La chronique du Conseil québécois LGBT

L’arc-en-ciel québécois à l’international

Marie-Pier Boisvert
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Marie-Pier Boisvert

Si l'année 2016 a été celle des enfants trans en termes d'avancées des droits LGBT au Québec, 2017 est définitivement l'année de l'implication du Québec dans les droits LGBT à l'international. 

On a vu la ministre québécoise des Relations internationales, Christine St-Pierre, aborder ces questions haut et fort sur toutes les tribunes où elle était invitée à siéger, une première dans l'histoire de ce ministère. Son homologue fédérale, Marie-Claude Bibeau, ainsi que la ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, ont à peu près tenu le même discours dans les comités internationaux où elles siègeaient. Le timing est excellent en tout cas: le gouvernement canadien vient de devenir le co-chair de la Equal Rights Coalition (ERC), un regroupement de pays soucieux des droits LGBTI (35 pays ont adhéré jusqu'à présent), en compagnie du Chili comme second co-chair. 
 
Bref, les droits des minorités sexuelles (pas si minoritaires que ça, si on en croit certains sondages!) sont à l'agenda de nos gouvernements. 
 
Je suis devenue, en mai, la "alternate co-chair" canadienne de ILGA-NA (International Lesbian, Gay, Trans, Intersex Association for the North-America region) - un honneur qui sera utile au Québec (j'espère) pour qu'une voix francophone soit présente dans l'activisme LGBT nord-américain. Le CQ-LGBT est aussi impliqué dans L'Initiative pour la dignité, un regroupement d'OSBL canadiens et internationaux qui travaillent en partenariat pour les droits et mouvements des personnes LGBT. 
 
Or, malgré ces deux implications, je commence à peine à déplier la carte des complexités diplomatiques que ça implique. Je pourrais vous parler des risques que ça implique de se "mêler" des enjeux internationaux, dont l'homonationalisme (un mot pour désigner l’attitude des gais occidentaux qui cherchent à imposer leurs valeurs à tout prix sur des cultures qu’ils jugent homophobes, en ne tenant pas compte du contexte culturel dont il est question), et le pinkwashing (le fait de promouvoir des politiques nationales ou internationales comme LGBT-friendly pour être perçu comme progressiste et inclusif, tout en utilisant cette soi-disant inclusion pour se prémunir contre des accusations de perpétuer d’autres oppressions, comme l’islamophobie, par exemple). Et il faudrait clairement avoir ces conversations dans les médias francophones, ce que je n’ai malheureusement pas beaucoup entendu/lu jusqu’à maintenant.
 
Mais outre ces critiques, qu’on peut et qu’on doit faire à nos dirigeant.e.s pour qu’ils/elles prennent conscience de la délicatesse de ces enjeux, il est crucial qu’on se pose de grandes questions comme individus et comme organismes, vis à vis de ce qu’on sait des droits LGBT à l’international, et même au Canada. Est-ce que de l’aide nous est demandée à l’international? Si oui, quelle aide nous est demandée? Est-ce qu’on alimente les luttes locales avec notre aide? Est-ce qu’on oublie les problèmes d’ici lorsqu’on s’implique à l’international? 
 
Je commence à connaître et écouter les organismes qui se posent ces questions au Canada (Rainbow Railroad entre autres, mais aussi ARC International et Rainbow Refugee), mais je n’ai pas encore entendu ces réflexions ici au Québec. Si on met en place une table de travail, à quoi devrait-elle ressembler? Qui devrait y siéger? Est-ce la responsabilité des organismes ou celle du gouvernement québécois?
 
J’ai beaucoup de questions, mais peu de réponses… Disons qu’il est largement temps que nous nous mettions au travail, parce que c’est dur de brainstormer avec soi-même: ça va finir en zizanie! 
 
Directrice générale du cONSEIL?QUÉBÉCOIS LGBT