Déclaration d’amour

Les fiançailles hautement symboliques de Patrice et Jeremy

Samuel Larochelle
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Patrice Lavoie a demandé à Jeremy Arsenault

Patrice Lavoie a demandé à Jeremy Arsenault d’être son fiancé le 31 décembre 2017. La scène, immortalisée sur vidéo, a été vue plus de 10 000 fois à travers le monde. Au-delà des statistiques, le moment est d’une  incontournable charge symbolique: le porte-parole ouvertement gai de la société d’État Loto-Québec a exprimé ouvertement son amour pour un officier de l’armée canadienne.  

Peu avant le nouvel An, Patrice a posé le genou au sol pour faire la grande demande, après avoir expliqué ce qu’il ressentait dans une carte remise à son amoureux. «Je ne comprenais pas ce qui se passait, jusqu’à ce que je lise le mot "engaged", raconte Jeremy. C’est pour ça que je dis «what?» sept fois dans la vidéo. Pendant dix secondes, qui ont sûrement semblé durer 20 minutes pour Patrice, je mettais presque la bague dans mon doigt et je faisais tout sauf répondre, jusqu’à ce que je réalise que je n’avais rien dit. Pourtant... je savais que ma réponse était oui.» 
 
Jeremy Arsenault Fébrile et ému durant ce grand moment, Patrice est ravi d’avoir filmé le tout. «Tout allait trop vite, dit-il. Quand je revois la vidéo, je sens des choses différentes. C’était important pour moi d’avoir un souvenir.» Loin des demandes chantées, dansées et filmées de façon professionnelle, sa vidéo est simple et vraie. De sorte qu’elle a touché des milliers d’internautes. «J’ai hésité à la partager publi-quement. C’est quelque chose de très personnel, mais c’est aussi plus grand que moi. La vidéo envoie le message que, même si tu es dans un coin du monde ou du Québec où tu sens que tu dois rester dans le placard, ou dans un milieu de travail où tu ne te sens pas à l’aise, un porte-parole de société d’État peut publiquement demander en fiançailles son copain dans l’armée. On est rendu là.»  
 
Mais revenons un peu en arrière. Six mois après avoir déménagé à Montréal, à l’été 2016, Jeremy a commencé à suivre Patrice sur Ins-tagram. « Je le trouvais si attirant! Il semblait très sociable et extraverti. Et j’aimais ses photos à un rythme acceptable… » Son fiancé le reprend sur-le-champ. «Tu aimais tout de façon presque compulsive», corrige Patrice en riant. Des mois plus tard, grâce à Tinder, ils ont commencé à discuter. Jusqu’à ce qu’ils se rencontrent, quelques heures avant le départ de Jeremy pour un voyage. «J’étais en uniforme et il portait son complet de travail, se souvient clairement Jeremy. On a pris un café chez moi, et quand il a quitté, je me sentais triste de partir... Même si je voyageais en Europe pour la première fois!» 
 
De son côté, Patrice a senti un intérêt clair et puissant. «J’ai toujours été attiré vers les gens foncièrement bons, simples, sans un iota de vanité ou de vantardise, explique-t-il. Jeremy est un gars de famille, comme moi. Nos valeurs sont similaires. Et je le trouvais vraiment attirant.» Très vite, il a compris qu’il y avait plus : l’envie inébranlable de bâtir quelque chose… seulement deux mois après leur première rencontre. Un désir qu’il juge tout à fait cohérent, quoiqu’en pense le reste du monde. 
 
« De 20 et 39 ans, j’ai vécu sept relations qui ont duré entre un an et cinq ans et demi. Ce n’est pas comme si je rencontrais quelqu’un et que je tombais en amour pour la première fois, en étant complètement obnubilé et en imaginant que ça va toujours être comme ça. Je sais qu’il y aura des défis. Mais avec Jeremy, c’était complètement différent qu’avec les autres, après deux mois. En le fiançant, c’était ma façon de dire qu’on s’engage. »
 
Un geste qu’il n’aurait jamais pu poser il y a deux décennies. «Au début de ma vingtaine, le mariage gai n’était pas légal, mais je me disais qu’un jour, j’allais rencontrer l’amour véritable. Et quand c’est devenu possible, je me suis dit que ça pourrait me plaire, mais pas à tout prix.» La réflexion était toute autre pour Jeremy. Élevé dans une petite municipalité du Nouveau-Brunswick, côtoyant des grands-parents très religieux et ne connaissant aucun gai dans le secteur, il n’envisageait même pas faire son coming out. «J’ai essayé de sortir avec des filles. Je faisais de mon mieux… Je pensais qu’un certain type de fille me rendrait hétéro…» À 20 ans, il a changé son fusil d’épaule, se révélant à ses amies, à sa famille et à ses collègues dans l’armée, qui ne l’ont jamais rejeté. Au contraire. «Récemment, dans un cours de français, j’ai parlé de la demande de fiançailles et tout le monde était excité. Ils voulaient voir la vidéo et en parler à leurs conjoint(e)s. Je n’ai reçu que du soutien. Il n’y a aucune tolérance pour l’homophobie dans l’armée.» 
 
Il ne semble pas y en avoir non plus chez Loto-Québec, qui a fait d’un homme ouvertement gai son porte-parole. «De la part de la haute direction et des 6000 employés, je n’ai jamais senti de malaise, assure Patrice Lavoie. Les gens me félicitent d’être aussi ouvert. Tout ce que je reçois, c’est de l’acceptation et de l’amour.» Comblé par la notion d’engagement de leurs fiançailles, Jeremy et Patrice ne savent pas encore quand ils vont se marier. Mais ils savourent la symbolique de leur geste. Jour après jour.  
 
 
 
Patrice Lavoie