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Barry Rouston: dans l’espace, personne t’entend grogner

Benoit Migneault
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Barry Rouston

Après que Paul (la douce moitié de Conrad et Paul) nous eut offert l’irrévérencieux Une station spatiale nommée désir, qu’il considère comme une œuvre phare de la science-fiction, notre héros décide d’explorer plus avant le genre.

Barry Rouston: dans  l’espace, personne  t’entend grognerComme à son habitude, c’est sans vergogne, et pour notre plus grand plaisir qu’il pioche dans tous les clichés et classiques de la SF, que ce soit du côté d’Alien que de Flash Gordon ou de 2001, l’Odyssée de l’espace. Dans ce nouvel opus, son avatar, Barry Rouston, se trouve propulsé dans un espace-temps complètement déjanté où se côtoient toutes les races de l’univers articulées autour d’un centre de divertissement qui porte le nom fort approprié de Gonocock IV. Logiquement, tout pour plaire à notre héros, mais Barry réalise bien vite avec horreur qu’il semble être le dernier homme gai de l’univers, ce qui réduit sensiblement les possibilités de satisfaire sa libido débordante. Il n’en faut pas plus pour que s’amorce une exploration de planètes encore inexplorées afin de trouver matière à satisfaire son appétit! La bande dessinée bascule constamment entre le récit spatio-érotique, écrit par Paul, et le quotidien de celui-ci, notamment les critiques incessantes de Conrad qui lui suggère d’aborder des thèmes sociaux plus sérieux plutôt que de simplement planter un mec poilu à toutes les cinq pages. De même, du côté de sa sœur qui ressasse continuellement les prodiges de virilité de Brick, son mari, qui ne cesse d’allumer Paul. L’auteur, Ralf König, s’amuse allègrement avec les clichés de science-fiction et des récits érotiques et manifeste une grande habileté à faire coexister deux univers: la vie quotidienne de Paul qui influence le roman, de même que l’écriture de celui-ci qui n’est pas sans impact sur le regard que porte Paul sur sa propre existence. Le tout s’avère irrésistible tant au niveau du roman de SF que du quotidien de Paul qui font flèche de tout bois, que du dessin souvent à la limite de la caricature et qui ne fait qu’amplifier l’absurdité des situations. Bref, on ne peut que souhaiter que Paul, par l’intermédiaire du bédéiste Ralf König, continue d’explorer le genre.
 
Barry Rouston: dans l’espace, personne t’entend grogner / Ralf König. Paris: Glénat, 2017. 223p.