VIH / sida

VIH et trans

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La 9e conférence mondiale HIV Science s’est déroulée en juillet à Paris. Sujet peu abordé habituellement, la question du VIH chez les femmes trans a fait l’objet de plusieurs communications.


Faible connaissance de la PrEP pour les femmes trans au Brésil

D’après une étude exploratoire menée dans la région du Nord du Brésil, la plus pauvre du pays, auprès des femmes trans vivant au Brésil, seulement 18 % des femmes interrogées avait connaissance de l’outil. Concernant l’intérêt, deux fortes tendances : 90 % d’entre elles étaient très intéressées par la prophylaxie pré-exposition quand les 10 % restantes l’étaient très peu. Parmi ces dernières, aucune n’avait l’intention de commencer une PrEP si cela était possible. Les facteurs associés à la faible connaissance était le fait d’avoir plus de 25 ans, être latino-américaine, avoir des revenus faibles et d’avoir recours au travail du sexe. La connaissance sur la prévention est globalement plus faible dans le Nord du pays, avec un accès très limité à la PrEP, même si le pays a récemment décidé de la rendre plus accessible dans sa stratégie de lutte contre le VIH. Une raison d’attaquer les inégalités sociales et d’accès aux soins pour permettre aux groupes vulnérables de pouvoir connaitre et demander ce moyen de prévention.

Comment les femmes trans se contaminent-elles au VIH en Californie ?

Une chercheure américaine a expliqué que les femmes trans sont 50 fois plus vulnérables au VIH que les adultes cisgenres. Elles passent aussi inaperçues dans les études car mal genrées et souvent intégrer aux HSH dans les enquêtes épidémiologiques. À travers la phylogénétique, c’est-à-dire la composition du virus au sein de groupes auxquelles elles appartiennent, elles ont représenté 70 des 563 contaminations observées, mais en proportion, elles sont beaucoup plus touchées par l’infection que des hommes hétérosexuels ou les femmes cisgenres observés. Aussi, 41 % d’entre elles rapportent des injections à risques. L’usage de drogue a également un impact sur le risque d’infection. Une preuve selon la chercheure de la vulnérabilité des femmes trans et l’importance de mieux répertorier les cas en respectant l’identité de genre et non le sexe de naissance.

Que veulent les femmes trans dans la prévention du VIH ?

Autre étude américaine, à Washington cette fois-ci, concernant l’impact du VIH parmi les femmes transgenres de couleur. Parmi les 200 participantes à des groupes de parole sur ces questions, il a été possible d’obtenir une photographie de la situation épidémiologique et sociale de cette communauté. Elles ont 38 ans en moyenne, sont majoritairement noires et au tiers hispaniques. Près de 87 % bénéficient d’une couverture maladie publique, et 75 % d’entre elles vivent sous le seuil de pauvreté. La prévalence du VIH atteint le chiffre ahurissant de 55 %. Une situation catastrophique auxquelles s’ajoutent des enjeux sociaux très lourds : la violence et la stigmatisation à leur encontre, le manque de confiance dans le milieu médical et l’éloignement des services VIH. Pourtant, les femmes séropositives ont toutes été sous traitement ARV à un moment de leur vie. 91 % sont toujours sous ARV, mais plus de 52 % d’entre elles ont dû interrompre leur traitement à un moment donné. Elles plaident, et la chercheure présente avec elles, pour une approche beaucoup plus holistique de la santé trans. Des soins respectueux de leur genre, des services VIH là où elles vivent ou travaillent et l’éducation des soignant-e-s sur ces enjeux, voire d’engager des personnes de la communauté trans pour cela.

Perception du risque : défi de taille chez les femmes transgenres

Une étude menée en Thaïlande est venue interroger la perception du risque chez les femmes trans vivant dans cinq villes du pays. Plutôt jeunes et assez concernées par le travail sexuel, elles connaissent une prévalence de 5 % et 32 % d’entre elles ont déjà eu une IST. Sur ce constat, les chercheurs ont demandé à quels niveaux de risque face au VIH elles se situaient : nul, faible, moyen ou fort. De manière générale, la connaissance sur la prévention était globalement la même, peu importe le niveau de perception du risque. Cependant, parmi celles qui déclaraient ne prendre aucun risque, 20 % d’entre elles rapportaient avoir des partenaires multiples. Une donnée parmi d’autres qui indique que les femmes trans thaïlandaises ont une perception du risque plus faible que le risque réel. Et une perception du risque plus faible était associée à une envie moindre d’utiliser les outils de prévention comme la PrEP.

Source : Seronet