Entrevue avec Gabriel Girard co-auteur de La Fin du SIda...

Entre réflexion et mobilisation

Denis-Daniel Boullé
Commentaires
Gabriel Girard

Co-rédigé par François Berdougo et Gabriel Girard, ce petit livre ne donne pas de réponse sur «La fin du sida». En revanche, en retraçant l’histoire du sida à travers les actes des différents acteurs et des différentes instances depuis le début de l’épidémie, La fin du sida est-elle possible ? pose les questions essentielles sur les enjeux qui pourraient amener effectivement la fin du sida. Entre les stratégies de santé publique à l’échelle planétaire, les avancées de la recherche, les nouvelles formes d’engagement des associations de patients, et la perception des différentes populations à risque, la lutte contre le sida reste un terrain de mobilisation aussi bien pour les décideurs politiques, le monde de la recherche et de la pharmacopée que pour les principaux intéressés. 

la fin du side est-elle possiblePour le sociologue, Gabriel Girard (sur la photo en haut à gauche), rencontré par Fugues, cet exercice était nécessaire. «En l’espace de vingt ans, de nombreux changements sont apparus autour de la ma-ladie. Les traitements permettent de vivre avec le VIH, avec une espérance de vie comparable aux personnes séronégatives. Les antirétroviraux sont aussi liés aux progrès dans le domaine de la prévention: la charge virale rendue indétectable ou la prophylaxie pré-exposition (PrEP), permettent d’éliminer le risque de transmission. Mais cela n’empêche pas que certaines questions importantes demeurent, en termes de droits humains, de coût des traitements ou d’inégalités sociales en santé. Le livre rend compte de la façon dont les acteurs de la lutte contre le sida ont tenté d’y répondre, au cours des vingt dernières années, que ce soit au niveau des politiques publiques, de la prévention ou de l’accès aux soins. Le tout dans un contexte politiquement et économiquement de plus en plus délicat, marqué par la crise financière et la montée en puissance de politiques réactionnaires ». 
 
Pour le chercheur, un exemple clair de ces évolutions concerne la volonté de toucher les catégories de population où la prévalence de la transmission est la plus forte dans les pays occidentaux. « On a bien vu le paradoxe de ces campagnes qui en voulant rejoindre les groupes les plus fortement à risque, ont suscité des réactions fortes de ces mêmes groupes, qui se sont sentis stigmatisés comme étant responsables de la propagation. Dans le même temps,  des responsables politiques conservateurs se sont élevés contre des affiches de prévention évoquant ouvertement l’homosexualité, comme on l’a vu en France en 2016. Dans ces conditions, le chemin est étroit pour développer une approche de santé publique cohérente et respectueuse des personnes. ».
 
Depuis le début de l’épidémie, comme cet exemple l’illustre, le sida a toujours été perçu en fonction des représentations individuelles, collectives et politiques de la sexualité et de l’homo-  sexualité. Encore de nos jours, la maladie n’est pas banalisée puisqu’elle touche au cœur de l’intime de chacun, ou des groupes marginalisés socialement, comme les usagers des drogues. «Plus de 35 ans après le début de l’épidémie, le sida demeure un révélateur puissant des discriminations et des injustices qui traversent notre société» insiste Gabriel Girard.
 
La fin du sida est-elle possible ? cerne tous les aspects auxquels les décideurs, poussés souvent par les associations, ont été confrontés dans cette longue lutte. Il ne fait aucun doute pour les deux auteurs, que si c’est une approche médicale et populationnelle qui a pris le dessus sur la maladie dans les pays occidentaux, le milieu communautaire et la société civile ont encore un rôle décisif à jouer pour contribuer à la fin de l’épidémie. Un petit ouvrage très accessible qui synthétise plus de vingt ans d’évolutions de la lutte contre la maladie et qui met en lumière les défis qu’il reste à relever. 
 
La fin du sida est-elle possible, de François Berdougo et Gabriel Girard
Éditions Textuelles, Petite encyclopédie critique 2017. Disponible à partir du 18 janvier 2018 au Québec. Lancement le 25 janvier prochain à partir de 17h30 à la librairie féministe L’Euguélionne. 1426, rue Beaudry Montréal (Métro Beaudry)