À partir du 8 décembre

God’s Own Country : Quand on n’est pas seul sur terre

Yves Lafontaine
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Johnny travaille du matin au soir dans la ferme de ses parents, perdue dans le brouillard du Yorkshire. Le soir, il noie son amertume au pub du village et multiplie les aventures sexuelles sans lendemain. Lorsque Gheorghe, un saisonnier, arrive à la ferme pour lui prêter main forte, Johnny doit faire face à des sentiments jusqu’alors inconnus. Une relation intense naît entre les deux hommes, qui pourrait changer la vie de Johnny à jamais. 


Accompagné d'un bon buzz du festival de Sundance où il a remporté le prix de la mise en scène, et lors du festival Image+nation dont il clôturait la 30e édition le 3 décembre dernier, God's Own Country est le premier long métrage du Britannique Francis Lee.  
 
À première vue, on pense avoir affaire à un film de coming out, comme on en voyait dans les années 90, mais si God's Own Country raconte la difficulté de s'assumer dans un tel milieu — il raconte aussi l'apprentissage, à l'image de Moonlight ou du film The Wound (également présenté à Image+nation cette année) d'une autre masculinité. Ici, l'apprentissage des sentiments, de l'amour, de la tendresse, entre hommes, tranche avec les premières scènes de baise anonyme qui ne satisfont jamais vraiment Johnny. 
 
La caméra est au plus près des personnages, avec une économie de mots, tout ou presque passse par l’image.  Il y a, dans ce décor âpre, une tendresse qu'on n'avait pas vue venir, un mélange de sensibilité et de réalisme cru pour dépeindre la relation amoureuse, tout comme le quotidien fermier : ses veilles autour d'un Bolino, sa manipulation des petits chevreaux, ses pintes de bières au pub.
 
Le réalisateur a pris le pari de tourner son film de façon linéaire et chronologique, laissant chaque scène influer sur la suivante du point de vue des sentiments, comme s’il construisait l’histoire pierre après pierre.  
 
Le film réussi à montrer ce qu’une telle rencontre peut signifier pour une personne isolée géographiquement et socialement, une personne qui a dû mettre toutes ses émotions de côté, dans une communauté où les gens sont trop fatigués après de longues journées d’un travail harassant pour «se chercher», où la famille et le devoir passent avant tout, et où personne ne se soucie de savoir avec qui l’on couche, tant que les bêtes sont nourries et qu’on s’est occupé de la terre. Francis Lee réussit un film attachant, grand public dans le meilleur sens du terme.