Témoignage

«Es-tu clean?»… comme si un séropositif n'était pas propre!

L'équipe de rédaction
Commentaires
couple

«Je me considère comme quelqu'un de privilégié : je vis à Montréal et je travaille dans le milieu hospitalier, et je ne subis pas de discrimination. D’une certaine manière, je me suis protégé des éventuelles discriminations en choisissant que des médecins généralistes ou des dentistes gay friendly, que l'on connaît par le biais de Fugues et via des connaissances», explique Fred, un homme gai de 39 ans et séropositif. Ce texte est son témoignage.

Cela fera bientôt 14 ans que je suis séropositif. Et la sérophobie, je l'ai plutôt subi dans ma propre communauté — la communauté gaie —, et dans ma vie amoureuse. C'est assez dur, je dois l’avouer ce qui se passe sur les sites et les applis de rencontres, et même sur les réseaux sociaux. On vous demande si vous êtes 'clean', ce qui sous-entend qu'une personne séropositive n’est pas propre. C'est une approche discri-minatoire, qui ne peut s’expliquer que par l’ignorance de la réalité et de la science! Ça commence par des mots et ça peut aller plus loin. Il m'est arrivé à quelques reprises de rencontrer et d’échanger virtuellement avec un gars, d'aller chez lui et au moment de passer à l'acte, de me faire insulter et mettre à la porte après lui avoir dit que j'étais séropositif indétectable… et ce, même s’il n’avait jamais été question qu’on passe au sexe anal… Comme si le fait que je sois sous traitement et indétectable n’avait aucune importance sur le niveau de risque…
 
Beaucoup de gens ignorent encore qu'un séropositif sous traitements, et bien traité, n'est plus contaminant – c'est ce que l'on appelle la charge virale indétectable. Concrètement, ça signifie que l'on peut même baiser sans condom, si on s’assure de ne pas avoir d’autres ITS. C'est ce que l'on appelle le TASP, «treatment as prevention» (traitement comme prévention). On ne le dit pas assez, mais une personne séropositive sous traitement est presque moins «dangereuse pour ses partenaires» qu'une personne séronégative qui prend des risques et qui ne se fait pas dépister. C'est un message qu’il faut faire passer et qu'il est important de faire connaître.
 
Ça me surprends toujours qu’une grande partie des hommes gais ne savent pas vraiment ce qu'est une trithérapie (manque d’intérêt ou autres, je ne saurais dire), ils ne connaissent pas la charge virale non detectable, ils croient qu’on doit prendre. Ils pensent que leur annoncer un statut VIH, c'est comme une condamnation à mort. Mais on n'en est plus là. Aujourd'hui, le VIH est une maladie chronique et pratiquement plus personne au Québec n'est au stade sida, sauf les personnes qui s'ignorent et qui ne se font pas dépister à temps. La majorité des séropositifs sont bien traités et plutôt en bonne santé.
 
Je n'ai donc pas subi la discrimination institutionnelle au sens large, mais plutôt dans mes rencontres amoureuses. Si je me suis peu à peu blindé, j’ai trouvé ça très violent. C'est même, selon moi, pire que la discrimination sociale, parce que ça vient nous chercher dans ce qu’on a de plus intime dans notre vie.
 
Être gai et séropo nous oblige à faire deux coming out: parler de son homosexualité et ensuite de sa séropositivité. Il y a encore autour de moi beaucoup de gens qui n'avouent pas leur séropositivité à leur famille, à leurs amis. Il y a encore beaucoup de stigmates autour du VIH et beaucoup de boulot à faire pour faire évoluer les mentalités et donner une image un peu plus moderne et moins morbide du VIH. Etre séropositif, ce n'est pas la fin du monde. Ce n'est bien sûr pas la situation idéale, mais «on vit bien avec».