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Adolescences lesbiennes : de l’invisibilité à la reconnaissance

Julie Vaillancourt
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Adolescences lesbiennes :
Publié aux Éditions du Remue-Ménage, Adolescences lesbiennes se veut un livre important pour les femmes de la diversité sexuelle. Publié par l’auteure et sociologue Christelle Lebreton, l’ouvrage a reçu le Prix d’aide à la publication de la meilleure thèse de doctorat en études féministes, décerné par l’Institut de recherches et d’études féministes de l’UQAM. À n’en pas douter, l’ouvrage est d’une pertinence accrue, non seulement pour les adolescentes, mais aussi pour toutes celles qui s’identifient comme lesbiennes. 
Adolescences lesbiennes : de l’invisibilité à la reconnaissanceComme le souligne d’emblée Line Chamberland, dans la préface d’Adolescences Lesbiennes, «comparé à celui des gais, l’univers des modèles d’identification du côté des lesbiennes parait anémique et peu rayonnant». Ce manque de modèles vient conséquemment influencer le cheminement identitaire des jeunes lesbiennes. Afin d’examiner la façon dont l’environnement socioculturel influence la trajectoire d’identification comme lesbienne (ou bisexuelle, pour deux d’entres elles), Christelle Lebreton recueille les témoignages de 20 jeunes femmes de 18 à 26 ans (issues de la classe moyenne avec un degré élevé de scolarité), sur leur parcours amoureux, sexuel et identitaire, depuis l’adolescence jusqu’à l’âge adulte.
 
Cette analyse sociologique, fondée sur la perspective du féminisme matérialiste et sur un héritage théorique, met de l’avant les acquis sociaux et juridiques de nos communautés, tout en questionnant l’homophobie et l’hétérosexisme. Puis, les chapitres abordent tour à tour la socialisation et la construction de l’identité sexuelle, l’homosexualité en milieu scolaire, la culture de la féminité, les sentiments amoureux et désirs lesbiens à l’adolescence, sans oublier diverses remises en question quant à l’hétérosexualité, contribuant à accentuer le déni du lesbianisme (la présomption de l’hétérosexualité, la stratégie du déni, de l’anormalité à la détresse, etc.) À juste titre, Christelle Lebreton mentionne le caractère déterminant de la période de l’adolescence sur le plan de «l’apprentissage des exigences normatives de la féminité et de la masculinité, y compris l’apprentissage de la sexualité. Les filles qui ne sont pas hétérosexuelles occupent de ce fait une position très difficile, à la fois en tant que filles et en tant qu’homosexuelles au sein d’un réseau de contraintes hostiles à l’apprentissage de leur sexualité et à la construction de leur identité sexuelle». Par le biais de témoignages, Adolescences Lesbiennes donne la parole aux jeunes femmes, tout en questionnant, par le fait même, la perception sociale du lesbianisme. À n’en pas douter, un ouvrage important qui, espérons-le, procurera de la visibilité et de la reconnaissance au fait lesbien.
 
 
Adolescences lesbiennes de Christelle Lebreton (préface de Line Chamberland), 2017, 142 pages, publié par Les Éditions du Remue-Ménage