Le projet PIVO sur le «Chemsex»

Quand le sexe mélangé aux drogues met notre santé à risque

André-Constantin Passiour
Commentaires
La Clinique de Médecine Urbaine du Quartier latin

La Clinique de Médecine Urbaine du Quartier latin (CMUQL) lance un nouveau projet de sensibilisation et de prévention axé sur les comportements à risque liés aux relations sexuelles et la consommation de drogues. Ce nouveau projet appelé PIVO s'étendra d’une durée de deux ans. Il porte sur le «chemsex» (mot-valise pour chemical sex, soit sexe sous drogue) et vise par conséquent à rejoindre les personnes qui consomment des drogues dans le but d’avoir des relations sexuelles plus intenses. 


On profitera des activités de la Fierté à Montréal pour faire connaître le projet PIVO. Nous participerons à des événements d’envergure qui se tiendront principalement dans le Village. Le premier se tiendra samedi 19 août prochain, dans le cadre de la Journée communautaire de la semaine de la Fierté. À cette occasion, la Clinique de Médecine Urbaine du Quartier latin sera présente avec un kiosque aménagé en collaboration avec le Portail VIH/sida », indique le Dr. Pierre Côté. 
 
PIVO s'adresse particulièrement aux individus qui ont des comportements sexuels à risque. Parmi ceux-ci, mentionnons ceux qui ont de nombreux rapports sexuels avec plusieurs partenaires différents, pendant plusieurs heures. On veut les sensibiliser à l’importance d’un dépistage régulier et leur fournir un accès rapide et facile aux services de dépistage. 
 
«Le chemsex est de plus en plus présent dans la communauté. C’est dans ce contexte-là que nous voulons aller sur le terrain et diversifier notre approche en distribuant du matériel de prévention. C’est une stratégie dans le but de rejoindre plus facilement ces hommes. Nous voulons ainsi élargir l’offre de services, encourager le dépistage et offrir du conseil concernant la consommation des drogues dans un contexte sexuel. Comme on le sait, la consommation de drogues peut éliminer plusieurs de nos inhibitions et altérer le jugement», souligne le Dr. Pierre Côté qui œuvre depuis 20 ans au sein de cette clinique.
 
Mais lorsqu’on parle de «chemsex», de quelles drogues parle-t-on, au juste? Il y a le cristal meth (abréviation de cristal méthamphétamine, ou tina, cristal ou ice), le GHB, l’ecstasy, la kétamine, le speed, la cocaïne, etc. «C’est souvent un mélange de plusieurs drogues qui décuple le caractère nocif pour la santé», d’ajouter le Dr. Pierre Côté.
«Il y a une augmentation de relations sexuelles sans protection, poursuit le Dr. Côté. On observe une nette augmentation des infections transmissibles par le sexe et par le sang (ITSS): gonorrhée, chlamydia, syphilis, etc. Les gens ont moins peur du VIH-sida, il y a la PrEP [prophylaxie pré-exposition sexuelle] par exemple qui protège uniquement contre le VIH, mais pas des autres ITSS. On a peut-être baisé avec un partenaire qui se disait être sur la PrEP, mais qui peut-être ne suivait pas régulièrement son traitement, etc. Bref, on veut sensibiliser les gens encore plus.»
 
On souhaite ici, également, arrimer les services de santé sexuelle et ceux concernant la consommation de drogues. Pour rejoindre ces personnes, des professionnels de la CMU du Quartier latin iront les rencontrer dans les lieux qu’elles fréquentent. Les personnes qui le souhaitent seront invitées à remplir un sondage anonyme sur une tablette, qui portera sur la santé sexuelle et les drogues. Cela dans le but de les sensibiliser à leur comportement puis, par la suite, à inciter les personnes à risque à aller se faire dépister à la clinique. Il sera à ce moment possible de prendre un rendez-vous en ligne ou d’aller directement à la clinique. «Les questionnaires nous aideront à mieux comprendre le phénomène, à faire évoluer les connaissances et à adapter les services offerts», note le médecin.
 
À la suite de cet événement, la CMU du Quartier latin offrira des plages horaires supplémentaires de dépistage dédiées au projet, quelques journées par semaine. Un infirmier embauché par l’équipe du projet accueillera les personnes qui souhaitent passer un test de dépistage. Celui-ci sera également habilité à répondre aux questions qui concernent la consommation de drogues et pourra référer pour un suivi avec un autre professionnel au besoin. «Nous ne sommes pas là pour faire la morale à quiconque, renchérit le docteur. Notre rôle est de les évaluer et, au besoin, de leur offrir des références ou de les diriger vers des ressources plus spécialisées». Cette présence à la Journée communautaire de Fierté Canada ne sera pas la seule. Il y aura prochainement d’autres interventions à venir et les dates et les lieux seront dévoilés ultérieurement, mais il y en aura quatre en tout..
 
La fin d’une époque, le début d’une autre
Toute l’équipe de la CMU du Quartier latin est maintenant réunie dans de nouveaux espaces fraîchement aménagés situés au 2e étage du 1733 rue Berri (dans la Gare d’autocars). La nouvelle clinique s’étend sur quelque 15 000 pieds carrés. On retrouve, entre autres, une pharmacie Martin Duquette. C’est ainsi la fin d’une époque et le début d’une autre pour cette clinique fondée en 1997 puisqu’elle ferme ses bureaux situés au 905 Boul. René-Lévesque Est. La CMU du Quartier latin a développé au fil des ans une expertise variée qui regroupe aujourd’hui l’une des plus vastes équipes de professionnels au Québec spécialisés dans le VIH, l’hépatite C, les ITSS et la médecine générale. La Clinique de Médecine Urbaine Quartier latin est également un pôle de recherche majeur dans le domaine de la recherche sur l’infection par le VIH et par l’hépatite C au Canada.
 
La Clinique de Médecine Urbaine du?Quartier Latin (CMUQL), 
au 1733, rue Berri, 2e étage, Montréal. 
Pour prendre rendez-vous : 514-285-5500.