En salles

Choc émotionnel assuré avec 120 battements par minutes

Yannick LeClerc
Commentaires
120 battements par minute
Photo prise par © 120 battements par minute
120 battements par minute
Photo prise par © 120 battements par minute

Plus qu’un hommage aux militants d’Act Up, «120 battements par minute» esquisse le bouleversant portrait d’une génération d’oubliés, fauchés par la mort au seuil des années 1990, une jeunesse disparue sans avoir vécue.  À voir!

 
Le récit est inspiré de faits réels. Au début des années 1990, la trithérapie n’existe pas encore et contracter le sida, devenir séropositif, c’est être condamné à mort à courte ou moyenne échéance. Les militants d’Act Up-Paris, face à la lenteur des politiciens et des compagnies pharmaceutiques dans la lutte contre la pandémie, se lancent dans l’activisme et partent en guerre pour leurs vies. Un nouveau venu dans le groupe, Nathan, est bouleversé et attiré par le côté radical de Sean qui consume ses dernières forces dans l’action. 
 
 
Le film met ainsi en scène conjointement deux combats : celui communautaire et politique d’Act Up qui confronte le mépris des groupes pharmaceutiques et d’un gouvernement qui se montre insensible à sa cause; puis celui plus personnel et intime mené par Sean et Nathan. D’un côté la bataille de militants cherchant à ralentir la mort, de l’autre celle de deux amants passionnés – interprétés avec brio par Nahuel Perez Biscayart et Arnaud Valois.
 
 
Sans doute par peur d'affronter ses propres souvenirs d’Act Up où il a milité et de ne pas être à la hauteur de ses compagnons disparus, Robin Campillo a attendu plus de deux décennies avant de s'attaquer à ce sujet très personnel. Le pari n’était pas évident: comment raconter le sacrifice d'une génération de jeunes gais  sans paraître démonstratif, ni trop lourd? Le cinéaste se concentre sur une dizaine de personnages emblématiques, ne se perd pas dans une reconstitution historique lisse et filme les débats entre militants comme des combats. Il montre le plaisir, la vie, les amours, la passion de cette jeunesse en sursis, ses contradictions et ses joies. Et il montre aussi la douleur physique, les drames et les traitements. 
 
 
 
Le film est une belle réussite. Très digne, il galvanise, désespère, fait pleurer sans romantisme ou racolage sentimental. Robin Campillo crée une œuvre tout entière saisie par les pulsions de vie. Et quand le film tombe dans l’allégorie, le sensoriel et le métaphysique il suscite beaucoup d’émotions, parfois de manière inattendue. Récompensé en mai dernier par le Grand Prix du jury à Cannes, 120 battements par minute est un film qu’il faut absolument voir. 
 
 
120 BATTEMENTS PAR MINUTE de Robin Campillo, sortie prévue le 13 octobre, dans la région métropolitaine de Montréal, mais aussi à Québec, Trois-Rivières, Sherbrook, Ottawa, Toronto et Vancouver. Distribué par MK2 Mile-End