Mercredi 16 août

Féminisme queer et humour non censuré

Julie Vaillancourt
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Mercredi 16 août prochain aura lieu le spectacle Queer.Féministe.Fun. avec six femmes humoristes du Québec et du Canada. Jess Salomon, Dorothy Rhau, les Grandes Crues (Ève Côté/Marie-Lyne Joncas) et DeAnne Smith, monteront sur scène lors de ce spectacle bilingue qui sera animé par l’humoriste canadienne Elvira Kurt. En plus de 30 ans de carrière, l’humoriste et animatrice vedette du Comedy Network, s’est prêtée au jeu de l’entrevue afin de discuter de féminisme, de Fierté et de découverte de soi, à travers l’humour.

Que peut-on attendre du spectacle intitulé Queer.Féministe.Fun?

Bien sûr, le thème du féminisme est au cœur du spectacle, mais pour moi, c’est le mélange de ce que j’aime de l’humour. D’abord, le personnel. Quand tu es queer, au-delà de ton identité, il y a aussi un postulat politique. Pour moi, me présenter sur scène est un acte politique en soi, car je suis une femme mature qui a l’apparence d’Astro Boy… Le spectacle présentera 6 points de vue humoristiques différents, alors il y en aura pour tout le monde!

Comment rendre le féminisme «fun», notamment auprès de la jeune génération où il n’est pas très populaire?

Ce n’est pas mon boulot de prendre soin d'une génération en parti-culier! Si les gens croient que le féminisme n’est pas fun, c’est parce qu’ils ne le pratiquent pas correctement! La pensée critique n'empêche pas d'être drôle. Au contraire, c’est même la base des meilleures comédies! À ceux qui croient réellement que le féminisme ne peut pas être drôle, ne venez pas au show! Il y a plein de choses merdiques que vous pouvez faire à la place: lire le compte Twitter de Trump, regarder les Kardashian…

Tu es ouvertement lesbienne et pour te décrire, tu as inventé le terme «fellagirly», un mélange de femme et butch.

Oui, c’était il y a près de 20 ans et je manquais d’introspection à l’époque. Par la suite, j’ai trouvé ma vérité, évolué parmi les diverses identités. Aujourd’hui, le matériel que je présente est beaucoup plus nuancé. Les terminologies LGBTQ+ demandent des ajustements constants. Il faut élargir le cercle. La comédie peut éduquer et amener une certaine connaissance de soi, rejoindre ceux qui ont de la difficulté à se situer, ou encore ceux qui demeurent dans la honte. C’est une façon de s’entraider en ouvrant nos connaissances au monde. Quand j’ai pris la voie de l’humour, ça m'a sauvé ma vie. Ça m’a aidé à devenir la personne que je suis aujourd’hui. Mais comme tout processus de découverte de soi, cela a été un long cheminement.

Faire rire les gens implique souvent de provoquer la discussion sur des sujets chauds.

Inévitablement. Il y a de nombreux genres de comédie, mais celles qui m’interpellent s’inscrivent dans la veine de la provocation. J’aime ça, car ça m’amène à réfléchir différemment.

Mais est-ce difficile de doser? Marcher sur la mince ligne qui sépare la provocation de la controverse?

Définitivement. On sait immédiatement si on a l’audience dans sa poche ou si on a manqué le bateau. Un bon humoriste sera capable de négocier avec ça. Après 30 ans de carrière, c’est en partie pourquoi j’aime tant mon métier: on a une réponse instantanée du public et on n’a jamais de garantie sur le succès d’un spectacle ou d’une blague. Une soirée, je peux parler de colonialisme 150 en opposition au Canada 150 et le public applaudit, rit avec moi. Le soir suivant, des criquets… mais c’est la beauté du métier! Il faut donc s’adapter constamment en gardant en tête le prérequis de la job: faire rire le monde! Pour le spectacle Queer.Féministe.Fun, j’ai des marqueurs de ce dont je vais parler, de Fierté bien sûr, mais je vais d’abord m’imprégner de l’atmosphère. En fait, mon spectacle n’est pas écrit d’avance, je le veux fluide, intuitif et flexible… Tu sais, comme la sexualité humaine!

QUEER.FÉMINISTE.FUN le MERCREDI 16 août à 21h, à la Place Émilie-Gamelin.
Entrée gratuite sur le site.