Du 10 au 21 octobre

Last Night I Dreamt That Somebody Loved me : Miroir, mon beau miroir...

Denis-Daniel Boullé
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Nous voulons être heureux, tout de suite et tout le temps. Nous voulons que notre vie soit à l'image de ce que nous souhaitons. Et elle doit être toujours gratifiante pour ne pas nous sentir inadapté, pas à la hauteur. Sans oublier le grand Amour, le vrai, la cerise sur le gâteau du bonheur. Mais voilà, entre les fantasmes que l'on nous vend et auxquels on adhère, la réalité s'impose. Avec Last Night I dreamt... la metteure en scène Angela Konrad nous livre une réflexion philosophique contemporaine sur nos aspirations plus individuelles que collectives, texte porté par Éric Bernier auquel un coryphée de quatre danseurs fera contrepoint.

julie rivardOn ne présente plus Éric Bernier. Le comédien est présent depuis de nombreuses années sur la scène théâtrale québécoise et bien entendu par ses rôles à la télévision. Angela Konrad s'est fait remarquer par la qualité de son travail dès son arrivée au Québec il y a 5 ans à l'invitation de l'Usine C. Celle qui a étudié la théorie du théâtre et travaillé aussi bien comme comédienne que metteure en scène en France, a conquis le public montréalais en présentant des adaptations de grands auteurs classiques et contemporains. Entre autres, Variations pour une déchéance annoncée d'après la Cerisaie de Tchekov, ou plus récemment Auditions ou Me, Myself and I, d'après Richard III de Shakespeare. Avec Last Night I Dreamt That Somebody Loved Me, la metteure en scène est devenue auteure, délaissant le terreau d'œuvres consacrées pour aborder des faits sociaux qui nous transforment. 
 
Rejointe au téléphone, Angela Konrad avec amusement déclare d'emblée que comme c'est une entrevue pour un magazine s'adressant à la communauté LGBT, elle ne peut pas ne pas faire son coming out. «Tout le monde sait autour de moi que je suis lesbienne, mais je ne l'ai fait publiquement, ni dit en entrevue, là, c'est l'occasion». Si notre conversation ne porte pas sur l'homosexualité, il ne fait aucun doute que cette facette de celle qui est née en Allemagne teinte son travail, entre autres par le questionnement de nos relations à l'autre, au collectif ou même de la relation des artistes avec le public. «Je me suis inspirée pour cette dernière création d'un livre qui date et qui pourtant à la relecture me semble encore tout à fait pertinent même trente ans après sa publication, continue Angela Konrad. La culture du narcissisme de Christopher Lasch qui avance que nos sociétés développent la culture de l'instant et du bien-être, coupant les êtres de leur propre histoire et de l'histoire collective dans la recherche de la satisfaction immédiate dans tous les domaines». D'autres auteurs ont nourri l'écriture d'Angela Konrad: Sigmund Freud, Alain Badiou ou encore Alain Ehrenberg. 
 
Eric Bernier incarne cet homme pris dans les mailles serrées de ce filet sans les percevoir et sans les comprendre qui avance d'échec en échec et qui finit par s'acheter un chien. Le chien étant l'animal de compagnie par excellence que l'on peut modeler et investir sans qu'il ne vienne nous confronter ou nous contredire. En arrière-plan les danseurs (Marylin Bouchard, Luc Bouchard Boissonnault, Sébastien Provencher, Nicolas Patry, Emmanuel Proulx) évoqueront tour à tour la famille, les amours, les amis de cet homme, créant une tension sur fond de musique pop et 
populaire confrontante pour cet homme en perdition.  
 
À l'heure des réseaux sociaux, où l'on se met en scène par le partage de selfies et d'informations en espérant être «liké», d'avoir en permanence un miroir qui nous rassure et nous gratifie, ce repli vers un petit bonheur personnel et solitaire que le matériel pourrait nous renvoyer, Last Night I Dreamt... peut s'avérer sinon salutaire, du moins faire éclore une poussée de petites réflexions sur nos comportements humains actuels.
 
Lasy Night I Dreamt That Somebody Loved Me. Texte et mise en scène de Angela Konrad, avec Éric Bernier. À l’Usine C, du 10 au 14 octobre et du 17 au 21 octobre à 20h  www.usine-c.com