Raids policiers dans les bars gais

Le maire Coderre et le chef Pichet offrent les excuses officielles pour les raids qui ont ciblés les LBGT

André-Constantin Passiour
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Maire Denis Coderre
Photo prise par © Denis Coderre au Parc des Faubourgs
  • Maire Denis Coderre

Alors que le drapeau arc-en-ciel flotte sur la mairie et que les autres drapeaux sont en berne en solidarité avec les attentats subis par Barcelone la veille, un salon de l’hôtel de ville était bondé de gens et de médias venus entendre les excuses officielles de l’administration municipale et du Service de police de la ville de Montréal (SPVM). De la fin des années 1960 jusqu’aux années 1990, l’escouade de la moralité de l’époque a effectué des centaines d’arrestations lors de descentes policières dans les saunas, mais surtout dans les bars. Le Truxx, le Buds, le Holywood, le K.O.X./Katakombes ne sont que quelques-uns des établissements visés. Cela avait brisé bien des vies puisque, la plupart du temps, ces hommes arrêtés vivaient dans le placard. On a annoncé, en outre, la création d’un comité formé de gens de la Ville et de la communauté LGBT sur ces questions-là précisément...

Le 18 août, à deux deux jours du défilé de la Fierté, le maire de Montréal, Denis Coderre, était entouré du chef de la police, Philippe Pichet, et du président de Fierté Montréal, Éric Pineault, pour faire annonce des excuses officielles. «C’est une question de réconciliation, c’est pourquoi nous le faisons maintenant. On tourne la page maintenant parce que nous sommes sensibles aux questions d’homophobie et de transphobie […], on ne peut pas refaire le passé, mais il  nous faut continuer de travailler ensemble pour aller de l’avant», a dit Denis Coderre. «La pire des choses c’est la criminalisation», a commenté en anglais le maire Coderre en parlant de ce qui s’était passé dans les bars à ce moment-là. 

«Si on veut s’assurer de la dignité, on doit aussi poser des gestes très concrets [...], il y aura à la Ville de Montréal une politique de diversité sexuelle et de pluralité des genres.»

Denis Coderre, maire de Montréal

 
Le SPVM «regrette les descentes policières qui ont eu cours dans les années 1960 jusqu’aux années 1990 dans les bars, les saunas […] Nous espérons sincèrement que les personnes qui ont été marginalisées [suite aux arrestations] accepteront nos excuses», a renchéri le directeur du SPVM. «La société change, elle évolue, nos lois aussi, et le SPVM aussi a oeuvré auprès de ses membres sur les questions d’homophobie […] plusieurs de nos membres sont LGBT et nous entretenons d’excellentes relations avec la communauté LGBT», a poursuivi Philippe Pichet. Le chef Pichet a d’ailleurs salué le travail des policiers du poste de quartier (PDQ) 22 qui comprend le territoire du Village gai de Montréal. 
 

«Nous espérons sincèrement que les personnes qui ont été ciblées et marginalisées à l’époque accepteront de recevoir nos excuses publiques et qu’ils pourront tourner la page dans la sérénité.»

Philippe Pichet, directeur du SPVM

 
«[Ces excuses] sont de très bonnes nouvelles aujourd’hui parce que ce sont non seulement des excuses, mais c’est que nous avançons tous ensemble. C’est très apprécié et nous continuerons à travailler ensemble», a souligné pour sa part le président de Fierté Montréal, Éric Pineault.
 
«Montréal a une plus value qui est son ouverture, mais cela reste toujours fragile. c’est pourquoi il est important de poser des gestes comme ici les excuses […]», a reconnu Denis Coderre. «Nous sommes fiers de travailler activement depuis les 20 dernières années avec la communauté LGBT, mais je sais qu’il y a encore beaucoup de travail à faire et nous allons continuer», a indiqué le chef Pichet.
 
Le chef Pichet a évoqué les nouvelles pratiques du SPVM par rapport aux années des descentes. «J’ai joint le SPVM en 1991 et je peux vous dire que la police a avancé, elle a changé parce qu’elle doit refléter la société et que celle-ci a changé également.» 
 
Mais maintenant que ces excuses ont été faites, y aura-t-il des compensations ou a-t-on envisagé à de possibles poursuites de certains de ces hommes arrêtés à l'époque. ? «Je pense qu’il fallait faire des excuses et on l’a fait, a noté Denis Coderre. Non, je n’ai pas peur qu’il y ait des poursuites, sinon on ne ferait jamais rien. Cela fait depuis un an que je travaille là-dessus [avec nos partenaires] et c’est maintenant qu’on le fait.» «Nous avons eu les excuses, ce qui est très bien, mais au sujet des compensations, peut-être que celles-ci pourraient venir sous forme d’aide aux groupes communautaires qui oeuvrent dans le milieu, cela serait une compensation juste», de déclarer le président du conseil d’administration de la Chambre de commerce LGBT du Québec, Thierry Arnaud.
 
«C’est un moment historique, croit pour sa part Puelo Deir, le cofondateur du défunt groupe Divers/Cité et qui avait organisé les manifestations qui ont suivi la descente au party Sex Garage (en 1990). Je crois le maire Coderre sincère et honnête dans ses excuses. J’étais là au bar Hollywood lorsqu’ils ont effectué un raid. À l’époque, les policiers étaient armés avec des mitraillettes et il n’y avait que des hommes gais qui voulaient avoir du plaisir. Donc oui, c’était un peu touchant d’entendre les excuses du maire et de la police […]»
 
Mise sur pied d’un comité
On a profité de l’occasion pour annoncer, également, la mise sur pied d’un comité, avec des représentants de groupes communautaires LGBT, en vue de la rédaction de politiques en matières de questions LGBT pour les fonctionnaires et les policiers. «Je suis vraiment content, dit Éric Pineault. On en avait parlé avec le maire l’an passé, mais nous avions gardé ça secret. [...] Les travaux du comité commenceront cet automne. Donc, il faut se réunir, en discuter, faire les recherches, ensuite cela passera au comité exécutif puis cela doit être voté au conseil municipal, donc cela prendra d’un à deux ans. C’est tout un processus, mais cela nous mènera à des politiques claires pour, entre autres, la formation des fonctionnaires et des policiers.»
 
«Les mots sont quand même importants ici et ce sont de vrais excuses, affirme Alexandre Dumont Blais, le codirecteur Administration et Communications chez RÉZO. C’est un premier pas dans la bonne direction. Ici, c’est clair que si on peut participer aux travaux de ce comité, on verra ce qu’on pourra faire pour nos usagers. Avec les services que nous offrons à nos usagers qui sont des travailleurs du sexe, nous voyons bien que nous vivons parfois des situations difficiles avec la police. On verra qui va participer à ce comité et quelles seront les actions concrètes qui seront mises de l’avant […].»
 
À la fin des déclarations, on en a profité pour procéder à la cérémonie de signatures. Du médaillé olympique Mark Tewksbury à Stuart Milk, le cofondateur de la Fondation Harvey Milk, au professeur et travailleur social Bill Ryan à la mairesse de Montpelier, Hélène Montroux, les invités d’honneur du défilé de Fierté Canada (dimanche le 20 aout) ont à tour de rôle signé le livre d’or de la Ville sous le regard du maire Denis Coderre et des applaudissements du public présent.

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