Village - immobilier

Y aura-t-il un référendum concernant le Projet du nouveau Bourbon?

André-Constantin Passiour
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Approuvé en 3e lecture de résolution lors du conseil d’arrondissement de Ville-Marie, le 4 octobre dernier, le projet de nouvel édifice devant remplacer l’actuel Complexe Bourbon, très endommagé et laissé à l’abandon, s’est vu contesté par quelques groupes communautaires et des résidents du quartier. Il fera peut-être l’objet du dernier référendum sur un projet immobilier à Montréal. Une consultation, le 8 novembre prochain, auquel seuls les 1200 résidents à proximité pourront s'exprimer, décidera si un référendum concernant le projet aura lieu ou non dans les semaines suivantes.

Une mise à jour de ce texte a été effectuée le  6 novembre 2017

Selon les groupes qui exigent que se tienne un référendum, le projet de MSC Investissements Canada Inc. de construire une bâtisse de neuf étages à usage mixte sur l’emplacement du Complexe Bourbon, sur la rue Sainte-Catherine (entre Alexandre-deSève et De Champlain), ne fait pas l’unanimité dans le secteur. Une page Facebook a été créée sous le nom de «Bourbon : Le Village mérite mieux que ça» et invite les citoyens à aller voter lors d'une consultation publique, le 8 novembre prochain, concernant le tenue ou non d'un référendum concernant le projet du promoteur immobilier qui demande une dérogation concernant sa hauteur.

De style moderne, le nouveau projet comprendrait des commerces au rez-de-chaussée — cafés, restaurants, boutiques, services (mais pas de bars) —, des espaces locatifs que pourraient louer les groupes communautaires au 2e étage et des logements locatifs à partir du 3e étage jusqu’au 9e. Des plantations serviraient de transition entre l’édifice et le parc Charles-S.-Campbell situé immédiatement à l’arrière.

L’Office de consultation publique de Montréal (OCPM), après des consultations en mars, approuvait en juin dernier ce projet, tout en émettant trois recommendations (afin de satisfaire les plus récalcitrants), dont celle d’améliorer la facture visuelle du bâtiment, signée par l'architecte Christian Thiffault, à qui ont doit plusieurs projets de reconversions réussies à Montréal (dont le 801 Sherbrooke, le Marché Saint-Jacques et ses condos Art de Vivre, le Lancashire et le Penny Lane dans le Vieux-Montréal), l'ambitieux projet de nouveau quartier près du Triangle, le Westbury Montréal et le récent projet d’aménagement des abords du pont Jacques-Cartier.

Marché St-Jacques/Art de Vivre

801, rue Sherbrooke

Westbury Montréal

Lancashire

Penny Lane

Aménagement des abords du pont Jacques-Cartier

Durant ces consultations, plusieurs citoyens résidant à proximité de l’ancien complexe Bourbon ont exprimé leur satisfaction qu’un projet puissent enfin remplacer l’édifice en décrépitude régulièrement squatté et infesté de rats et ont dit craindre que le projet soit remis aux calendres grecques... D’autres citoyens et groupes, ont profité des consultations pour exprimer leurs réserves concernant divers éléments du projet présenté par le promoteur.

Rappelons que si le projet s'était limité à la hauteur de 6 étages, le projet n'aurait pas été mis à la consultation publique. Le promoteur demande une dérogation au zonage actuel en vigueur, afin de construire plus haut que cela est actuellement permis, car il s'agirait de la seule manière de rentabiliser l’investissement de cette construction rue Sainte-Catherine.

