Canada

Revenu et éducation liés au suicide chez les hommes gais et bisexuels

Ici Radio-Canada
Commentaires

Selon une étude de l'Université de la Colombie-Britannique, les hommes homosexuels et bisexuels auraient plus de risque de s'enlever la vie, principalement quand leur salaire annuel est de moins de 30 000 $ et qu'ils ne possèdent pas de diplôme universitaire.


Cette étude est tirée d’un sondage en ligne auquel plus de 8300 gais et bisexuels à travers le Canada ont répondu. La principale question posée a été de savoir si une tentative de suicide a été faite au cours de l’année écoulée. L’étude s’est ensuite focalisée sur les 145 participants qui ont répondu oui. Bien qu’en général, les hommes homosexuels et bisexuels sont quatre fois plus à risque de tenter de mettre fin à leur vie que les hétérosexuels, c’est la première fois qu’une recherche porte sur les inégalités au sein même de la population gaie et bisexuelle. L’étude met en évidence trois inégalités marquées.

La première concerne la classe sociale ou l’éducation, c’est-à-dire que les hommes dont le revenu annuel est de moins de 30 000 $ et qui n’ont pas obtenu un diplôme universitaire. Selon Olivier Ferlatte, chercheur à UBC et coauteur de l’étude, les raisons poussant au suicide dans cette catégorie sont généralement un passé marqué « par l’homophobie, le rejet par la famille et les amis, ou encore par la violence à l’école ou dans la communauté ». Un manque de moyen financier et/ou d’éducation peut par ailleurs générer du stress, explique le chercheur de UBC.

Par ailleurs, les chercheurs ont trouvé que les hommes gais et bisexuels issus des Premières Nations ont aussi plus envisagé de mettre fin à leur vie que les non-Autochtones, ce qui constitue la deuxième forme d'inégalité. Au Canada, le taux de suicide est plus élevé dans la population autochtone, rappelle le coauteur de l’étude.

La troisième inégalité concerne les hommes bisexuels ayant un partenaire masculin ou bien célibataires. Selon l'étude, ceux-ci sont plus à risque de se suicider que lorsqu'ils ont une partenaire féminine. Le chercheur de UBC regrette que le suicide soit un sujet tabou au Canada. Il espère que cette étude « va pouvoir éduquer la population » en parlant du suicide comme « une problématique ».

La population gaie, bisexuelle n’est pas un groupe très homogène. « En fait, précise Olivier Ferlatte, il y a une grande diversité, surtout au niveau de la classe [sociale] et du revenu. Donc, quand on regarde les inégalités sociales qui touchent la population bisexuelle, comme le suicide, il faut regarder qui est touché et apporter un peu d’attention à ça, surtout dans les programmes de prévention », dit-il. Il suggère également un meilleur investissement en santé mentale : « il faut s’assurer de connaître tous les facteurs lorsqu’on développe des campagnes de prévention ou des interventions pour prévenir le suicide ».

 

Largement inspiré d’un texte de Noémie Moukanda, Radio-Canada