Entrevue avec Ellie Lim

C’est comment être gai.e... en Nouvelle-Zélande?

Samuel Larochelle
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ELLIE LIM

Si certains pays insulaires ont parfois la réputation d’être conservateurs et relativement fermés aux étrangers, à la nouveauté et à la différence, la description ne convient pas spécialement à la Nouvelle-Zélande. Réputée pour l’accueil chaleureux et l’ouverture de sa population, la voisine de l’Australie est devenue, le 13 avril 2013, le premier pays de la région Asie-Pacifique et la treizième nation du monde à légaliser le mariage entre personnes de même sexe, alors que les unions civiles étaient légales depuis 2005. Afin de mieux comprendre le rapport des Néo-Zélandais à la communauté LGBTQ, Fugues s’est entretenu avec Ellie Lim, une lesbienne de 45 ans d’origine chinoise qui vit à Auckland depuis 43 ans.


Bien qu’elle comprenne parfaitement la perception des pays insulaires, Ellie apporte plusieurs nuances à la question. «La Nouvelle-Zélande est un pays spécial. Même si nous sommes une île, nous demeurons connectés au reste du monde grâce à la technologie et à l’arrivée grandissante d’immigrants. Et quand on parle de populations insulaires, on pense plutôt à celles des petites îles du Pacifique. Les Néo-Zélandais ne se voient pas ainsi. Nous avons la réputation d’être très accueillants, vrais, simples et terre-à-terre.»
 
Une attitude qui se reflète dans leur rapport aux minorités, telles que la communauté LGBTQ. «Nous sommes à un point où on peut faire notre coming out sans être automatiquement rejetés, où des personnalités publiques ouvertement gaies continuent d’avoir du succès et où deux des plus grandes idoles aux pays sont des activistes lesbiennes qui chantent et jouent la comédie, les Topp Twins. Il y a encore une période d’ajustements quand un homosexuel s’affiche auprès de ses proches hétérosexuels, et on entend parfois des histoires de rejets familiaux, mais nous sommes généralement acceptés.»
 
Dans un pays où le mariage gai et l’adoption par des parents de même sexe ont été légalisés il y a quatre ans, quelle est la prochaine étape? «Nous avons beaucoup de travail à faire pour que la population comprenne et accepte les personnes trans. Actuellement, des femmes trans qui écopent d’une peine de prison sont incarcérées dans des établissements pour hommes. Là-bas, elles sont victimes d’agressions, en plus d’être très marginalisées.» Ellie Lim est tout de même encouragée de connaître l’existence du programme Rainbow Tick, qui évalue le caractère inclusif des entreprises et des organisations envers les LGBTQ. «C’est un pas de géant pour notre pays! Même s'il serait préférable que l’évaluation soit obligatoire, au lieu d’être basée sur le volontariat des entreprises.»
 
Un changement qui viendrait assurément du monde politique, lui-même de plus en plus investi par des membres de la communauté LGBTQ. Georgina Beyer, l’ex-mairesse de Carterton, une petite ville près la capitale Wellington, est une femme trans. Jan Logie, du Parti Vert, est pour sa part ouvertement lesbienne. «J’ai pleuré de fierté en écoutant son discours d’investiture, alors qu’elle se déclarait de gauche, féministe et lesbienne. Elle est extrêmement populaire et soutenue par les groupes de femmes et de lesbiennes.» Ouvertement gai, Grant Robertson a pour sa part été considéré au poste de leader du Parti Labour. «Les Néo-Zélandais ont alors débattu à savoir si le pays était prêt pour un leader gai. Il y avait définitivement des remarques homophobes, mais je crois que les politiciens gais sont assez populaires grâce à leur audace et leurs propositions politiques.»
 
L’homophobie existe encore en Nouvelle-Zélande, mais elle change de visage avec le temps. «Il y a 20 ans, plusieurs jeunes étaient intimidés à l’école, se souvient Ellie. Une lesbienne s’est fait battre par des filles plus vieilles, après qu’elle se soit présentée à l’école les cheveux rasés. Un garçon a été maintenu par les pieds par-dessus la rampe d’un balcon, au dernier étage de son internat… Mais la société a changé depuis. L’homophobie dont je suis le plus souvent témoin se résume aux gens dans la rue qui crient «dyke» ou «faggot». Ils le font rarement dans un lieu avec beaucoup de gens, puisqu’ils se feraient rabrouer. Mais ça arrive encore.»
 
Les mentalités changent tranquillement, mais Ellie se rappelle encore très bien d’un acte homophobe troublant survenu il y a cinq ans au nord d’Auckland: le commerce d’un couple des lesbiennes avait été ravagé par les flammes, après avoir été allumé par de l’arsenic. «Les criminels ont mis le feu à trois reprises! Et comme la boutique se trouvait sur leur propriété, le feu aurait pu se répandre jusqu’à leur maison. Après la première attaque, plusieurs personnes de la communauté LGBTQ d’Auckland se sont rendues sur place pour les soutenir. Nous avons passé une journée à les aider pour tout reconstruire. C’était un rassemblement communautaire merveilleux.»