COURRIER : En réaction aux propos de Denise Bombardier envers la nomination de Gabrielle Bouchard à la présidence de la FFQ

Pleurons notre humanité et la condition féminine !

Collaboration Spéciale
Commentaires
Gabrielle Bouchard

Après avoir écouté l’entrevue de Richard Martineau, Jonathan Trudeau et Denise Bombardier, la communauté LGBTQIA2+ est abasourdie par tant d’ignorance et de hargne au sujet de la diversité des orientations sexuelles et des identités de genres.

Tout d’abord, il semblerait qu’une femme ne pourrait pas avoir « des couilles » dans le sens d’avoir du « guts » ou même au sens propre, car une femme possède un utérus obligatoirement selon Denise Bombardier. Par cette affirmation, nous constatons que madame Bombardier a vraiment un point de vue binaire des identités de genre et de sexe en société. Nous sommes désolés de vous l’apprendre, mais selon les chromosomes et la génétique, une femme peut techniquement avoir des testicules et vice versa pour un homme. Bien oui parlons-en de la génétique, car après tout, c’est vraiment là où nous pouvons dire qui est vraiment génétiquement un homme, qui est vraiment génétiquement une femme et qui est juste une personne « qu’on doit prendre en compassion », pour reprendre vos termes.

Sachez que pour ce qui concerne les personnes transidentitaires, le Sondage canadien CROP réalisé à la demande la Fondation Jasmin Roy démontre que 13 % de la population serait des communautés LGBT, Ce qui inclus la population trans. Pour les enfants intersexués, sachez que l’étude du Conseil de l’Europe confirme que les enfants qui ont été mal assignés par leur sexe à la naissance s’élèvent entre 8,5 % à 40 %. Selon la généticienne suisse Ariane Giacobino, ceci est dû au fait que le génome compte 20 millions de petites variations. Ces dernières viennent influencer le développement d’un humain et si nous dressions le caryotype génétique de chaque humain pour définir le seuil de perfection de la féminité et de la masculinité, peu de gens se trouveraient aux extrémités.

Il existe donc tout un éventail de possibilités entre les deux pôles de la binarité hommefemme. De plus, il ne faut pas oublier nos 247 personnes ayant le syndrome de KlinFelter à travers la planète dont quelques-uns au Québec. Qu'elles soit Interséxué.e.s ou ayant un Syndrome de KlineFelter, ces personnes possèdent des chromosomes XXY ou XO; alors que chez la femme, les chromosomes sont XX et que chez les hommes sont XY. En ce qui concerne nos confrères, nos consoeurs et nos confroeurs ayant une diversité d’orientation sexuelle différente de l’hétérosexualité, le Sondage CROP nous informe que sur 1 897 participant·e·s, sur un total de 2 697 participant·e·s, ne s’identifient pas comme des personnes hétérosexuel·le·s : 55 % se sont identifié·e·s comme étant homosexuel·le·s, 28 % comme étant bisexuel·le·s, 10 % comme étant pansexuel·le·s et 4 % comme étant asexuel·le·s. Ne trouvez-vous pas que ça commence à faire beaucoup de monde pour qui il faut avoir de « la compassion » ? Seriez-vous d’accord pour que nous institutionnalisons cette proportion importante de la population, car selon vos dires : « par le passé ces gens-là, on les plaçait dans des institutions pour leur propre bien »?

Nous nous questionnons à savoir qu’est-ce qui vous permet d’appuyer vos dires ? Êtesvous spécialisée en médecine, en psychologie, en psychiatrie ou même en sexologie ? Avez-vous des preuves valides et scientifiques de ce que vous avancez ? Êtes-vous au fait que l’Organisation mondiale de la Santé (OSM) a retiré le 17 mai 1990 l’homosexualité de la liste des maladies, que le DSM-III l’a retiré en 1987 et que le DSM-5 fait référence maintenant à la dysphorie de genre et non plus au transexualisme ou au travestisme fétichiste pour les personnes transidentitaires ? Que ni l’orientation sexuelle et ni l’identité de genre ne font partis des paraphilies mentionnées au DSM-5 ?

