Discours

Briser le cercle de la haine

André-Constantin Passiour
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fierté Montréal Bilan 2017
Photo prise par © Serge Blais
Expo 375 ans de Présence LGBTQ
Photo prise par © Serge Blais
Espace gourmand du Parc des Faubourgs
Photo prise par © Serge Blais
  • fierté Montréal Bilan 2017
  • Expo 375 ans de Présence LGBTQ
  • Espace gourmand du Parc des Faubourgs

Avant chaque défilé, les invités d’honneur et les personnalités sont conviés à une rencontre protocolaire, soit un point de presse avec les médias. On n’a pas dérogé à la tradition le 20 août dernier. En plus de l’ensemble des dignitaires et des coprésidents d’honneur de Fierté Canada 2017, au nombre de 19 cette année, on retrouvait les premiers ministres Justin Trudeau et Philippe Couillard et le maire de Montréal, Denis Coderre. Pour la 1ière fois, le défilé accueillait un chef de gouvernement étranger en la personne du taoiseach (premier ministre) d’Irlande, soit Leo Varadkar, 38 ans, le premier homme politique irlandais de haut niveau à afficher ouvertement son homosexualité.

Que ce soient les représentants de Fierté Canada 2017, Éric Pineault ou Jean-Sébastien Boudreault, respectivement président et vice-président de Fierté Montréal, les politiciens ou certains des coprésidents d’honneur, tous ont souligné l’importance de la diversité, de l’ouverture, de la non discrimination et de l’acceptation de l’autre. Le thème de la «vigilance» a été omniprésent. Le tout sur fond des manifestations de la droite et de la gauche, presque au même moment, qui se déroulaient à Québec au sujet de l’immigration. 
 
«Les citoyens du Canada et ceux d’Irlande savent que la diversité est une source de force et non de faiblesse. Nous comprenons qu’il ne suffit pas simplement de tolérer nos voisins, mais qu’il faut plutôt célébrer ce qui rend chacun d’eux unique. Il peut s’agir de la langue que nous parlons, de la religion que nous pratiquons, il peut s’agir de notre genre, de la façon de s’exprimer», a souligné M. Trudeau.
 
«La bataille pour les droits n’est pas finie, on doit s’engager pour que le monde soit plus lumineux, plus uni », a noté Éric Pineault. «Des acquis, comme on peut le voir, peuvent se perdre comme au Sud [de la frontière]», a rajouté M. Pineault en référence au fait que le président américain Donald Trump a décidé de ne plus appuyer la présence de personnes trans au sein des forces armées, ce qui a causé tout un tollé dans le mouvement LGBT aux Etats-Unis et ailleurs.
 
«Nous avons fait des progrès remarquables au cours des dernières années, mais ce n’est pas acquis, il faut être vigilant […] Il ne peut y avoir aucune ambigüité quand on parle de racisme, de xénophobie, moi j’ai choisi mon camp, c’est le camp de la liberté, de l’inclusion, de l’ouverture […] souvenons-nous ici de l’importance des mots», a souligné pour sa part le premier ministre du Québec, Philippe Couillard. «Le 375e anniversaire de Montréal ne sera pas qu’une célébration, elle sera aussi une reconnaissance […] C’est pour cela que nous avons fait des excuses [auprès de la communauté LGBT]. Il fallait tourner la page et regarder vers l’avenir. […] Nous sommes un pays ouvert, une ville ouverte, mais il faut être vigilant [face à la discrimination, à l’homophobie, etc.] […]», a commenté le maire Denis Coderre faisant écho au discours du premier ministre québécois.
 
Mais le cri du cœur est particulièrement venu de deux coprésidentes d’honneur : de l’artiste et DJ Sandy Duperval et de Tasheka Levann. «Lorsqu’on se bat pour quelque chose, pour une cause comme celle-ci et de voir ce beau rassemblement que l’on a vécu cette semaine, cela prouve que l’on peut y arriver. Le mot clé ici est ‘’ensemble’’. Durant toutes ces festivités, j’ai senti que quelqu’un m’aimait. […] Cette semaine nous avons brisé le cycle de la violence. J’ai senti l’amour. Mais ce n’est pas fini. Bien qu’il y ait des batailles [à mener], nous allons en perdre quelques-unes, mais à la fin nous allons gagner. Il faut briser le cercle de la haine !», a renchéri Sandy Duperval encore émue et sous les applaudissements nourris des gens assemblés dans le lobby de l’édifice d’IBM où se tenait ce point de presse. «Le racisme existe bel et bien dans notre communauté LGBTQ+. On peut voir cela à travers tout le Canada, nous avons encore nos problèmes, nos préjugés, nous ne sommes pas [tous] égaux dans la communauté. La discrimination contre les personnes de couleur doit s’arrêter.», a dit la militante lesbienne originaire d’Antigua-et-Barbuda, Tasheka Levann. Si l’on est un homme gai et blanc, peut-être que c’est meilleur, mais si l’on est une personne de couleur, «alors les choses ne vont pas si bien que cela». Mme Levann a ensuite donné en exemple le cas de la personne transgenre noire qui se trouvait dans le parc des Faubourgs , lundi le 14 août dernier, et qui a été arrêtée par la police pour possession de cannabis. «On se doit d’arrêter la discrimination !», a-t-elle lancé fortement sous les applaudissements nourris du public. «Je regarde vers l’avenir et j’ai l’espoir que des LGBTQ+ des Caraïbes, d’Afrique et d’ailleurs dans le monde n’aient pas à fuir [leur pays] comme je l’ai fait.  Nous sommes une seule et grande famille ! Nous sommes une seule et grande famille!», a martelé Tasheka Levann à la 
fin de son allocution.
 
À noter que, pour la première fois, deux représentants du Parti conservateur du Canada (PCC) prenaient part au défilé, soit Sylvie Boucher, la députée de Beauport-Côte-de-Beaupré-Île d’Orléans-Charlevoix, et Maxime Bernier, le député de Beauce.