Jusqu’au 18 novembre prochain

Un si gentil garçon : Il n’y a pas de mal s’il n’y a pas de douleur

Denis-Daniel Boullé
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Rarement une pièce aura collé à l’actualité. En adaptant et mettant en scène le texte éponyme de l’auteur espagnol Javier Gutiérrez, Denis Lavalou et Cédric Dorier ne pensaient surement pas à l’écho que la pièce prendrait au regard de l’actualité récente sur les dénonciations de harcèlement et d’abus sexuels qui touchent aujourd’hui des personnalités connues.

Abus, il est donc question dans Un si gentil garçon. La force de ce texte s’est qu’il nous présente le point de vue de l’abuseur, ses atermoiements entre la culpabilité et le déni, entre la minimisation des actes posés pour obtenir l’absolution des victimes et sa difficulté et l’ampleur de sa responsabilité. En fait, une page impossible à tourner malgré toutes ses tentatives vouées à l’échec.

Pour nous emmener dans la psychée de cet homme que rien ne prédestinait à poser de tels gestes et à devoir y faire face un jour, Denis Lavalou nous propose un immense puzzle où petit à petit les pièces s’emboitent pour nous donner un portrait plus clair des évènements qui se sont déroulés. Déroutant au départ, se dessine au fur et à mesure que la pièce avance un éclairage singulier et terrible sur cet homme en proie à ses propres interrogations détruisant le monde qu’il s’était artificiellement construit, détruisant aussi ses relations avec ses proches. 

Cédric Dorier qui interprète ce si gentil garçon livre un fabuleux numéro de comédien dans l’expression d’émotions contradictoires qui se succèdent dans la tête ce personnage complexe en voie d’effondrement. Et bien entendu reviennent en mémoire des personnages l’époque, une vingtaine d’années plus tôt, où tout a basculé. Quand ils étaient jeunes, plein d’ambition, quand ils formaient un groupe de musique. La musique heavy  de trois musiciens sur scène illustre cette période des années quatre-vingts, où par insouciance on pouvait se croire des dieux. 

Drogue, drogue du viol, insouciance et légèreté en couchant avec des femmes sous influence chimique, impossible de ne pas entendre les résonnances avec notre époque. Le jeu des comédiens et comédiennes est excellent et évite de tomber dans un pathos racoleur. La composition de cette fresque intime avance au gré des différentes strates de questionnement du personnage principal et fait froid dans le dos, crée le malaise nécessaire pour, nous le souhaitons, nous questionner face à la responsabilité et aux conséquences de nos actes, des plus anodins au plus dramatiques comme pour ce si gentil garçon. Du grand théâtre.

Un si gentil garçon De Denis Lavalou et Cédric Dorier. D’après le roman de Javier Gutiérrez. Jusqu’au 18 novembre prochain à l'Usine C.  usine-c.com