. Emmenez-les loin d’ici pour que nous n’en ayons pas chez nous, pour purifier le sang de notre peuple» et plus loin: «Ils sont le démon. Ils sont à vendre, ce ne sont pas des hommes. Que Dieu les maudisse pour ce dont ils sont accusés. Ils devront en répondre devant le Tout-Puissant.»
 
La Tchétchénie, c’est loin. Le Canada et le Québec n’entretiennent aucune relation diplomatique, ni économique surtout, avec cette petite "république", satellite de Moscou. Mais dans combien d’autres pays se produisent – à petite ou à grande échelle – des exactions semblables? Des pays où les autorités sont complices et un peu plus silencieuses que le tonitruant représentant tchétchène. 
 
Ce qui m’attriste le plus, c’est que dans nos pays, se fondant à peu près sur les mêmes valeurs, généralement au nom de la nature et d’une religion, des discours moins extrêmes sont repris par des conservateurs, par des religieux, diffusés sur les réseaux sociaux pour contrer les droits LGBTQ+. Et même ici. Prenant connaissance de la vidéo du leader tchétchène, tout en faisant ma revue de presse, je suis tombé sur une chronique de Mathieu Bock-Côté paru dans le JDM du 5 juillet et titré: l’idéologie trans. Mathieu Bock-Côté n’est pas un extrémiste. Jamais il n’a appelé à une fatwa contre les LGBTQ+. Mais ses propos rejoignent tout ce que l’on peut entendre contre les LGBTQ+. Tout d’abord, en utili-sant l’imposture intellectuelle, comme dans sa chronique où à partir d’un exemple particulier, il tire une généralité qui formerait le ciment d’une idéologie. Le choix de parents de ne pas vouloir inscrire de genre à leur enfant pour que lui-même plus tard puisse choisir ferait partie de l’idéologie Trans. Je ne suis pas sûr que ce choix soit revendiqué par l’ensemble de nos communautés et par l’ensemble des personnes trans. De quelle idéologie parle donc le chroniqueur? 
 
Mathieu Bock-Côté n’est pas homophobe, ni transphobe. Bien au contraire. OK, il est largement condescendant quand il parle des personnes trans comme dans cette phrase: «À de très rares exceptions près, souvent dramatiques et qui méritent évidemment notre sympathie et notre soutien, être homme ou femme va de soi.» Beaucoup s’arrêteront sur le «va de soi» et auraient envie de demander au chroni-queur où il est allé pêcher ça? Sa réponse vient plus loin: ce serait la Nature, contre laquelle on ne pourrait aller. Les personnes trans n’en feraient donc pas partie? Cette fameuse Nature et ces intangibles.      Mathieu Bock-Côté, qui se veut intellectuel, devrait pourtant se rappeler que la nature telle que nous la lisons ne tient qu’à la perception et à l’interprétation que nous en avons. 
 
Le discours est dangereux car comme pour les religieux, il se fonde sur des lois naturelles ou divines, qui ont été écrites par des hommes (je maintiens le masculin ici), qui ne peuvent être questionnées. C'est sur ces mêmes "lois" que se fondent le discours et les actes de Ramzan Kadyrov. Je rappellerai que tant la loi naturelle que la loi religieuse n’envisagent les relations sexuelles que pour la procréation, un fait pour la première, une prescription pour la se-conde. Mathieu Bock-Côté ne baise-t-il que pour se reproduire? Baiser en dehors de ces lois est-il naturel, alors? 
 
Allez Mathieu, si dans certains domaines tu touches ta bille, en ce qui concerne les LGBTQ+, tu souffres d’un manque cruel de connaissances au point d’enfiler les poncifs les plus éculés. Un conseil amical: pourquoi ne pas assister aux deux Conférences de Fierté Montréal? Ton cours 101 sur les LGBTQ+.