Cinéma

Notre Top 10 des meilleurs films LGBT de 2017

L'équipe de rédaction
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120 battements par minute
Photo prise par © 120 battements par minute
Beach Rats
Photo prise par © Beach Rats
Below her Own Mouth
Photo prise par © Below her Own Mouth
Call me by your name
Photo prise par © Call me by your name
  • 120 battements par minute
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Voici, parmi les films présentés au grand écran à Montréal en 2017, ceux qui, selon l'équipe de rédaction de Fugues, brillent dans leur description des vies queer.



120 battements par minute
120 battements par Minute  est un film essentiel qui raconte une partie jusqu’ici négligée de l’histoire des LGBT: le mouvement ACT UP en France. Réalisé par Robin Campillo, ancien membre du groupe de défense d’action directe. Le film montre l’épidémie de sida dans les années 1990 à Paris à travers les yeux de ces activistes qui mettent en scène tous les morts liées à la maladie, jettent du faux sang sur les représentants pharmaceutiques façons d’obliger ceux qui ont le pouvoir à agir. 120 battements par Minute traite d'un combat, celui contre le VIH/SIDA, qui continue encore aujourd'hui dbien qu’on en entend de moins en moins parler, au travers de relations belles, sincères, avec pudeur et sensibilité. On suit tout au long du film l'évolution de la maladie d'un des membres fondateurs de Act Up dans les années 90, et sa lente descente aux enfers. Au fur et à mesure du film une pression s'abat sur nos épaules et on se rend compte que plus on progresse dans l'intimité du personnage, plus il est difficile de ne pas céder à la difficulté des situations qu'il rencontre. Le rythme du film est parfaitement maitrisé par Campillo, qui alterne avec brio les moments de "fête", de profit de la vie, sans en faire trop, les moments de tensions, ces protestations pacifiques dans la nuit silencieuse, mais aussi les moments d'intimité, touchants par leur délicatesse et leur honnêteté. 120BPM impose aussi la réflexion. Pourquoi est-ce que je pleure pour une personne que je connais et une que je ne connais pas? Qu'en est-il aujourd'hui de la lutte contre le SIDA? Dans quelles conditions sont traitées les personnes atteintes? Et surtout, pourquoi a-t-on cessé de s'interroger? Les acteurs Nahuel Pérez Biscayart et Arnaud Valois constituent le cœur battant de ce drame, en tant qu’amoureux sérodiscordants réunis par une épidémie qui menace également de les déchirer.

(Le film a pris l’affiche en octobre à Montréal. La version DVD et numérique devrait être disponible prochainement)


Battle of sexes
Battle of the Sexes s’inspire d’un match de tennis "historique" : en 1973, Bobby Riggs, 55 ans, un ancien joueur accro aux paris a défié la championne du moment, Billie Jean King, 29 ans, de l’affronter sur le court, en direct à la télévision. Le scénariste Simon Beaufoy (The Full Monty, Slumdog Millionaire…) et les réalisateurs de Little Miss Sunshine, Valerie Faris et Jonathan Dayton, livrent un joli film biographique, rondement tourné et rempli de réflexions intéressantes sur le sport, le féminisme, la passion dévorante du jeu et l’homosexualité. Le résultat est très proche des faits réels. En plus de battre à plate couture Bobby Riggs, un féroce machiste, dans le légendaire match de tennis de 1973, Billie Jean King défendait aussi l’égalité des salaires entre les hommes et les femmes. Le film de Valerie Faris et Jonathan Dayton raconte comment cette célèbre bataille s’est déroulée en même temps qu’elle suit l’histoire d’amour de King avec la coiffeuse Marilyn Barnett. Emma Stone, qui joue le rôle de King, et Steve Carell, qui joue Riggs, ont reçu des nominations aux Golden Globe pour leurs performances. Il y a eu plusieurs documentaires sur Billie Jean au fil du temps, mais il y a certaines choses qu’on peut montrer dans un film et pas dans un documentaire. On peut fouiller la vie intime de la personne. On peut faire ressentir les émotions de l’héroïne au public avec une mise en scène dramatique..

