Au volant

Genesis: le luxe à la sauce coréenne

Denis-Daniel Boullé
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Genesis: le luxe à la sauce coréenne

On parle souvent des marques qui disparaissent. Dans un souci de rationalisation, de grands acteurs de l’automobile ont préféré refermer la porte sur des noms qui ont pourtant marqué l’histoire de l’automobile: Pontiac, Mercury, Saab, Plymouth. En revanche, plus rares sont les marques qui apparaissent. Parfois confidentielles, parfois stratégie d’un grand joueur comme c’est le cas aujourd’hui avec Genesis, sortie des bureaux des dirigeants de Hyundai. 

On le sait, Hyundai avait tenté le nom pour sa grande berline qui mettait l’accent sur le luxe. Mais peut-être pour distinguer un produit plus onéreux de la marque reconnue pour des voitures accessibles, il fallait changer de stratégie. En ce sens, les décideurs ont choisi de recourir à ce qui fait déjà depuis longtemps dans l’industrie, la création d’une division de luxe avec ses modèles et ses dénominations propres. Comme l’ont fait les Américains dès les années cinquante, puis les Japonais, et enfin les Allemands. Genesis est à Hyundai ce que Cadillac est à General Motors, Lexus à Toyota, ou encore AMG à Mercedes. 
 
Enfin, ces divisions de luxe misent sur l’expérience client. Entendre que l’on met tout en place pour que le client soit roi. Livrer la voiture devant chez lui, service de raccompagnement, prêt d’un modèle semblable pendant une courte période et aujourd’hui achat directement sur le Web, sans intermédiaire avec des prix fixes. Hyundai ne veut pas développer un réseau nouveau de concessionnaires pour les Genesis seulement des kiosques dans des grandes surfaces ou des centres commerciaux. Le tout pour faciliter l’achat d’autant que le prix affiché inclus les frais de livraison et de destination. Une petite révolution mais qui risque de gagner en popularité devant le développement des techniques de vente de ligne. Peut-être un jour qu’un drone déposera directement votre nouvelle auto devant chez vous. 
 
Enfin, il est toujours difficile pour un constructeur généraliste de voitures populaires de rayonner dans le monde du luxe automobile. Symboliquement, le nom fait moins rêver que d’autres. D’où l’intérêt de se démarquer pour se faire connaître. On oublie alors que la grande berline de Hyundai s’appelait aussi Equus pour découvrir la Genesis G90, modèle conçu exclusivement pour la nouvelle marque de luxe et donc 100% nouvelle. Énorme pari parce que la G90 se doit de rivaliser avec la BMW de Série 7, la Mercedes Classe S et autres grandes voitures de ce monde.
 
Côté style, la G90 s’inscrit dans la tendance actuelle, et semble avoir pris des éléments de chacune de ses concurrentes, un peu de tout en somme. Et si l’ensemble donne une voiture équilibrée, certains lui reprocheront de manquer un peu de personnalité, de ne pas avoir une touche esthétique singulière qui la distingue. Classique et sérieuse, voilà comment on pourrait résumer la G90. Contrairement à la concurrence, seules deux motorisations sont disponibles. Un six cylindres turbo de 3,3 litres développant 365 chevaux, jumelé avec une boîte automatique à huit rapports et un rouage intégral. En montant dans la puissance, un V8 de 5 litres pour 420 chevaux est aussi proposé accouplé à la même boîte de vitesses et à un rouage intégral. Trônant au sommet de la gamme, la G90 5 litres offre plus d’équipements de série supplémentaires que la version équipée d’un six cylindres. Si la qualité des matériaux et de l’assemblage est au rendez-vous, l’affichage et l’instrumentation est un peu en retard sur la concurrence qui privilégie le numérique personnalisable. 
 
G80. Introduite en 2009 sous le nom de Genesis, la G80 est la grande sœur par l’âge, et la petite sœur par la taille de la G90, et dénote la volonté du constructeur de développer le plus rapidement possible une gamme de luxe étoffée. Berline pleine grandeur, la G80 reprend l’architecture de la Genesis insérée dans la gamme Hyundai, mais bénéficie pour 2018 d’un habitacle modernisé, et de nouvelles faces avant et arrière. Nouveauté avec l’apparition d’une version Sport animée par un moteur turbo compressé de 3,3 litres. 
 
Les lignes de la G80 brillent par le classicisme, et on a soigné l’habitacle pour qu’il corresponde aux plus hauts standards dans l’industrie automobile de prestige. Côté motorisation, aucun changement, un V6 de 3,8 litres et un V8 de 5 litres. Pour plus de sportivité, il faudra se tourner vers la version sport, sachant que la plupart des acheteurs n’auront pas le goût de malmener ces montures qui invitent à de longs trajets confortables. 
 
Côté prix, Hyundai tient toujours à se démarquer en proposant moins cher que la concurrence, et les 2 Genesis sont particulièrement attrayantes si l’on tient compte qu’il faut rajouter 20 000 $ et plus pour trouver l’équivalent chez les constructeurs allemands ou japonais. Peut-être que l’idée du luxe abordable trouvera preneur. 
 
Il n’est pas évident de lancer une marque et surtout de l’inscrire de façon stable dans le paysage automobile. On se souviendra du passage éclair de la marque Saturn de General Motors. Dans les années 90, les Japonais se sont lancés dans la conquête des voitures de luxe et c’est Toyota qui a ouvert le bal avec la Lexus, suivi de peu par Infiniti de Nissan. Il aura fallu attendre plus d’une bonne dizaine d’années pour que ces deux marques obtiennent leur statut de compagnie de luxe et ne fassent pas «parent pauvre» à côté des berlines allemandes, voire américaines. Mais Hyundai a les reins solides. De constructeur marginal sur le continent américain proposant des modèles peu chers et bas de gamme, (on se souvient de la fameuse Pony), il a réussi à s’imposer comme un joueur majeur en dehors de l’Asie. Un exploit. Il se peut qu’il marque de nouveau un grand coup avec cette nouvelle gamme, et des grands de ce monde, des artistes, des hommes d’affaires ne ressentent plus aucune petite gêne à se procurer du luxe à la coréenne.