Relations amoureuses et VIH

Que l’amour et l’affection sous toutes leurs formes triomphent, pas le VIH!

Collaboration Spéciale
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Relations amoureuses et VIH

En cette époque, l’amour et l’affection peuvent s’exprimer de différentes façons. Il est possible de vivre nos relations de la manière dont nous le désirons sans obligatoirement être en couple. Nous pouvons nous épanouir au sein d’une relation polyamoureuse, décider de rester célibataire et d’avoir un ou plusieurs ami.e.s avec intérêt ou de vivre en couple et avoir un «fuckbuddy» régulier. Indépendamment du type de relation désiré, il se peut que notre chemin croise celui d’une personne vivant avec le VIH ayant les mêmes désirs relationnels que nous.

Cette probabilité est d’autant plus présente lorsqu’on est un homme qui est attiré par les hommes. Or, quelle sera notre réaction? Sommes-nous prêts, en tant qu’hommes séronégatifs, à vivre une relation amoureuse ou affective avec un homme vivant avec le VIH? Comment gérons-nous le sexe avec nos fuckbuddies de statut sérologique différent? À l’opposé, une femme vivant avec le VIH peut se demander si elle peut une relation à long terme épanouissante avec une partenaire séronégative? Des questions qui sont totalement légitimes et qui méritent chacune réflexion. 
 
La peur, sentiment légitime
L’épidémie du VIH/sida est de loin le facteur qui a le plus marqué nos relations. Du jour au lendemain, ce virus mortel est venu chambouler notre rapport à l’autre. La peur de l’infection a été source d’exclusion, de mise au rancart des personnes vivant avec le VIH. Il va sans dire que d’avoir peur est légitime lorsqu’on fait face à une épidémie mortelle et que cette peur, peu importe le type d’épidémie, a toujours entraîné l’exclusion des personnes qui en sont atteintes.
 
lesbiennes
 
Ce qu’il y a de particulier avec l’épidémie du VIH/sida c’est que la peur, durant une longue période de temps, a été le sentiment visé par les campagnes de prévention du VIH. Ce qui n’a fait que de nourrir cette peur de l’épidémie et cette appréhension face aux personnes atteintes. Or, cette peur n’a plus sa raison d’être aujourd’hui. Elle doit, petit à petit, être remise en question à la lumière des plus récentes données scientifiques.
 
Indétectable = Intransmissible
Au cours des deux dernières décennies, la science a fait des bonds spectaculaires. Premièrement, la découverte de médicaments efficaces a permis de contrôler l’infection et de repousser la mort. De nos jours, vivre avec le VIH, c’est avoir une espérance de vie équivalente à celle d’une personne non infectée. Mais la plus grande révolution, c’est que la science, au cours des dernières années, a pu démontrer que ces traitements sont aussi efficaces pour prévenir l’infection. 
 
Ce qui veut dire que le VIH ne se transmet pas lorsque la personne vivant avec le VIH a un suivi médical régulier, prend, sans oublier de doses, un traitement anti-VIH efficace et maintient la quantité de virus actifs dans son sang, communément appelée charge virale, sous un seuil qui empêche la transmission. Cette quantité de virus devient tellement petite qu’elle ne peut être détectée par les appareils actuellement utilisés. Ce pour quoi, on la considère indétectable. 
 
Mais qu’est-ce qui permet de dire qu’à charge virale indétectable, le virus ne se transmet pas? Comment des instances santé telles l’ONUSIDA et l’Organisation mondiale de la santé, et à plus petite échelle, des organisations telles que la COCQ-SIDA et RÉZO peuvent-elles admettre qu’indétectable égale intransmissible? L’affirmation et la reconnaissance de la non-transmission du virus lorsque la charge virale est indétectable sont l’aboutissement des conclusions de diverses recherches scientifiques dont les résultats, publiés récemment, ont démontré ce fait. Pour en arriver à ce constat, le suivi et l’analyse de dizaines de milliers de relations sexuelles au sein de couples sérodifférents — l’un des partenaires vit avec le VIH et l’autre est séronégatif — ont été nécessaires
 
Ainsi, au sein de 888 couples sérodifférents, desquels sur une pé-riode de 4 ans ont eu pas moins de 58 000 relations sexuelles non protégées par un condom, il n’y a eu aucun cas de transmission du VIH lorsque la charge virale du ou de la partenaire séropositif ou séropositive était indétectable. Donc, ce sont ces 58 000 relations sexuelles non protégées par un condom et non infectieuses qui ont amené plus de 450 instances gouvernementales, paragouvernementales et communautaires, à travers le monde, à affirmer qu’indétectable = intransmissible. 
 
hommes au lit
 
Traitement comme outil de prévention
Au cours de la dernière décennie, le milieu de lutte contre le VIH s’est aussi demandé si le traitement anti-VIH peut être aussi efficace à prévenir une infection qu’à empêcher sa transmission. Or, c’est le cas. La science a démontré que, lorsque l’on est séronégatif, la prise d’un traitement anti-VIH prévient l’infection. 
 
Le traitement anti-VIH n’est pas juste utile à contrôler l’évolution de l’infection chez une personne vivant avec le VIH. Il est, en plus, un outil de prévention du VIH aussi efficace que le condom. Cette conclusion a permis la mise en place de deux nouvelles stratégies de prévention : la PPE et la PrEP. La PPE consiste à prendre un traitement anti-VIH, sur une période donnée, après une prise de risque. Tandis que pour la PrEP, un traitement anti-VIH est pris, en continu ou de manière intermittente, avant toute prise de risque . 
 
Amour et affection avec une personne vivant avec le VIH
C’est pour ces raisons qu’aujourd’hui (plus que jamais auparavant) nous considérons qu’il est triste de se priver de l’amour ou de l’affection d’une personne vivant avec le VIH. Il ne s’agit plus d’une épidémie mortelle et les traitements accessibles sont aussi efficaces à contrôler l’infection qu’à empêcher et prévenir l’infection. Ce qui fait qu’il n’y a plus aucune raison pour empêcher l’épanouissement de sentiments amoureux ou affectifs avec une personne séropositive outre la peur. 
 
Or cette peur est ancrée au plus profond de l’être. La peur naturelle de contracter une infection mortelle au début de l’épidémie a été nourrie par les campagnes de peur qui ont suivi. De peur, on est passé presque à la phobie et l’on sait qu’il est difficile de se départir de ces sentiments. Ainsi, l’information présentée dans cet article se veut un outil utile à la réflexion, à la remise en question de cette peur. Elle se veut aussi un outil pour ne pas passer à côté des émotions que peuvent nous faire vivre amour, affection et passion avec une personne vivant avec le VIH. Joyeuse St-Valentin.
 
René Légaré, Coordonnateur des communications COCQ-SIDA
 
 
Matt Shlermeler et Cameron Earnheart, un couple sérodiscordant photographié par Frank Louis
 
Matt Shlermeler et Cameron Earnheart