Ruban en Route

25 ans de prévention au VIH dans les écoles

André-Constantin Passiour
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Ruban en Route

Oui, Ruban en Route a atteint l’âge «vénérable» du quart de siècle ! Et ce n’est pas arrivé par un coup de baguette magique d’Harry Potter… C’est par la ténacité, la ferveur et la volonté inébranlable de son fondateur et animateur, François Blais. Déclaré séropositif plus jeune, il voulait faire quelque chose pour la jeunesse, il s’inspire donc de l’émission de télé «La guerre des clans», pour concevoir un jeu amusant, mais informatif pour sensibiliser les jeunes du secondaire au VIH-sida et au besoin de se protéger… Depuis ce temps, il sillonne les routes du Québec et va à la rencontre des étudiants. Mais, avec le temps, le VIH perd de l’importance et on ne s’y intéresse quasiment plus en milieu scolaire. Est-ce à dire que tout est réglé ? Loin de là, nous dit François Blais…

«Lorsqu’on leur demande quel est le moyen de se protéger du VIH et des autres infections transmissibles par le sexe et par le sang (ITSS )? Les jeunes répondent: la pilule [du lendemain, ou encore la pilule anticonceptionnelle] ! C’est ce qui leur vient à l’esprit, avant même le condom! Il y a quelque chose qui n’est pas assimilé, c’est clair! On a encore un bon bout de chemin à faire. En fait, malgré internet et tout ce qui circule (ou à cause de...), on part presque à zéro avec toute une génération, il faut plus d’infos pertinentes», explique François Blais.  
 
En 25 ans, François Blais a vu plus de 500 000 jeunes étudiants, soit environ 80 représentations par an, chaque fois avec entre 400 et 500 élèves de plusieurs niveaux du secondaire. Avec les trithérapies et, dans bien des cas un seul comprimé à prendre par jour, on croit que tout est ainsi réglé pour le VIH. Les gens mènent une vie «plus normale» et la maladie a un statut de quasi «chronique». «C’est certain qu’on vit mieux avec le VIH, mais s’il y a un point négatif à cela, c’est qu’on a oublié la maladie. Nous sommes donc passés de 80 établissements scolaires visités par an à un peu moins de 40 ! On ne meurt plus du VIH-sida, donc on n’en parle plus. C’est un peu mon désespoir et ma raison de poursuivre», commente le fondateur de ce groupe de prévention.
 
Si on ajoute à cela le fait qu’il n’y a plus de cours d’éducation sexuelle, ce que François Blais entend durant les présentations est parfois ahurissant. Cela reflète toutefois la réalité de certains jeunes. «On se rend compte comment internet et les réseaux sociaux ont changé les choses. Nous sommes sur le terrain, on nous raconte des choses surprenantes, sans filtre. Ils ont 14, 15 ou 16 ans, ils nous disent qu’ils expérimentent la «double pénétration»! Ou bien encore, une jeune fille nous parle de son chum qui est un éjaculateur précoce et tout le monde dans la salle se retourne et regarde le gars assis à l’arrière! Après 25 ans à parler avec les jeunes, il y a des choses comme ça qui sont renversantes. Il faut qu’il y ait un réveil, les statistiques nous le démontrent qu’il y a une augmentation fulgurante des ITSS. Malheureusement, on considère que la prévention à l’école, ce n’est pas important», confie François Blais.
 
D’année en année, les subventions ne cessent de diminuer. Pour toutes les dépenses encourues, Ruban en Route ne reçoit qu’un maigre 64 000 $/an. «On est en perpétuelle survie, la cause n’est plus «vendable» et il y a beaucoup moins de commanditaires qu’auparavant. Même les artistes ne s’impliquent plus autant qu’avant», se désole François Blais. Cela dit, «quand je donne mes conférences, je le vois, je le ressens, il y a un impact», affirme-t-il. «Et le message passe chez les gars aussi! Le but est atteint». 
 
Les besoins sont là, les services sont là, mais la volonté politique et l’argent ne suivent pas. Pourtant, François Blais a déjà rencontré son homonyme, François Blais, alors mi-nistre de l’Éducation du Québec (de 2015 à 2016), ainsi que Lucie Charlebois, la ministre déléguée à la Réadaptation, à la protection de la jeunesse, à la Santé publique. «Les ministres nous appuient, ils voient bien l’utilité d’un tel groupe de prévention. Mais ils nous renvoient aux Centres intégrés universitaires de santé et de services sociaux (CIUSSS) et là, on ne rentre ni dans leurs cadres, ni dans leurs objectifs. Là seule chose qui semble les intéresser maintenant, ce sont les comportements des gars envers les filles et l’intimidation, mais le VIH et la santé sexuelle, rien. C’est dommage», regrette le fondateur de cet organisme à qui on a remis, il y a quelques années, la médaille du Service méritoire du gouverneur général du Canada pour son dévouement.
 
«Mais je ne perds pas espoir et il y a des projets…»  Et des projets, François Blais en a plusieurs, de coopération avec d’autres organisations, pour bonifier encore plus Ruban en Route. D’abord, François Blais fait partie du Club de bateau dragon H2O, il est avec eux depuis 13 ans maintenant. Avec l’équipe senior, il désire aller aux championnats et l’équipe va aider à refinancer l’orga-nisme par les fonds amassés. M. Blais aimerait bien avoir un «autobus de tournée», on y retrouverait une sexologue qui ferait partie de l’organisme, mais aussi pour une ligne d’écoute, ensuite cet autobus comprendrait aussi, autant que possible, une infirmière, celle-ci pourrait faire des tests de dépistage anonyme et gratuit sur place. Dans cet objectif, François Blais est à la recherche d’un commanditaire principal pour une durée de cinq ans. Inlassablement, M. Blais croit qu’à la fois les ministères de la Santé et de l’Éducation pourraient subventionner la présentation dans 60 écoles du Québec. «À Paris, par exemple, les maires d’arrondissements paient pour des séances de prévention dans les écoles, pourquoi ne peut-on le faire ici?», s’interroge-t-il. Il y a sûrement quelque chose à faire avec les municipalités puisqu’il en va de la santé publique, selon lui.
 
Dans son quartier, de la Côte-Saint-Paul (arrondissement du Sud-Ouest), il y a une vieille caserne de pompier abandonnée, le Poste 32. François Blais effectue des démarches en vue de redonner vie à cette bâtisse qui pourrait devenir la Maison communautaire le Poste 32. «Avec le manque d’argent, il va falloir qu’on rassemble nos forces ensemble, cette maison peut servir à plusieurs organismes communautaires, dont Ruban en Route qui aurait ainsi des bureaux, dit François Blais. Un tel projet est certainement faisable. Bureaux, salles de réunion, etc. cela génèrerait des activités qui, en retour, permettraient de financer les associations communautaires.
 
Mais ce n’est pas tout, il caresse le projet d’organiser à Montréal une conférence sur la prévention. «Il y a des conférences sur le VIH, mais il n’y en a pas spécifiquement sur la prévention et en lien avec la jeunesse ou le milieu scolaire, ce serait innovateur. J’essaie de rester positif, c’est ma raison d’être, parce que je sais que les besoins sont là, je le constate à chaque fois que je vais dans une école», de conclure François Blais.