Parlons maintenant de la condition féminine au Québec. Madame Bombardier, vous êtes née en 1941. Qu’en était-il de la condition des femmes à cette époque ? Êtes-vous sans vous souvenir qu'en 1940, elles obtiennent le droit de vote. Qu'en 1975, l’adoption de la Charte des droits et libertés de la personne du Québec interdit pour la première fois, toutes formes de discrimination fondée sur le sexe. Qu'en 1980, soit cinq ans plus tard, vous avez pu animer l’émission Noir sur Blanc, la première émission sur les affaires qui était animée par une femme au Québec. Vous étiez la première femme dans un milieu d’hommes à prendre part à un sujet à proprement dit masculin selon les stéréotypes sociétaires de l’époque. Vous vous êtes toujours battue contre le machisme et vous avez milité pour la place de la femme en société. Si la Charte n’avait pas reconnu cette équité entre les sexes en 1975 en interdisant toutes formes de discrimination quelle qu’elle soit, auriez-vous eu accès à l’animation de cette émission en 1980 ? Je ne crois pas!

Aujourd’hui en 2017, alors que madame Gabrielle Bouchard, une femme transidentitaire, a été élue à la Fédération des Femmes du Québec (FFQ), vous vous permettez de remettre en cause sa crédibilité en tant que femme et vous aites preuve de sexisme et de manque d’équité envers cette dernière qui pourtant, à même titre que vous en 1980, bénéficie de la protection conférée par la Charte. Vous vous permettez même de dire qu’il faudrait « cessez la représentation des gens en fonction des lois », ce qui est un manque de cohérence avec les principes de la Charte, l'égalité des chances, le droit de voter et d'être représentée en société. Vous pouvez bien faire référence à la décence, mais reste néanmoins que selon le dictionnaire Larousse, elle est définie comme suit :

1. Respect des convenances, surtout en matière sexuelle, pudeur : ex : ne pas choquer la décence; 

2. Dignité dans l’expression, les manières : réserve, discrétion, tact : ex : Ayez la décence de vous taire. 

Les propos que vous avez échangés avec messieurs Martineau et Trudeau dépassent la décence madame Bombardier, ils manquent de tact et de dignité envers les personnes des communautés LGBTQIA2+ et la condition féminine des femmes transidentitaires. Ils sont empreints de transphobie, d’homophobie et de sexisme envers toutes et tous ces personnes. Ces motifs sont punissables par les lois provinciales et les lois fédérales car ils véhiculent la haine qui aide à justifier des actes discriminants, répressifs et violents envers nos populations déjà fortement stigmatisées au fil du temp.

En êtes-vous consciente ou êtes-vous déconnectée de la réalité ? Vous avez raison Mme Bombardier quand vous abordez le fait « [d’]un jugement social trop souvent terrible »... Vous en donnez la preuve.

Julien Leroux-Richardson, président Aide aux Trans du Québec.

 

 

Références :

CROP. (2017). Sondage pancanadien sur la communauté LGBT. [En ligne].

http://fondationjasminroy.com/sondage-valeur-besoin-realite/

(Page consultée le 9 décembre 2017). pp. 30 et 31.

Dictionnaire Larousse. (2017). Décence. [En ligne].

http://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/d%C3%A9cence/22087

(Page consultée le 9 décembre 2017).

DiseaseMaps. Statistiques de Syndrome de Klinefelter. [En ligne].

https://www.diseasemaps.org/fr/klinefelter-syndrome/stats/

(Page consultée le 9 décembre 2017).

Schneider, E. (2013). Les droits des enfants intersexes et trans’ sont-ils respectés

en Europe?

Une perspective. [En ligne]. h ttps://rm.coe.int/168047f2a8

(Page consultée le 9 décembre 2017). Conseil de l’Europe : [Brucelles,

Belgique].

Wikipédia. Denise Bombardier. [En ligne].

https://fr.wikipedia.org/wiki/Denise_Bombardier

(Page consultée le 9 décembre 2017).