Diversité sexuelle

Les asexuels: Il n'y en pas un sur dix, mais elles et ils existent

Denis-Daniel Boullé
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gay teen

Le récent sondage pancanadien sur les réalités LGBTQ à l'initiative de la Fondation Jasmin Roy affirmait qu'un.e jeune LGBTQ sur dix se disait asexuel.le. Et parfois le sigle LGBTQ ajoute A pour les représenter comme faisant partie de la diversité sexuelle. Mais sait-on bien ce que recouvre le vocable asexuel ou asexuelle? Pour beaucoup d'entre nous, le préfixe privatif A indiquerait une personne qui n'a aucune sexualité, ou qui n'aime pas le sexe. Que nenni!

Lors de la Conférence nationale sur les réalités LGBTTlQA2S dans le cadre de Fierté Montréal cet été, un atelier était consacré à l'asexualité. Cet atelier animé par trois personnes de la Communauté asexuelle de Montréal a porté un éclairage très instructif sur un pan méconnu de ces personnes pour les auditeurs présents et curieux d'en savoir un peu plus. C'est un peu simple qu'on y pense, mais aussi un peu plus compliqué qu'on le souhaiterait. 
 
Tombons les masques, et surtout le masque que l'on met sur le visage d'une personne asexuelle: ce n'est pas une personne qui n'a aucune vie sexuelle. C'est la raison pour laquelle on parle d'une personne asexuelle et non d'une personne asexuée, qui n'aurait pas de sexe ou encore aucune activité sexuelle. La différence étant clairement établie, qu'est-ce qu'être asexuel.le alors? On pourrait évoquer une sexualité qui ne s'inscrit pas dans les normes telles que définies et souvent valorisées dans nos sociétés, une relation sexuelle et amoureuse avec une personne de son sexe ou de l'autre, trans ou non, ou un groupe de personnes. L'asexuel.le ne ressent pas le besoin ou n'éprouve peu ou pas de plaisir dans un acte sexuel avec une autre personne. Non par dégoût, mais parce cela ne lui apporte pas le plaisir escompté. Comme le disait l'une des conférencières, reprenant l'exemple d'une plaisanterie qui a cours parmi les asexuel.le.s, «entre un gâteau et l'acte sexuel, on préfère le gâteau». Plaisanterie qui est à l'origine de la représentation du gâteau que l'on retrouve très souvent comme symbole des groupes asexuels. 
 
Mais ce serait un peu court de dire que tous les asexuel.le.s n'ont aucun partenaire sexuel. Il se peut qu'au cours d'une relation amoureuse, il y ait occasionnellement des relations sexuelles. Mais la relation ne se fonde pas sur cette dimension-là. Les asexuel.le.s peuvent ressentir de l'affection et des émotions pour une personne, envisager une relation de couple, mais le sexe ne sera jamais ni prépondérant, ni même nécessaire pour qu'elle ressente une plénitude amoureuse. La tendresse, les câlins, eux, revêtiront une grande part dans la relation. On parle alors d'asexuel.le romantique. Pour d'autres, il n'y a ni attirance sexuelle, ni même émotionnelle pour une autre personne. On parle alors d'asexuel.le aromantique. 
 
Comme précisé plus haut, qui dit personne asexuelle ne signifie pas absence de libido. Certaines personnes asexuel.le.s ont une libido très élevée mais ne la satisfont pas en "couchant" avec quelqu'un. Mais comment alors? En se masturbant tout simplement. 
 
À partir de ces quelques définitions qui décrivent une orientation sexuelle qui est en passe d'être reconnue depuis que l'asexualité n'est plus attestée comme une pathologie dans le DSM (Diagnostic and Statistic Medical Manuel of Mental Disorders 2015), des nuances peuvent apparaître sur un long spectre qui irait de la personne n'ayant ni attirance, ni émotion pour personne, celle qui aurait occasionnellement des attirances sexuelles pour une ou des personnes, soit des variantes sur un même continuum.
 
Ainsi, une conférencière se présentait comme demisexuelle, précisant ainsi que la relation sexuelle n'était absolument pas un critère important dans la relation amoureuse qu'elle pouvait avoir, mais qu'elle pouvait ressentir une attirance sexuelle pour son ou sa partenaire à l'occasion. Une autre préférait se décrire comme grisexuelle, refusant en fait de s'inscrire sur un endroit précis du continuum allant de l'absence de relation sexuelle totale avec un ou une partenaire, à celle ou celui ne pouvant envisager une relation, ou même une activité sexuelle sans un, ou une, voire plusieurs partenaires. 
 
On pourrait considérer qu'au cours d'une vie, on soit toutes et tous un jour ou l'autre asexuel.le.s, si ce n'est que pour la plupart d'entre nous, c'est par défaut, solitude, baisse de la libido, l'âge, etc. En aucun cas, cela ne représente ou n'a représenté un choix, c'est plutôt une conséquence. Pour les asexuel.le.s qui se décrivent comme tel.le.s, cela relève d'un choix souvent après avoir expérimenté et confronté leur sexualité avec d'autres. Certain.e.s ont consulté pour savoir si cela ne relevait pas d'un trouble biologique ou psychologique. Une conclusion s'imposait alors pour elles et pour eux. Leur épanouissement sexuel et affectif ne passait pas par les mêmes normes que les autres et que ce n'était somme toute ni mieux, ni moins bien, simplement une forme différente d'être à soi et aux autres. 
 
Si vous vous reconnaissez comme asexuel.le, peut-être êtes-vous parmi celles et ceux qui se décrivent comme autochorissexuel.le ? Pour connaître la définition, allez sur le site Facebook du groupe, il suffit de taper Communauté asexuelle de Montréal, et vous aurez la réponse.