VIH / sida

PrEP, Ipergay et chemsex

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La 9e conférence mondiale HIV Science s’est déroulée en juillet à Paris et il y a été question souvent de PrEP et de chemsex…

PrEP orale : efficacité "Iper-élévée" !

Les résultats de la phase ouverte (tous les participants recevaient le Truvada à la demande) de l’essai ANRS-Ipergay font, par ailleurs, l’objet d’une publication en ligne dans "The Lancet HIV", lundi 24 juillet 2017. Ils montrent une efficacité de 97 % contre le risque d’infection au VIH avec la PrEP intermittente chez les hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes qui ont des rapports non-protégés par un préservatif. Soit un chiffre encore plus élevé que durant la phase fermée, Truvada versus placebo (86 %). Seule une seule personne s’est contaminée parmi les 362 participants. Celle-ci avait, en fait, arrêté de prendre son traitement. Cette étude complémentaire de l’essai ANRS-Ipergay montre également qu’il n’y a pas d’augmentation significative des autres IST dans la vraie vie par rapport à la phase randomisée, et que ce traitement préventif reste bien toléré en terme d’effets indésirables.

Ipergay même pour les "petits" utilisateurs

Dans la même présentation des résultats d’hier sur l’efficacité de la PrEP intermittente en phase ouverte (voir billet d’hier), une autre donnée intéressante a été livrée par le professeur Jean-Michel Molina, investigateur de l’essai ANRS-Ipergay. En effet, ont été extraites de la phase randomisée (où les participants recevaient Truvada ou un placebo) de nouvelles données, la prise médiane de comprimés par les participants était de quinze par mois, pour un niveau de dix rapports sexuels par mois. Les chercheurs expliquent avoir voulu déterminer si l’efficacité de la PrEP en prise intermittente était la même pour les participants moins actifs sexuellement. Ils ont donc cherché dans les périodes où des participants étaient sous cette médiane, si les contaminations avaient eu lieu. Les six contaminations constatées n’ont eu lieu que dans le bras placebo, signe que ceux qui prenaient bien du Truvada, même à un rythme plus faible, restaient  très bien protégés de l’infection au VIH. La PrEP reste donc hautement efficace, même chez ceux qui ont peu de rapports sexuels. Fervent défenseur de ce schéma intermittent, le Pr Molina a souligné que ce dernier n’était pas reconnu partout dans le monde, alors qu’il permet plus de flexibilité pour les personnes, avec moins de toxicité à long terme. "Cette option doit être un levier pour que plus de gens prennent la PrEP dans les populations les plus exposées". Le schéma reste à évaluer chez les femmes et les hommes hétérosexuels. L’essai ANRS-Prevenir veut, à une bien plus large échelle qu’Ipergay, évaluer l’intérêt et l’efficacité de la PrEP pour l’ensemble de ces groupes. Et d’ajouter que l’arrivée des génériques du Truvada serait imminente en France, ce qui permettrait de réduire drastiquement le coût de cette stratégie, et donc de la rendre plus facilement supportable pour les finances publiques et donc encore plus attractive.

Notifications aux partenaires : enfin des données !

Encore une sous étude d’Ipergay. Tentaculaire, cet essai de PrEP a permis également de passer un questionnaire entre avril et juin 2016 auprès des participants de la phase ouverte. "Enfin une première image de comment les gens font, et, ici, les hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes (HSH)", s’est félicitée Marie Suzan-Monti, chercheure à l’Inserm, co-investigatrice de cette sous-étude et également administratrice de AIDES. Une population cependant informée et volontaire, au sein d’un essai, nuance-t-elle. Parmi les 275 répondants, 250 déclarent avoir eu au moins une IST durant l’essai. En ont-ils ensuite parlé à un de leurs partenaires ? D’après leurs déclarations, plus de 70 % l’ont notifiée d’eux-mêmes et souhaitaient continuer à le faire pour les éventuelles futures IST. Dans les motivations, il est intéressant de noter qu’un rapport anal non-protégé avec un partenaire occasionnel n’est pas une raison incitant à notifier une IST à son partenaire principal. En cas de chemsex, la notification est plus fréquente. Cette enquête exploratoire sur la notification aux partenaires ne fait pas de distinction entre les IST, et ne vise pas le VIH. Ce qui parait étrange après 35 ans de lutte. Il reste du chemin à faire note le professeur Jean-Michel Molina, présent pendant ce point à la presse française organisé par l’ANRS. Contrairement à d’autres pays, la France ne s’est pas lancé dans cette stratégie de tracking des transmissions par les médecins, pour des raisons de protection de données et de secret médical. Aussi les ONG sont inquiètes vis-à-vis de la possible criminalisation à l’aune de cet outil de surveillance. D’autres pays, comme la Suède ou l’Australie, ont mis en place des stratégies de notification anonyme, avec succès. Cette première enquête française doit être un moyen de se pencher à nouveau sur ce moyen de rattraper les pistes de l’infection.

La PrEP, un outil adapté aux chemsexers

La consommation de produits dans un cadre sexuel chez les gays (chemsex) séronégatifs ayant participé à la phase ouverte de l'essai ANRS-Ipergay était associée avec le fait de prendre la PrEP, selon une analyse présentée par Perinne Roux (Inserm) à l'occasion de la conférence HIV Science de l'IAS à Paris. Cela montre un niveau de conscience des risques pris lors de la pratique du chemsex et que la PrEP est un outil de réduction des risques adapté à cette population. Près de 30 % des participants déclaraient avoir pratiqué le chemsex au cours de leur suivi dans le cadre de cet essai. Si les caractéristiques sociodémographiques des prepeurs étaient les mêmes entre non chemsexers et chemsexers, le profil psychologique de ces derniers dénote quant à lui une plus grande vulnérabilité (plus fortes consommations d'anxiolitiques et score plus élevé de recherche de sensations). Cette étude souligne la nécessité de profiter de l'opportunité des consultations PrEP pour proposer un accompagnement spécifique sur la consommation de produits dans un cadre sexuel.

Source : Seronet