Du 20 au 23 septembre 2017

Mécaniques nocturnes d’Anne Plamondon

Denis-Daniel Boullé
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En 2012, Anne Plamondon présentait son premier solo Les mêmes yeux que toi. Une plongée dans son univers intérieur. Elle revient cette année avec son second solo, Mécaniques nocturnes qui ouvrira la saison de l'Agora de la danse dans le nouvel édifice Wilder. Anne Plamondon a décidé de nouveau de se confronter à la solitude de la création pour soi, solitude pas tout à fait, puisque comme pour son premier opus elle a avancé dans sa recherche et découverte d'elle-même sous le regard attentif et bienveillant de la metteure en scène Marie Brassard. 

Les danseurs sont nombreux à faire le saut un jour, comme Anne Plamondon, dans la création de solo. Souvent après ou pendant une carrière qui les a amenés à danser pour d'autres et en groupe. Anne Plamondon a dansé pour de nombreuses compagnies et a été des neuf créations de la compagnie RUBBERBANDance qu'elle a cofondée avec Victor Quijada, une feuille de route bien remplie. Le solo, elle y pensait mais cela lui faisait peur. Elle s'est pourtant laissée convaincre en 2012, et aujourd'hui, avec toujours la même peur, mais aussi le même désir, elle récidive avec Mécaniques Nocturnes. En fait, une exploration d'elle-même et de son corps, à l'écoute des changements qu'elle perçoit de ce dernier. Non pas que la danseuse ait perdu l'énergie, la technique, mais bien parce que l'évolution et les petits bouleversements de sa vie, comme la maternité, lui font ressentir ce corps autrement. 

«C'est une toute autre aventure que de se retrouver seule en scène. Peut-être ce qui me faisait le plus peur. Dans Mécaniques nocturnes, il y a une grande structure, une sorte d'échaffaudage, avance Anne Plamondon en entrevue et je crois que la présence de ce décor me donne le sentiment d'être moins seule». Si le premier solo est né d'une forme de pression de son entourage, le second n'a pas la même origine. «Ce second solo m'est apparu comme une nécessité, de me donner de nouveau un espace pour me retrouver, pour aller un peu plus loin en moi-même et dans une démarche artistique, continue-t-elle, et je ne voulais pas non plus d'un regard de chorégraphe, mais de celui de quelqu'un d'extérieur qui puisse apporter à mon travail une forme de dramaturgie». 

Avec Mécaniques Nocturnes, Anne Plamondon souhaite remonter jusqu'aux origines, presqu'avant le verbe, avant le cri, au tout début, qui est toujours mouvement. Et puis, de retrouver la puissance de la femme de créer, de cerner quelque peu le mystère de toute création. Bien sûr, le fait d'avoir donné la vie a changé le regard d'Anne Plamondon, sur elle-même en tant que femme, mais aussi en tant qu'artiste. «Je veux être à l'écoute de ces changements en moi, et travailler avec cette matière, mon corps, que je redécouvre, ou perçois différemment».

Inquiète mais déterminée, fragile et forte à la fois, la grammaire gestuelle d'Anne Plamondon est tout en contraste, allant du mouvement précis et ciselé à l'expression d'une force physique, dévoilant ainsi l'éventail des émotions qui peuvent la traverser. Une danse à l'image de la vie, et Anne Plamondon, seule en scène, dépouillée de tout masques masque, vient nous toucher directement, en plein ventre, et surtout, en plein cœur. 

Mécaniques nocturnes, Chorégraphie et interprétation : Anne Plamondon. Mise en scène : Marie Brassard. 

Agora de la danse, Édifice WILDER - Espace danse, 1435, rue de Bleury, Montréal. Du 20 au 22 septembre 2017 – 19 H, et 23 septembre 2017 – 16 H 

agoradanse.com