Projet Mobilise ! 1000 participants

Ce que l’étude Mobilise! nous apprend

André-Constantin Passiour
Commentaires
Mobilise

Le « Colloque sur l’accessibilité des services de santé et de mieux-être offerts aux hommes gais et bisexuels » a rassemblé, le 10 novembre, une soixante de personnes provenant des milieux communautaire, médical, universitaire et des différentes branches de la santé publique. On y révélait que 1 000 hommes gais et bisexuels ont participé à l’étude Mobilise ! : des jeunes, des plus matures, des gens dont la langue maternelle n’est pas le français (immigrants, réfugiés, etc.).  

On y apprend que 97 % des répondants se sont fait dépister pour le VIH. Cependant, certains hommes affichent encore de nos jours une certaine honte vis-à-vis de leur sexualité et ont peur d’être jugés s’ils vont chercher des services. Un constat important se dégage, également, plus on s’éloigne du Village gai, du Plateau ou du centre-ville de Montréal et moins on trouve des ressources pour le dépistage, pour les traitements, le suivi, etc. Peut-être par anonymat ou par manque d’aide locale, on voit aussi que les gens se déplacent vers Montréal pour obtenir des services.   
 
Un peu plus d’un an après le premier colloque, Mobilise ! qui s’était tenu en octobre 2016 au Musée des Beaux-arts de Montréal, une 2e assemblée a eu lieu en novembre à la Direction régionale de la santé publique de Montréal (DRSP). 
 
«Avec cette étude, nous avons enregistré 1 000 personnes en tout et un peu plus de 700 qui ont complété le questionnaire en ligne, donc c’est vraiment magnifique», se réjouit Johanne Otis, professeure au département de sexologie de l’UQAM et co-chercheuse principale du projet Mobilise!. «Et surtout d’avoir réussi à obtenir ce chiffre en moins de six mois alors qu’au début, en trois mois, on avait eu environ 300 personnes. Donc, c’est très bien, nous en sommes très contents », renchérit Ken Monteith, directeur général de la Coalition des organismes communautaires québécois de lutte contre le sida (COCQ-SIDA) et co-chercheur principal du projet Mobilise !
 
«Les appels dans le magazine Fugues (qui est un atout depuis très longtemps pour la communauté) et sur le le web et les réseaux sociaux, ainsi que d’autres stratégies comme les vidéos de Jason Noël de LGBT in the City ont porté leurs fruits. L’important est d’avoir réussi à faire participer encore plus les jeunes. La communauté a développé une compréhension des enjeux de la recherche sur le VIH, ce qu’on ne sent pas dans la communauté gaie à Toronto ou Vancouver», commente Mme Otis. «On a la compréhension que la recherche est importante comme outils d’intervention et pour trouver des pistes [pour la prévention ou autre]», commente Ken Monteith.
 
«C’est une belle réussite aujourd’hui parce qu’on a, effectivement, réussi à avoir tout le monde pour cette rencontre. Il y a aujourd’hui des gens des cliniques telles que l’Actuel ou du Quartier Latin, des représentants des groupes communautaires, du milieu des hôpitaux et de la santé publique et çà, on ne l’aurait pas vu auparavant», de dire Johanne Otis. 
 
Test de dépistage
Des données obtenues, durant les 12 derniers mois, 97 % des répondants ont eu un dépistage standard du VIH, 85 % ont passé un test rapide et 94 % ont à la fois passé le test et ont été traités pour des ITSS (infections transmissibles par le sexe et par le sang). On apprend que, parmi ceux qui se sont fait dépister pour le VIH et les autres ITSS, 58 % ce sont adressés aux cliniques spécialisées (l’Actuel, Opus, Quartier Latin, etc.), 17 % ont fait le test via la santé publique, 7 % à travers le réseau communautaire et 7 % dans un hôpital. De ces statistiques, 58 % ce sont dit très satisfaits et 30 % assez satisfaits. Par contre, de ceux qui ont fait la recherche du dépistage (accessibilité), encore aujourd’hui, 19 % avaient peur d’être jugés par leurs proches, 18 % n’avaient pas envie de parler de leur sexualité et 17 % avaient encore un sentiment de honte. «Oui, encore en 2017, il y a des hommes qui ont honte de leur sexualité et d’autres ont peur d’être jugés, la proportion est ici plus forte pour ceux dont la langue maternelle n’est pas le français», précise Johan-ne Otis. Le quart des répondants trouve encore que le temps d’atten- te est long entre le moment de l’appel et l’obtention du rendez-vous ou que la plage horaire du rendez-vous ne leur convient pas. Par ailleurs, 30 % ont dit avoir dû débourser de l’argent pour avoir un dépistage.
 
