Religion - Suisse

Les LGBT veulent être accueillis sans réserve au sein des Églises suisses

Collaboration Spéciale
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Des groupes LGBT voient le jour dans les Eglises réformées. La semaine dernière, celui de Neuchâtel vivait sa première soirée grand public, alors que celui de Genève méditait sur le sens de l’accueil au sein des Eglises.

«Les Eglises sont appelées à être les ferments de la société, mais la réalité montre que souvent ce sont plutôt des freins», constatait la semaine dernière le théologien Pierre Bühler, au temple des Valangines à Neuchâtel. Il était l’invité de la première soirée publique de la nouvelle association LGBT et alliés «Arc-en-ciel».

En automne 2016, le groupe chrétien Arc-en-cielvoyait le jour, devenu aujourd’hui une association pour pouvoir organiser des événements publics promouvant l’inclusivité au sens large. Après un culte œcuménique, Pierre Bühler a proposé une réflexion sur la façon dont les Eglises se situent face à la question LGBT et leurs réactions variées

Pour condamner l’homosexualité, les détracteurs citent systématiquement deux versets du Lévitique (18:22 et 20:13) et un passage de l’épître aux Romains (1:26-27). «Ces textes sont les seules où il est explicitement question du rapport entre deux hommes, ce qui signifie que c’est un sujet très marginal par rapport à toute la Bible», souligne le théologien. Dans sa déconstruction des arguments bibliques utilisés pour condamner l’homosexualité, Pierre Bühler est également revenu sur le «soyez féconds» de la Genèse souvent compris comme une présentation de l’hétérosexualité comme seule alternative valable.

L’altérité femme-homme est comprise comme l’altérité entre Dieu et les hommes. «Pourquoi l’hétérosexualité doit-elle devenir une hétéronormativité alors que la réalité biologique comprend une ambiguïté sexuelle?», s’interroge Pierre Bühler. Il cite un autre passage biblique: «Il n’y a plus ni juif, ni grec (…) il n’y a plus l’homme et la femme». Pierre Bühler y voit «la possibilité d’une Eglise inclusive avec une place pour des orientations sexuelles diverses».

À Plainpalais, l’Antenne LGBT du LAB – le laboratoire de l’Eglise protestante de Genève où de jeunes adultes expérimentent de nouvelles formes ecclésiales – se réunissait pour parler d’accueil en Eglise. Loin des abstractions théologiques, une invitée témoignait de son parcours spirituel émaillé de souffrance. «Quand je suis partie de Suisse, il n’y avait pas de partenariat pour les couples de même sexe. Je ne me sentais pas 100% citoyenne de ce pays. Je n’avais pas non plus le sentiment d’être accueillie au sein de l’Eglise et d’y avoir ma place en tant que personne LGBTI.»

À l’étranger, elle découvre une Eglise ouverte sur les questions LGBTI et proposant le mariage aux couples de même sexe. Une communauté qu’elle finira tout de même par quitter. «Même si l’Eglise a changé, les gens qui la fréquentent n’ont pas changé», explique-t-elle. «Quand j’étais plus jeune, j’étais un peu militante, mais je n’ai plus le goût de gueuler. Si je ne me sens pas acceptée, je pars», souffle-t-elle. «Dans ma nouvelle Eglise, je me suis sentie accueillie, sans qu’on ait besoin de dire ‘les gays sont les bienvenus’», témoigne-t-elle.

La difficulté pour les communautés religieuses ne réside, en effet, pas tellement dans la nécessité de développer une théologie inclusive, mais bien dans la capacité à accueillir avec sincérité. «Est-ce que dans l’Eglise on accueille réellement les LGBT sans réserve comme une célébration de la diversité?», interroge un participant.

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