La chronique du Conseil québécois LGBT

Le Gris-Québec a 20 ans et est loin d’avoir fini

Collaboration Spéciale
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André Tardif

Ce mois-ci, le Conseil québécois LGBT cède son clavier à l'un de ses administrateurs, André Tardif, qui rend hommage à son organisme, le GRIS-Québec, pour ses vingt ans. 

Le GRIS-Québec a vingt ans cette année. Vingt ans et toujours présent, en constante évolution et devenu un organisme de référence. 
 
Au fil des huit dernières années, j’y ai été bénévole, puis employé. J’ai eu la chance d’être le témoin privilégié de grands changements, et surtout, il m’a été permis de côtoyer certains des plus grands acteurs de ces changements; des citoyennes et citoyens engagé.e.s bénévolement (vous êtes cruciaux!), des gens des milieux politiques, scolaires, du réseau de la santé et des services sociaux et bien entendu, du milieu communautaire. Un peu partout et de toutes les manières, de petites et grandes luttes ont été menées et j’ai eu l’occasion d’en être partie prenante ou d’y assister. 
 
Ces changements devaient tout d’abord s’inscrire dans nos lois, le passage obligé. Je nous ramène au fameux Rapport de consultation du Groupe de travail mixte contre l’homophobie De l’égalité juridique à l’égalité sociale - Vers une stratégie nationale de lutte contre l’homophobie. C’est sans doute le premier document que j’ai pris et lu en arrivant en poste au GRIS-Québec. Un incontournable. Le document a été adopté par la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse en 2007. Le GRIS-Québec fêtait cette année-là son dixième anniversaire. 
 
La pierre angulaire de tout ça, ce qui a fait en sorte qu’il a été possible de rêver et de construire la suite des événements et de voir apparaître, fin 2009, la Politique québécoise de lutte contre l’homophobie et plus tard son plan d’action, c’est que les personnes et organisations, peu importe lesquelles et malgré leurs différends, ont été conviées à une même table afin de projeter vers quoi et où, collectivement, elles aspiraient à aller. 
 
Nous avons vingt ans cette année, et au cours de cette vingtaine d’années, bien du chemin a été parcouru. Si on souligne assez souvent, et avec raison, que «oui, mais aujourd’hui, c’est différent…», il arrive que l’on puisse déceler dans l’intention un sous-entendu, un petit quelque chose qui semble ajouter «ça y est, c’est bon, on peut passer à autre chose». On aimerait bien que ce soit le cas. 
 
Le message que je souhaite passer, et je crois sans me tromper pouvoir ici parler au nom du GRIS-Québec et de bien d’autres organisations et personnes mobilisées ou intéressées par la lutte contre l’homophobie et l’intimidation (et je vais ajouter la lutte «au confort et à l’indifférence»), c’est que ce n’est pas fini. Si c’est un lieu commun de le dire, c’est aussi le constat que l’on fait tous les jours quand on œuvre dans une organisation aussi près du terrain que le GRIS-Québec. Il y a encore des besoins en matière de sensibilisation, de formation, de soutien, d’éducation et de changement. De profonds changements, selon les milieux et les personnes. Il y a encore des modè-les à proposer, des initiatives à encourager, des directions d’écoles à rencontrer et des parents avec qui discuter. Et ce, tous les jours. Sans exception. Tous les jours. 
 
Oui, les choses ont évolué grandement, franchement et tellement. Mais justement, les choses changent. Les choses changent et peuvent revenir à ce qu’elles étaient. Ici, j’insiste, nous ne sommes pas à la recherche de la fin de l’histoire, nous ne faisons que nous assurer qu’elle continue de progresser dans le bon sens. Mettre fin définitivement aux préjugés et aux mythes entourant les orientations sexuelles? Je ne pense pas. Faire disparaître l'homophobie de la surface de la planète? Je ne sais pas. Faire en sorte de maintenir, surtout d’améliorer ce que nous avons acquis collectivement? Ça oui, c’est déjà au programme! 
 
Notre manière de le faire depuis vingt ans au GRIS-Québec a été de le faire ensemble, humainement et malgré tout. Nous avons été soutenus et avons soutenu à notre tour, collaboré, ajouté et bonifié. Nous avons concerté et avons été concertés. 
 
Aujourd’hui, nous avons encore besoin de gens, d’ouverture et de sensibilité, de soutien financier et matériel. Besoin de grandir. Besoin de projeter ce que seront les vingt prochaines années, vers quoi et où nous souhaitons nous rendre. Quels seront les obstacles à franchir. Quelles seront les victoires à célébrer… 
 
André Tardif
GRIS-Québec