Parler du VIH

Leur VIH est devenu indétectable : voilà comment cela a changé leurs vies

Sébastien Thibert
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Groupe d'homme

Vous avez peut-être vu apparaître cette option sur les applis de rencontres, il est désormais possible de mentionner son statut VIH : positif, sous PrEP, négatif et aussi… indétectable.

C’est ce que permet le «Traitement comme Prévention» (le TasP). On le sait scientifiquement depuis huit ans maintenant : une personne vivant avec le VIH bien traité et ayant une charge virale indétectable ne transmet plus le virus. Nous avons demandé à quelques séropositifs de nous raconter ce que le fait de devenir «indétectables» a changé dans leur vie.
 
Karl
Je me souviens que d’un seul coup je n’étais plus le méchant séropositif, que l’éventuelle responsabilité d’une contamination m’était moins pesante. J’en étais arrivé, comme beaucoup, à ne rechercher que des partenaires séropos en me disant que c’était plus simple, mais d’un seul coup, ça n’avait plus la même importance…
 
Tim
Mon virus est très ancien, j’ai un lourd passé sida. Rendre ma charge virale indétectable a été un processus long et difficile. Ça n’a pas été un moment mais une longue adaptation. Au début d’ailleurs, c’est mon médecin qui voulait, moi je m’en foutais, je préférais avoir moins de médocs. J’ai eu pendant 3 ans un cocktail de sept molécules, soit cinquante cachets par jour, entre 1999 et 2003. En comptant les anti-nauséeux, les anti-diarrhées, les vitamins B ou D, je suis même monté à une soixantaine dans les années 90 ! Je me souviens particulièrement d’un week-end super cool avec un mec rencontré au sauna, qui est devenu un ami ensuite. On avait baisé safe. En 2004. Trois mois plus tard, il m’appelle, et me dit avec beaucoup de réticence qu’il est devenu séropositif. J’ai eu tellement peur que ce soit moi la cause. Alors que j’étais indétectable, qu’on avait mis des capotes, mais la culpabilité de transmettre était si forte…
 
Patrik
Le jour où j’ai su que j’étais devenu indétectable, j’ai pu dire à mes ami-e-s que j’étais séropo. C’était synonyme d’apaisement pour moi. J’ai eu la chance que cela arrive très vite, quelques semaines après le début du traitement. Dès la découverte de ma séropositivité, ça a été mon but à atteindre, et je dirais même que je ne me suis senti vraiment séropo qu’une fois indétectable – bizarrement. Tous les trois ou quatre mois à la clinique pour mon suivi, je me rends compte que j’ai de la chance.
 
Gio
C’était après deux mois de traitement et j’étais ravi. Quand on commence les trithérapies, on n’est jamais certain que ça va marcher. Mais quand j’ai vu « indétectable » sur le papier, j’ai eu l’impression que je n’étais plus malade. Depuis, je ne pense même plus à ma séropositivité. C’est un détail dans ma vie, comme des hémorroïdes. Mais même moins dérangeant quand on s’y arrête.
 
COMMENT GARDER UNE CHARGE VIRALE INDÉTECTABLE ?
  • Il faut éviter d’être infecté par une IST, ou s’en dépister et se traiter rapidement.
  • Il faut vérifier l’efficacité du traitement avec le temps, car le virus peut devenir résistant au traitement et cela fera remonter la charge virale.
  • Faire attention à la régularité des prises, ce qui peut être difficile parfois dans la vie. Il peut y avoir des périodes où les oublis s’additionnent, ce qui fragilise le traitement et peut occasionner une remontée de la charge virale.
  • Être indétectable, c’est donc voir le risque de transmettre être allégé pour les personnes séropositives dont la charge virale est contrôlée. Mais le risque demeure. C’est la prévention adaptée à chacun qui permet de s’assurer une non-contamination : préservatifs et/ou PrEP, dépistage régulier du VIH et soins des IST. 

 


 

60%  

 
À l’heure où un traitement efficace réduit drastiquement les risques de transmission, ce sont les personnes qui ne connaissent pas leur statut sérologique qui alimentent l’épidémie de VIH et qui seraient à l’origine de plus de 60% des contaminations. Désormais, les traitements sont l’une des armes les plus importantes de la riposte face au VIH, pour les personnes atteintes, bien sûr, mais aussi pour la prévention de la transmission du VIH. C’est pourquoi le dépistage est l'un des outils majeurs de la prévention diversiée  
 

19%  

 
C’est le pourcentage de jeunes adultes qui croient encore - à tord - que le VIH peut se transmettre par une piqûre de moustique. Un chiffre grave, qui confirme l’importance de délivrer à tous les publics une information pertinente et renouvelée sur le VIH.