(Le film a pris l’affiche à Montréal à la fin septembre dernier. La version DVD et numérique devrait être disponible prochainement)


Beach Rats

Dans  Beach Rats, Frankie, 19 ans, originaire de Brooklyn, est aux prises avec sa sexualité – mais aussi avec beaucoup d’autres problèmes. Son père est en train de mourir d’un cancer. Il a une dépendance aux médicaments. Ses «amis» – the beach rats en question – ne savent rien de son attirance pour les hommes, que Frankie drague sur des sites de rencontre. Réalisé par Eliza Hittman,  Beach Rats  est une histoire envoûtante de passage à l’âge adulte qui n’a pas peur de montrer sa tristesse. Et une star est née avec l’acteur Frankie, Harris Dickinson, dont la beauté et la complexité de son jeu donnent à ce film son âme. 

(le film a pris l’affiche à Montréal et ailleurs au Québec le 29 septembre dernier. La version DVD et numérique devrait être disponible prochainement)


Below her Own Mouth

Rédactrice dans un magazine de mode, l’élégante Jasmine déménage dans un chic quartier de Toronto avec son fiancé. Un soir que ce dernier est en voyage d’affaires, elle sort avec une copine dans une «soirée de filles». C’est là qu’elle rencontre Dallas, une jeune femme marginale au charme magnétique, qui brise des cœurs en série. La série de moments qu’elles vivront, elles, ensemble sera passionnelle, Jasmine comprenant vite que malgré ses «efforts», il ne sert à rien de lutter contre une attirance aussi forte. Pour porter à l’écran ce premier scénario de Stephanie Fabrizi, April Mullen s’est entourée d’une équipe composée exclusivement de femmes. «J’espère que Below her own Mouth servira d’exemple et permettra de faire comprendre que, oui, on peut changer les choses.»

(Sorti en février 2017 à Montréal, le film est offert en DVD et version numérique)

Call me by your name / Appelle-moi par ton nom
Le film réalisé par Luca Guadagnino a enchanté le public et la critique avec sa représentation parfaite de l’Italie du Nord et sa romance centrale entre Elio (Timothée Chalamet), 17 ans, et Oliver (Armie Hammer) 24 ans. Un candidat aux Oscars, le film a déjà remporté des nominations aux Golden Globe pour ses acteurs centraux, qui brillent par leur représentation du premier amour et des premiers émois. Mais c’est un discours du père d’Elio (Michael Stuhlbarg de A Serious Man) à son fils qui restera dans votre esprit pendant des jours, sinon dans l’histoire du cinéma.

(Présenté à Image+nation, en ouverture, le film est sorti en salles le 22 décembre et est encore à l’affiche)


God’s Own Country / Seule la terre
Ce drame britannique sur la relation d’un éleveur de moutons (Josh O’Connor) avec un travailleur migrant roumain (Alec Secareanu) est une représentation magnifique, viscérale et parfois violente de la façon dont la haine de soi, la stigmatisation sociétale et les préjugés peuvent compliquer l’amour entre hommes. Ces thèmes résonnent profondément dans un monde où la peur menace de fermer les frontières et de rejeter les étrangers. Véritable succès au Festival du film de Sundance 2017, où il a remporté le prix directeur du cinéma mondial pour une première réalisation de Francis Lee. 

(Le film a été présenté à Image+nation en soirée de clôture, puis a pris l’affiche à Montréal le 8 décembre) 

Professor Marston and the Wonder Women (autre titre My Wonder Women)

Le film raconte l’histoire fascinante de l’homme qui a créé Wonder Woman, William Marston (Luke Evans); sa femme, Elizabeth (Rebecca Hall); et leur amante, Olive (Bella Heathcote). Réalisé par Angela Robinson, le film, qui se déroule au début du XXe siècle, met en scène une relation polyamoureuse sans jugement négatif et donne un coup de chapeau au superhéros endurant et stimulant que Marston a créé.

