In 1, 2 et 3 : Jean Verville architecte

Art, architecture et domesticité

Yves Lafontaine
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Jean Verville architecte
Photo prise par © Jean Verville architecte
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L’actuel décloisonnement des disciplines artistiques entraîne l’émergence de propositions nouvelles. L’architecte Jean Verville est un avide adepte de ce genre d’hybridation dans des interventions architecturales permutant l’expérience de l’usager en une expérimentation spatiale et picturale, où la perception sensorielle est sollicitée à transgresser les limites physiques de l’espace pour favoriser l’abstraction illusoire de la forme tridimensionnelle et produire des architectures qui semblent affranchis de leur fonction et de leur matérialité. 

Plus tôt cette année, l’architecte Jean Verville a réalisé IN 1 2 3, trois espaces alliant art, architecture et domesticité. Ces trois espaces présentent des univers transposant les personnalités de leurs occupants tout en illustrant leurs émouvantes collaborations avec le concepteur. L’architecte infiltre ses installations avec des propositions photographiques intrigantes qui proposent une nouvelle modalité d’appréciation de l’architecture.
 
IN 1 – maquette à échelle humaine
Le projet IN 1 sollicite l’architecte Jean Verville à confronter ses réflexions sur sa propre perception de la spatialité avec la production d’une maquette à échelle humaine. L’architecte introduit l’installation dans un volume existant, le vieux hangar érigé au fond du jardin de sa résidence. Telle une poupée russe, la maquette se glisse dans la cabane argentée pour proposer une expérience architecturale en cachant encore une autre. Tant pour la conception que la fabrication, l’architecte privilégie un mode d’exploration in situ établissant une relation quasi mathématique entre l’espace et son corps. 
 
Une fonction émerge naturellement du lieu, un espace de création polyvalent: l’atelier de l’architecte. Jean Verville y propose trois sous-espaces distincts sur deux niveaux. Une greffe parasite le haut du volume pour l’envahir d’une cabine suspendue sans accès identifiable. Par la texture kaléidoscopique de son motif compact, l’unique matière éclipse la trame modulaire des panneaux comme les irrégularités des parois du vieux hangar. L’effet sculptural d’une simplicité déconcertante révèle un repaire complexe s’opposant à la netteté de ses formes. 
 
Cette installation architecturale offre un regard sur un univers personnel qui semble se retourner sur lui-même pour mener à un monde parallèle, décalé et secret qu’est l’atelier de l’architecte Jean Verville. 
 
IN 2 – théatralité du noir et blanc
Le projet IN 2 présente un espace architectural domestique conçu pour deux passionnés d’arts actuels : théâtre, musique, danse, comme d'art numérique, vidéo et installation. En intégrant cette expérimentation inventive dans un cottage montréalais des années 50, l’architecte exalte la fusion entre l’art et la vie quotidienne dans une proposition exigeant un haut degré de participation des usagers. L’intervention architecturale brouille la lecture des espaces avec des assemblages volumétriques et des percées visuelles, des contrastes et des tensions, des jeux d’échelle et des trompe-l’oeil. 
 
L’opposition du noir et du blanc produit des effets optiques oscillant entre réalité et abstraction, où la bidimensionnalité côtoie la tridimensionnalité jusqu’à supprimer les frontières entre les deux notions. En abordant ainsi le plaisir véhiculé par l’architecture, Verville propose une expérience participative quotidienne aux occupants de cet environnement graphique. 
 
Le parcours s’animant de touches fantaisistes qui déchargent l’intervention de la froideur et du sérieux souvent associés à l’architecture contemporaine appelle une expérience complètement altérée par l’illusion, et ce, pour le plus grand plaisir de ses propriétaires. 
 
IN 3 – démesure et exuberance minimaliste
Avec IN 3, Jean Verville propose une architecture jonglant avec la démesure et l’exubérance tout en conservant sa signature d’un minimalisme assumé. La proposition sollicite des mécanismes de perception de l’espace brisant les schèmes habituels de la domesticité. Devant à la fois satisfaire les besoins de la vie quotidienne, mais aussi les soustraire par moment pour créer un environnement de travail fortifiant la concentration du maestro, l’espace dépouillé dissimule habilement les fonctions (salles de bains, rangement, cuisine…) dans une succession de volumes sculpturaux. 
  
Les tonalités de gris des matières brutes s’unifient en une entité volumétrique transpercée d’une immense structure dorée se déployant pour abolir la hiérarchie des espaces. Offrant des images évoluant vers l’abstraction, ce ruban or, contenant les fonctions domestiques comme les unités de rangement, morcelle l’espace en une unique opération d’une puissante efficacité. La diffusion d’une lumière feutrée et enveloppante enrobe le lieu d’une aura mystérieuse contribuant à sa théâtralité.  
 
Le riche contraste entre le béton, la somptuosité du laiton doré et la brillance immaculée des pierres blanches, instaure un caractère minéral favorisant un sentiment d’opulence intensifié par la présence d’un piano triomphant. La déambulation dans cet espace, à la fois dépouillé et d'une expressivité peu commune, propose des sensations brouillant la perception des lieux pour dégager une proposition sculpturale d’un extrême raffinement.
 
L’architecte
Récipiendaire de nombreux prix et jouissant d’une importante diffusion internationale, l’architecte Jean Verville présente une production diversifiée en architecture, installation et scénographie. L’architecte s’intéresse aux possibilités d’hybridation entre les arts et l’architecture ainsi qu’à leur impact sur le processus de création architecturale. Une série de séjours de recherche au Japon, axée sur les «Art House Projects» l’amène à une réflexion sur l’expérience artistique en architecture qu’il poursuit dans le cadre d’un doctorat en études et pratique des arts à l’Université du Québec à Montréal.  En 2016, l’architecte joint l’enseignement universitaire à sa pratique et ses recherches.