Par ici ma sortie - nous et la société

Le 1er décembre, je serai au Parc de l’espoir

Denis-Daniel Boullé
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Le 1er décembre, je serai au parc de l’Espoir. Par solidarité et par devoir de mémoire. Un dramaturge sur un réseau social se demandait s’il était encore nécessaire de parler du VIH-sida. Il s’étonnait que l’on puisse ramener le sida sur le devant de la scène, faisant allusion à la sortie du film 120 battements par minute, relatant un moment dans la vie d’Act-Up Paris. Pour ce dramaturge, le sida était une chose du passé. J’aurais envie de répondre que même si c’était une chose du passé, il serait encore nécessaire de se souvenir. L’oubli – comme le silence – tue. Et le VIH-sida n’est pas une chose du passé, tout aussi indétectable soit-il, à grand renfort de médicaments. Le VIH-sida est encore bien présent tout simplement un peu moins visible.

Le 1er décembre, je serai au par de l’Espoir, rendez-vous organisé par la Table des organismes communautaires montréalais de lutte contre le sida (TOMS). J’y retrouverai des amis, beaucoup de connaissances dont la majorité, des jeunes et des moins jeunes, se dédie encore à lutter contre cette maladie. À lutter pour faire diminuer la sérophobie, à lutter pour la décriminalisation, à continuer d’informer, de sensibiliser, de veiller à ce que tous et toutes puissent obtenir des services rapides, efficaces. Le VIH-sida, malgré toutes les œillères que l’on peut se mettre sur les yeux et tous les bouchons que l’on peut se glisser dans les oreilles, n’est pas sorti de nos vies. Il est indétectable, mais il n’est pas parti. 

Le 1er décembre, je serai au parc de l’Espoir, et  j’aurais une pensée pour tous-es mes ami-es, et pour toutes celles et ceux qui n’en sont pas revenus, pour paraphraser la chanteuse Barbara (une des toutes premières à avoir osé chanter en public une chanson sur le sida). J’aurais une pensée pour ceux – surtout des amis – avec qui j’aurais bien aimé vieillir, pour qu’on se retrouve autour d’un verre, ou dans un party d’anniversaire. Des amis et des amants aussi, de ce temps où l’on pouvait baiser sans avoir une épée de Damoclès sur la tête, où le pire qui pouvait nous arriver était une gonorrhée. De pouvoir baiser sans se faire dire que l’on était dépendant au sexe, comme si nous devions nous guérir de la dépendance à la vie peut-être ? De ce temps où le préservatif était accessoire sexuel au même titre que les dildos, les chaines ou les pinces à sein, et de se dire que dans le menu du plaisir le préservatif serait au choix. De ce temps où le sexe n’était pas associé à une maladie, et où derrière le discours médical tellement utile, ne pointait pas de nouveau une vision moraliste de la sexualité.

Le 1er décembre, je serai au parc de l’Espoir, parce qu’encore trop souvent on me demande pourquoi on fait une minute de silence lors de la marche des Fiertés. Ou du temps des marches de la Fondation Farha, quand on m’approchait dans le Village pour savoir pourquoi il y avait une manifestation ! Et ce n’étaient pas des jeunes qui m’interrogeaient, mais des gars de mon âge.

Le 1er décembre, j’irais au parc de l’Espoir. Pour, en fait, de nombreuses raisons: par solidarité, par devoir de mémoire, parce que je n’ai toujours pas réussi à me convaincre que l’on pouvait vivre en ne s’intéressant qu’à ce qui touche à notre nombril. Le mien me titille toujours (je dois être le seul au monde à avoir un nombril qui le titille), et m’enjoint à être concerné par ce qui se passe au-delà de ma cour. Vendredi 1er décembre prochain, on peut repousser d’une heure sa routine au gym, le 5 à 7 hebdomadaire avec les amis, bref, d’inscrire dans son agenda ce rendez-vous parce que nous sommes conscients, parce que nous sommes vigilants, parce que nous solidaires, parce que nous sommes tout simplement humains.