(Sorti en octobre à Montréal, le film sera offert en DVD et version numérique dès le 30 janvier 2018)

Thelma
Thelma offre un mélange réussi des genres entre le film fantastique, le film d’apprentissage et le film d’horreur. Thelma quitte les grands espaces enneigés et sa famille très puritaine pour faire ses études en ville. Chez la jeune fille, ce passage entraîne aussitôt d'inquiétantes manifestations. Troublée et attirée par une autre étudiante, Thelma fait des crises d'épilepsie, commence à avoir des visions horribles et réalise qu'elle est dotée de pouvoirs surnaturels. La confrontation entre les deux univers, familial et urbain, fera exploser un secret de famille très douloureux que Thelma va vivre avec une force insoupçonnée, vers son émancipation. Le film baigne dans la culture nordique, le non-dit sied parfaitement au mystère et à l'esthétique que Joachim Trier distille dans son récit, les images de nature, les scènes de piscine, Thelma balance entre douceur et terreur, grâce aussi à Eili Harboe, jeune actrice, vraie découverte, à suivre. 

(Le film a pris l’affiche en salle à Montréal en novembre)

Tom of Finland

Lorsque Touko Valio Laaksonen – connu par son nom d’artiste, Tom of Finland – a commencé à dessiner des images érotiques d’hommes dans l’Europe des années 1940, un tel acte était illégal. Pourtant, pendant des décennies Laaksonen a travaillé pour son art, faisant face à des menaces avec des lois, qui considéraient non seulement son art mais son être même en tant qu’homosexuel comme une menace pour la société. Réalisé par Dome Karukoski, le film biographique de Tom of Finland montre le parcours de Laaksonen (Pekka Strang) ainsi que l’acceptation croissante des homosexuels tout au long de la seconde moitié du 20e siècle. De la Seconde Guerre mondiale à la crise du SIDA, Laaksonen fait face aux agents de l’oppression de chaque époque à travers l’adoption de la sexualité sans honte par son art. Le film offre une leçon d’histoire à voir absolument.

(Le film a été présenté à Montréal dans les festivals Fantasia et Image+nation. Aucune date de sortie en salle n’est annoncée pour le Québec)


The Wound / Les initiés
Dans le rituel d’initiation des Xhosa à la virilité, les adolescents sont circoncis et passent ensuite du temps à guérir dans le désert aux côtés de mentors adultes. Le film, réalisé par John Trengove, montre des personnages enfermés des deux côtés de la fracture générationnelle, qui se débattent avec le sens de la masculinité dans l’histoire et les temps modernes. The Wound est à la fois la cicatrice physique de la circoncision imposée à ces jeunes garçons, et c’est aussi la douleur d’un secret impossible à partager, celui d’une masculinité différente. Ce secret relie trois personnages, adolescents ou adultes, chacun à un stade différent de leur initiation, chacun en chemin pour devenir un vrai homme. Les Initiés est une fiction qui documente, c’est sa première qualité. C’est-à-dire que, tout en rendant compte avec sérieux de son contexte social (le décalage entre les rituels ancestraux et barbares et ces gamins privés de leurs iphones et de leurs baskets fétiches est frappant), le film ne se laisse pas enfermer dans le moule du film-à-sujet, et n’oublie pas de faire du cinéma. Tout d’abord grâce à un ton particulier, entre violence esquivée et bienveillance inattendue. La nuit menace de tout engloutir, mais entre-temps, le soleil couchant fait une émouvante toile de fond pour un baiser volé. Cette subtilité d’écriture, qui évite tout manichéisme, se retrouve avant tout dans le trio de protagonistes, trois garçons touchants aux portraits nuancés, chacun à son tour victime et bourreau de cette machine à faire des hommes. Les Initiés offre une vision fort moderne d’une masculinité queer, noire et alternative, qui mérite d’être remarquée.

(Présenté à Image+nation, le film devrait sortir en salle dans les prochains mois, surtout s’il est retenu dans les œuvres finalistes pour l’Oscar du meilleur film en langue étrangère)