Entrevue avec Hannes Eberhardt

C’est comment être gai en Allemagne

Samuel Larochelle
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Hanne
Alors que Berlin a la réputation d’être l’une des villes les plus «gay friendly» de la planète, la chancelière Angela Merkel a fait les manchettes au début de l’été en s’opposant personnellement au mariage gai, lors d’un vote qui a tout de même permis à l’Allemagne de devenir le 14e pays européen à autoriser le mariage homosexuel. Un geste politique qui ne représente pas le rapport nuancé des Allemands avec la communauté LGBTQ selon Hannes Eberhardt, un gai de 36 ans résidant à Regensburg, entre Nuremberg et Munich. 
 
Alors qu’un sondage révélait en juin dernier que 75% des Allemands étaient en faveur du mariage gai, plusieurs spécialistes s’entendent pour dire que la position de Madame Merkel était une façon de séduire une frange conservatrice de la population, quelques semaines avant les élections législatives de septembre où elle a conservé le pouvoir. «Même si elle savait que de plus en plus d’électeurs n’ont aucun pro-blème avec le mariage gai et qu’ils préfèrent l’égalité, elle devait voter de la sorte pour ne pas déplaire à la base conservatrice de son parti, explique Hannes. De façon générale, le peuple allemand est très à l’aise avec la communauté LGBTQ. Encore que la montée de la droite en étonne plusieurs depuis quelques années…» 
 
Le jeune homme ajoute qu’une étude menée en 2016 a démontré que 40% de la population considérait encore qu’un baiser entre deux hommes ou deux femmes était dégoûtant. «Ces chiffres ont choqué la communauté LGBTQ! Et ça me rend très triste. Surtout que j’ai depuis longtemps l’impression qu’on peut vivre très librement en Allemagne sans aucun problème. Mais on entend de plus en plus d’histoires d’attaques homophobes dans les rues, parti-culièrement à Berlin. La violence et la haine envers la communauté sont encore très présentes, et avec le retour de la droite au parlement, ce sera encore plus difficile de régler la situation.»
 
Hannes n’est pas étranger aux histoires malheureuses. Il a appris que sa voisine de 18 ans a été expulsée de sa famille après son coming out. Sa propre sortie du placard s’est plus ou moins bien passée. «Ma famille est catholique et mes parents sont relativement vieux, alors j’ai fait mon coming out assez tard,à 25 ans! Ils commencent à accepter l’idée, mais au début, ils étaient sous le choc. Ils ne comprenaient pas et ils pensaient que c’était de leur faute.» La religion continue d’influencer les mentalités allemandes, mais comme ailleurs dans le monde, le clivage entre les grandes villes et les régions rurales est encore très présent. «Dans les secteurs ruraux comme la Bavière, d’où je viens, la po-pulation est encore très conservatrice. Imaginez la vie dans un petit village où tout le monde se connait… c’est certainement l’un des facteurs qui poussent tant de personnes LGBTQ à déménager vers les villes de grande taille dès qu’ils en ont l’occasion.»
 
Dans les municipalités comme Berlin, Hambourg, Cologne, Munich, Stuttgart et Francfort, on retrouve une multitude d’établissements LGBTQ (cafés, bars, clubs, saunas, etc.). Mais des villes de taille moyenne ont également quelques commerces gay friendly. «À Regensburg, qui compte environ 150 000 personnes, il y a des soirées gaies dans un club au moins une fois par semaine, et plusieurs autres pubs accueillent des artistes queer.» Hannes précise tout de même que le pays ne possède pas de quartier gai comme celui de Montréal. «En Allemagne, on retrouve parfois le drapeau arc-en-ciel sur la porte de certains commerces, mais on doit vraiment ouvrir l’œil. Même à Berlin.»