En parler ou non? - Opinions

Coming out auprès des élèves, les opinions divergent

Samuel Larochelle
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Children Class Room

Certains enseignants du primaire et du secondaire sont transpa-rents avec leurs élèves au sujet de leur orientation sexuelle. D’autres préfèrent la discrétion et font des questions détournées une habitude. Fugues a discuté avec quatre d’entre eux pour mieux comprendre leurs motivations. 

Philippe Chabot va débuter sa carrière dans quelques jours, mais durant ses stages de longue durée en enseignement, il n’a jamais parlé de son homosexualité. Tout simplement parce que ses élèves ne lui ont jamais posé la question. «Si on me le demandait, je ne me cacherais pas, affirme-t-il. En fait, si je mentais à ce sujet, je me sentirais reculer en arrière de plusieurs années! Ce serait juste ne pas me respecter et ne pas respecter mes élèves de prétendre être hétéro.» 
 
À l’inverse, Maxime, un professeur de musique depuis 15 ans, n’a jamais parlé de son copain ni de son orientation sexuelle. «Je ne crois pas que l’enfant a besoin de savoir que son professeur de piano est homosexuel ou hétérosexuel. Mon rôle est de le faire progresser sur le plan musical. Même si nous sommes au Québec et en 2017, je me méfie des parents de ma génération… Je ne leur dois pas cette vérité de ma vie privée.» De son côté, Jonathan parle ouvertement de son amoureux avec ses collègues, mais pas avec ses élèves. Ou pas totalement. «Je parle parfois de “la personne que j’aime”. Et quand mes élèves me posent trop de questions, je leur réponds que je n’entrerai pas dans les détails.» Comme il enseigne depuis seulement deux ans, il préfère se garder une réserve. «Je prends le temps de me faire une idée sur le sujet, pour décider si je veux me dévoiler directement en classe et à quel moment. Ça pourrait changer. J’attends d’être confor-table dans mon environnement.» 
 
Pour Gabrielle Ménard, une enseignante en sciences et technologie au secondaire, la transparence est privilégiée. Durant son premier contrat de travail, elle a décidé de ne rien cacher à ses groupes. «Lorsqu’ils me posent des questions sur ma vie, je réponds tout naturellement que j’ai une blonde. Au début, les élèves étaient surpris et n’osaient pas me poser trop de questions, mais plus l’année a avancé, moins ils se sont gênés. Ils me demandaient depuis combien de temps j’étais en couple et comment se nomme ma copine.» Elle n’a donc jamais fait de coming out officiel. «Ça s’est glissé dans nos conversations et tous mes élèves ont fini par le savoir. Certains d’entre eux m’ont dit que personne à l’école ne leur parlait de ça et qu’ils me trouvaient vraiment cool de leur en parler aussi ouvertement, comme s’ils étaient des adultes.»
 
Évidemment, l’âge des élèves influence les interactions qu’ont les enseignants avec eux. «Les enfants du primaire ne posent pas beaucoup de questions sur nos amours, contrairement à ceux du secondaire qui me questionnaient beaucoup plus!», se souvient Maxime qui a enseigné à des enfants et des adolescents de tous âges. «La plupart du temps, je détournais les questions, précise-t-il. Comme j’étais fiancé, ça sous- entendait que j’allais me marier et plusieurs concluaient que j’avais une future femme. Mais je ne m’étendais pas sur ce genre de discussions avec les ados.» 
 
Depuis ses débuts, Jonathan prône le même genre d’ambiguïté: comme n’importe quel professeur hétérosexuel, il révèle des éléments de sa vie personnelle, mais en restant flou. «Je vais simplement dire que j’ai fait une activité avec ma famille ou mes amis. Chaque année, j’ai dans ma classe des élèves dont je connais les parents, et ils apprécient la subtilité avec laquelle je gère les choses.» Maxime abonde dans le même sens. «Ça m’arrive de parler de mes temps libres avec mes amis. Et ça reste vrai! Ce n’est pas nécessaire de dire que mon chum est dans le lot aussi.»
 
Philippe Chabot croit pour sa part que les enseignants ont le pouvoir de faire évoluer les mentalités. «Par exemple, je ne ressemble pas au gai stéréotypé que les gens imaginent toujours: je ne suis pas spécialement efféminé et les gens ne pensent pas nécessairement que j’aime les gars. On m’a souvent dit que je n’ai pas vraiment l’air gai. Je ne sais jamais quoi répondre à ça! Je pense qu’un hétéro peut être efféminé sans aimer les hommes et vice versa. C’est important de montrer que les hétéros et les gais peuvent venir en différents modèles.» 
 
La sensibilisation des jeunes aux questions LGBTQ est également un moteur pour Gabrielle Ménard. Le 17 mai dernier, lors de la Journée internationale contre l’homophobie et la transphobie, elle a organisé un kiosque avec l’infirmière du collège. Elle a aussi pris un moment avec ses groupes pour expliquer pourquoi cette journée était importante pour elle et plusieurs autres. «Les élèves ont été magnifiques! Ils se sont montrés très intéressés et respectueux envers moi et eux-mêmes. Finalement, j’ai pris une période complète pour en parler avec tous mes groupes tellement ils posaient des questions. On a parlé d’identité sexuelle et de genre, de politique, des familles homoparentales, des étiquettes et de la quasi-absence de modèles LGBTQ dans la société.»
 
Gabrielle et sa collègue infirmière ont également distribué un texte aux enseignants du collège pour qu’ils le lisent avec leurs élèves. Cependant, plusieurs d’entre eux ont refusé de le faire parce qu’ils n’étaient pas à l’aise de répondre aux questions par la suite. «C’est un peu pour ça que j’ai décidé d’en parler avec tous mes groupes de façon plus officielle, pour qu’au moins on en parle un peu, pour qu’ils connaissent au moins une personne gaie. Après cela, dix élèves sont venus me voir pour me parler de leur orientation sexuelle et de comment ils vivent ça. C’est certain que je vais refaire ça chaque année avec tous mes groupes. C’était tellement riche!»