Lutte contre l'homopphobie et les préjugés

Japon : Prévenir les préjugés LGBT chez les élèves par les livres !

Chantal Cyr
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Des éditeurs japonais sensibilisent les jeunes élèves aux questions LGBT, avec de nouvelles publications de livres, destinés aux classes. Homosexualité, bisexualité ou transgenres, autant de minorités sexuelles au Japon qu’il faut expliquer, pour vaincre les préjugés.


Les éditeurs assurent que les livres qu’ils proposent partent du postulat que chacun devrait être heureux en étant soi-même. Il s’agit d’ailleurs tout autant de sensibiliser les élèves que les enseignants. Ces ouvrages se positionnent comme des manuels de respect des droits de chacun, d’acceptation des différences et des points de vue. Vaste chantier.

«Nous souhaitons que les enfants et les enseignants qui ne vivent pas [dans des communautés LGBT] puissent lire ces livres», assure l’un des éditeurs.  L’un d’entre eux, Otsuki Shoten Co., basé à Tokyo, a publié une série de quatre ouvrages, disponible pour 2160 ¥ (autour de 25 $), écrits par Robert Rodi et Laura Ross. Traduits par Ueshida Ueda, ils ont été réalisés en collaboration avec la fédération pour les droits des LGBT. Ainsi, Watashirashiku, LGBTQ, originellement parut en anglais sous le titre Living Proud?! Growing up Lgbtq, permets une approche très concrète, sans pour autant découler de l’observation de la société japonaise elle-même.

À l’intérieur, on consacre des chapitres entiers aux questions sociétales, sexuelles, spirituelles : que signifie être transgenre, quelles sont les implications médicales, et pourquoi cette démarche peut-elle un jour s’imposer. Si le sexe que l’on reçoit à la naissance est établi, le texte interroge ce désaccord qui peut naître de cette dichotomie avec l’esprit. Mais à la théorie succède aussi la réalité, par des témoignages : celui d’une femme racontant les réactions de sa famille, lorsqu’elle a annoncé son homosexualité. «Il est important de disposer de livres facilement disponibles en bibliothèque et dans les écoles, lorsque l’intérêt est piqué», assure l’éditeur Yu Iwashita. 

Au fil des 64 pages de ces livres, sont ainsi évoquées les expériences personnelles et des approches plus globales. Mais une grande partie se consacre précisément à cet après — une fois le coming-out réalisé, que se passe-t-il??

Contrer les stéréotypes par les livres : C'est dès l'enfance qu'ils se construisent ! Chez Poplar Publishing Co., également basé à Tokyo, en fonction de l’âge des enfants, il faut prodiguer une information la plus juste possible. “Bien que ce soit un enjeu majeur, les efforts déployés par la communauté LGBT auprès des enseignants et des écoles du Japon accusent un certain retard”, estime l’éditeur Naoki Ogi. «Mais j’ai le sentiment que le vent tourne actuellement».  La série de trois livres Iro-iro na Sei, Iro-iro na Ikikata (Différents sexes, différents styles, TdR) ont été publiés en avril dernier, pour 3240 ¥ (une trentaine d’euros). Très colorés et alternant des dessins de type manga, ils se donnent pour mission de rendre plus accessibles ces questions. 

Bien entendu, ces livres doivent encore arriver dans les établissements scolaires, mais sont d’ores et déjà disponibles dans les librairies et sur la toile. Le ministère de l’Éducation a d’ailleurs encouragé les enseignants à tenir compte de la présence d’étudiants LGBT dans les écoles. Un avis a été diffusé pour demander aux professeurs et éducateurs de prendre des mesures concrètes afin de leur apporter un réel soutien. 

Au Japon comme ailleurs, les jeunes découvrant leur sexualité peuvent être victimes de harcèlement. Et lorsque le premier amour se dévoile, ils se retrouvent dans des situations complexes, motivées par une intolérance découlant avant tout de l’ignorance. «Si vous regardez les résultats de récents sondages, il se trouve au moins un enfant LBGT dans une classe. Pour établir une relation de confiance avec eux, il est primordial que les enseignants acquièrent des connaissances justes», indique un prof d’une trentaine d’années, qui officie dans la préfecture de Tochigi.