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Les argonautes

Benoit Migneault
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Les argonautes

Maggie Nelson tombe en amour avec Harry Dodge qui représente la quintessence des qualités recherchées: brillance tant au niveau de l’esprit que de la morale et véritable brasier au niveau sexuel.

Les argonautesAprès un mariage rapide, Maggie se retrouve enceinte et Harry commence des traitements de testostérone puis subit une chirurgie afin d’éliminer des seins qui l’emmerdent. Le fils de Harry, âgé de trois ans, rejoint le couple puis c’est bientôt au tour de Maggie de donner naissance à Iggy. Encensé par la critique, l’identité de genre est profondément ancrée dans ce récit autobiographique, au point où la narratrice, Maggie Nelson, y est parfois hésitante quant à la nature du pronom à utiliser pour désigner son (sa) conjoint(e). Harry Dodge est bien transgenre, mais pas dans le traditionnel clivage «homme prisonnier d’un corps de femme» ou son contraire. En fait, Harry est ce qu’il est, tout simplement, sans qu’un fil d’arrivée, une identité définie et tranchée, se profile à l’horizon. Le récit de Maggie Nelson nous entraîne dans un quotidien qui illustre bien le malaise social devant ce qui ne peut être étiqueté. La vision binaire du monde est ainsi continuellement remise en question que ce soit dans des éléments banals de la vie courante ou dans des réflexions de nature plus philosophique. On pourrait craindre que le résultat soit un peu lourd, mais ce n’est étonnamment pas le cas. On nous propose plutôt un entrelacement fort ingénieux de petits riens et de réflexions contemplatives assez astucieuses toujours présentées sous une forme à la fois digeste et poétique. Un voyage et un regard radicalement différents autour de ces notions, par trop séculaires et trop souvent surannées, que l’on a entourant la sexualité, l’identité de genre, le mariage ou l’éducation même des enfants. Une traduction extrêmement fine et adroite, par Jean-Michel Théroux! 
 
Les argonautes / Maggie Nelson. Montréal : Triptyque, 2017. 213p. (Collection Difforme)