Les séropositifs
Selon les chiffres, 149 répondants, soit 15 %, ont rapporté être séropositifs. De ce nombre, 97 % sont sous traitements antirétroviraux alors que 95 % possèdent une charge virale indétectable. On apprend que 61 % d’entre eux sont suivis en cliniques privées spécialisées et le reste, en gros, en milieu hospitalier et 88 % au total sont satisfaits du service de suivi de l’infection VIH. En général, les données descriptives indiquent que les personnes séropositives connaissent assez bien le fait que les traitements – et donc une charge virale indétectable – peuvent être une stratégie efficace de prévention. «Par contre, on voit ici que les séronégatifs ont une moins bonne connaissance des traitements en tant que stratégie de réduction des risques», note Ken Monteith
 
«Je suis fier que les personnes vivant avec le VIH-sida (PVVIH) aient participé à Mobilise ! à la hauteur du pourcentage qu’elles représentent dans la communauté. Qu’elles sentent qu’il y a une place pour parler des services», poursuit M. Monteith. 
 
La PrEP
Concernant la PrEP (un traitement antirétroviral, le Truvada, comme méthode de prévention contre l’infection au VIH avant et après une relation sexuelle), 84 % des répondants savaient qu’il s’agissait d’une stratégie de réduction des risques et de ce nombre, 88 % disaient avoir confiance en l’efficacité de la PrEP (prophylaxie pré-exposition sexuelle). Quinze pour cent (15 %) des participants ont indiqué avoir déjà utilisé la PrEP (à vie) et 13 % durant les 12 derniers mois. Parmi les hommes utilisant la PrEP, 77 % l’ont utilisé en continu et 35 % en intermittence (ici, les répondants pouvaient cocher les deux cases). Dans les données descriptives, on observe que 51 % ont été dans les cliniques qui l’offrent, 45 % l’ont demandé au professionnel de la santé alors que pour 26 %, c’est leur médecin qui a proposé la PrEP au patient.  Quarante-cinq pour cent des répondants disent avoir dû débourser de l’argent pour le traitement, ici, il faut dire que la PrEP est en partie couvert par l’Assurance médicament et des assurances privées (voir encadré), un montant qui peut grimper jusqu’à 800 $ par mois. Il faut noter que le Truvada « générique » coûte à présent entre 250 $ et 300 $.  Cependant, 55 % ont dit ressentir encore de la honte ou avoir peur des préjugés…  Parmi les participants, 27 % disent que leur besoin d’avoir la PrEP n’a pas été comblé, qu’ils ne l’ont pas reçue. «Cela mérite une analyse plus approfondie de cette donnée, il faut savoir le pourquoi ils n’ont pas réussi à avoir le traitement», commente Frédéric Pronovost, le codirecteur Recherche et développement chez RÉZO. Bien entendu, on a révélé plusieurs autres données, que ce soit sur la santé mentale, sur la dépendance aux drogues, entre autres, etc. 
 
D’ailleurs, 38 % des participants ont dit ressentir le besoin, chercher ou trouver un service en dépendance et ne pas y avoir eu accès. «Ici, c’est un chiffre important qu’il faut considérer parce que cela soulève bien des questions», affirme Jorge Flores-Aranda, de l’Institut universitaire sur les dépendances. «Avec toute la problématique du ‘’chemsex’’ (la consommation de drogues récréatives en lien avec les relations sexuelles, comme le crystal meth), on voit qu’il y a un grand écart entre la recherche et le service dont les gens ont besoin et qu’il faut approfondir pour bien comprendre le phéno-mène», souligne Johanne Otis. 
 
«Ce qu’on souhaite est que, si tout le monde travaille ensemble, on serait capable de revendiquer ensemble et aller plus haut [au gouvernement] pour réclamer plus de fonds pour l’enveloppe [dédiée à la prévention et à la promotion, mais aussi pour les soins], parce que la santé publique ne peut pas le faire toute seule», poursuit Mme Otis. 
 
«Nous en sommes à un tournant, on souhaite que, dans dix ans, on puisse fermer ce dossier-là de la maladie du VIH. [...] Si on entrevoit la fin, c’est parce qu’on voit l’ensemble des outils pour bien identifier les besoins et où investir pour éliminer la maladie. Mais ce n’est pas fini, il y a encore bien de la recherche à effectuer», indique cette professeure de l’UQAM.