Retour sur 2017

Répression des LGBT : le long chemin de la repentance

Yves Lafontaine , Denis-Daniel Boullé
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Les excuses du gouvernement trudeau aux LGBT

Canada, Royaume-Uni, Allemagne : depuis dix ans, plusieurs gouvernements ont reconnu la responsabilité de leur pays dans la répression de l’homosexualité ainsi que les torts causés à leurs citoyens LGBT. 

«Nous avions tort, voici nos excuses, je suis désolé, nous sommes désolés.» Des excuses, des larmes, puis de longs applaudissements. Devant les parlementaires canadiens, Justin Trudeau a reconnu, le visage grave, les «erreurs» des différents gouvernements canadiens à l’encontre des lesbiennes, des gais, des trans ou des bispirituels – les personnes non conformes aux normes de genre dans les nations amérindiennes – «forcés de vivre à l’écart» et «humiliés» jusque dans les années 90. Cette «purge qui a duré des décennies restera à jamais un acte de discrimination tragique de la part du gouvernement envers ses propres citoyens», a également déploré le Premier ministre. Et d’admettre : «C’est notre honte collective que vous ayez été si maltraités, et c’est notre honte collective que ces excuses aient pris autant de temps.»
 
Au-delà de l’émotion, ce discours de repentance, une première de la part d’un homme d’État canadien, s’accompagne surtout de mesures de réparation. Elles sont au nombre de trois: l’indemnisation à hauteur de 100 millions de dollars canadiens de 3000 gais et lesbiennes victimes d’une véritable «chasse aux sorcières» dans la fonction publique, la police et l’armée canadiennes entre 1945 et 1996 ; le vote d’une loi de réhabilitation, même à titre posthume, des personnes condamnées pour homosexualité avant sa dépénalisation sous le gouvernement de Pierre Elliott Trudeau en 1969 ; ainsi que la construction d’un mémorial à Ottawa en souvenir des LGBTQ persécutés.
 
Le Canada est-il pionnier en la matière ? Pas vraiment car depuis dix ans, en particulier ces deux dernières années, plusieurs gouvernements ont ouvert la porte aux réparations pour les torts causés aux LGBTQ – rarement aux personnes intersexes.
 
 
C’est notamment le cas du gouvernement espagnol de Zapatero, un des premiers au monde à avoir mis en place, en 2007, une politique de pardon envers les gais, les lesbiennes et les trans réprimés par le franquisme (et un peu après), entre 1939 et 1979. Cette loi de réhabilitation concernait alors les 5 000 victimes estimées de la chasse à «l’homosexualisme» et proposait des dédommagements financiers.
 
Au Royaume-Uni, des lois similaires ont également été adoptées ces deux dernières années. Ainsi, en vertu de la loi «Alan Turing», du nom du mathématicien britannique condamné pour «outrage à la pudeur» et castré chimiquement en 1952, le gouvernement britannique a accordé son pardon en janvier aux 65 000 hommes condamnés pour homosexualité entre 1861 et 1967, date de la décriminalisation des relations homos en Angleterre et au Pays de Galles.