Lors du conseil d’arrondissement du 4 octobre dernier, l'ex-maire de l’arrondissement de Ville-Marie, Denis Coderre, avait annoncé qu’il y aura bien un référendum. Si les citoyens du quartier visé se prononcent contre le projet tel qu’il est conçu actuellement, le promoteur devra effectuer des modifications pour aller de l'avant. D’ailleurs, l’équipe Coderre s’est dit consciente du souhait du Centre communautaire LGBTQ de déménager dans le futur projet immobilier du Bourbon. À ce titre, elle a d’ailleurs acquiescé à la recommandation de l’OCPM de limiter l’usage du 2e étage à un usage sociocommunautaire (en retirant l’usage bureau initialement prévu).

Pour l'équipe de Valérie PLante, «[l]’exemple du projet Bourbon nous démontre une fois de plus à quel point la situation financière des orga-nismes communautaires, en particulier LGBTQ+, est préoccupante. Dans ce cas-ci, la Ville et l’arrondissement de Ville-Marie auraient dû peser de tout leur poids pour que des locaux viables économiquement soient offerts au centre communautaire LGBTQ+ par le promoteur. Cela n’a pas été le cas et nous le regrettons vivement. En tant qu’administration, nous veillerons à ce que les organismes communautaires aient accès à des locaux viables financièrement et adéquats pour leurs activités (en ce qui a trait à l’accessibilité et la salubrité des locaux, notamment) afin de continuer à soutenir leurs activités et leur mission. (...) Nous souhaitons que le développement immobilier se fasse enm concertation avec les résidents du quartier.»

La coalition a l’origine du référendum, demande, entre autres, que la hauteur prévue de 9 étages soit revisée, pour correspondre aux hauteurs moyennes dans le Village. De son côté le promoteur rappelait, lors de la consultation publique, que l’édifice de TVA, rue De Maisonneuve est largement supérieure à la hauteur demandée et que l’arrondissement a permis à un autre promoteur (Mondev) de construire l’an dernier un édifice du même nombre d’étages rue Sainte-Catherine, coin Saint-André (Le Neuf Cents).

Le Nouveau Bourbon (vue de la rue Alexandre-DeSève vers le nord)

La coalition désire aussi que l’édifice ait une signature plus patrimoniale et respectueuse de la trame actuelle ; que le projet inclus des logements sociaux (bien que les règlements municipaux permettent légalement qu’un promoteur offre à la place un dédommagement qui servira aux logements sociaux dans le quartier); que le promoteur garantisse la réservation de locaux à des organismes communautaires, notamment LGBT, à un prix raisonnable.

Référendum

Comme dans tout ce type de votations municipales au Québec, ce ne sont pas tous les résidents de l’arrondissement qui pourront voter, mais uniquement les 1200 qui se trouvent à être à proximité de la zone. Cela dit, le découpage est complexe (comme la carte ci-dessous le démontre) et se lit comme suit :

 

- tous les résidents situés immédiatement sur les côtés nord et sud de Sainte-Catherine entre Amherst et Papineau.

- Les citoyens qui habitent sur Amherst du côté est et ceux qui restent sur Papineau du côté ouest.

- de plus, certaines personnes habitant sur des lots au sud de Sainte-Catherine mais au nord de René-Lévesque (donc à l’arrière du Complexe Bourbon) ont droit de voix, également. 

Uniquement ces résidents visés – il est très important ici que les citoyens s’en informent – ont droit de s’exprimer sur ce projet immobilier, qu'ils soient pour ou contre.

Le 8 novembre, les personnes en désacccord avec le projet — et qui résident dans la zone mentionnée ci-dessus — sont invitées à signer un registre au bureau d’arrondissement de Ville-Marie. Il faut au minimum que 120 perosnnes signent ce régistre pour qu'un référendum ait lieu. S’il y a assez de signatures de contestataires, le référendum sera organisé afin de savoir si les résidants sont ou non en faveur avec le projet présenté. Dans l’éventualité où les citoyens votent en grand nombre à ce référendum, le promoteur pourrait modifier l’apparence extérieur du projet et son intégration architecturale, sans toutefois avoir à baisser la hauteur du bâtiment. 

(rédigé avec la collaboration d'Yves Lafontaine)