Du 14 au 17 mars 2018

Se retrouver dans l’agitation collective

Denis-Daniel Boullé
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Jérémie Niel a toujours privilégié le mouvement et les déplacements dans ses créations. D’autant qu’il a toujours été fasciné par les individus anonymes qui constituent une foule et dont, de l’extérieur, on ne sait peu de chose. Il n’en est donc pas à ses premiers pas dans l’univers de la danse. Et dans la série Traces-Hors-Sentiers de Danse-Cité, il sera avec toute son équipe de création à l’Agora de la danse en mars prochain avec «Elle respire encore».

Le metteur en scène d’origine française s’est fait connaître et aimer sur les scènes québécoises avec, en 2014, un Phèdre remarqué au FTA ou encore en 2013 avec l’adaptation du roman d’Évelyne de la Chenelière, La concordance des temps.

Habitué à l’éclatement des cadres habituels du théâtre, Jérémie Niel expérimente dans chacune de ses créations ce qu’il appelle la position du retrait. «C’est une position d’artiste de tenter toujours de voir de plus haut. Comme de regarder une ville ou un paysage d’un hublot d’un avion et de porter un regard dénué de jugement comme dans cette création Elle respire encore, sur l’agitation collective et d’en tirer un jeu artistique, confie Jérémie Niel, j’aime les humains dans leurs contradictions, leur chacun pour soi, leur égoïsme, mais aussi ce besoin d’être ensemble, d’être avec les autres». Et un échantillon de cette espèce humaine sera sur scène pour évoluer solitairement et ensemble.

Ils seront donc plus d’une douzaine sur scène, comédiens, danseurs, musiciens à se croiser, se rencontrer, à se fuir aussi. Le tout dans une quête dont le sens échappe à celui qui s’arrête et qui observe. Aussi bien les individus croisés dans le métro, dans la rue, ou encore aperçus chez eux au détour d’un rideau ouvert. Et si l’on pouvait entendre ce qu’ils pensent ou peut-être murmurent et que nous pouvons entendre. «J’aime jouer sur l’opposition proximité/distance, avec des acteurs qui soient loin du public, mais qui leur chuchoteraient à l’oreille, avance Jérémie Niel, d’avoir une distance visuelle et un rapprochement auditif pour qu’en fait ils soient en même temps très abstraits et très réels».

Sur scène, les interprètes viennent de différentes disciplines et surtout présentent une grande diversité en terme d’âge pour représenter cette foule anonyme qui nous est d’une certaine façon étrangement familière et totalement étrangère. « Si j’ai travaillé pour d’autres productions avec certains des interprètes, il y en a aussi de tout nouveaux pour moi, et c’est un défi intéressant de chercher des personnalités fortes et singulières, mais qui se marient bien ensemble », conclue le metteur en scène et chorégraphe qui s’est adjoint comme conseiller artistique, Frédérick Gravel.

Si pendant une époque, les spectacles de danse tentaient d’effacer la personnalité de l’interprète pour qu’il ne soit plus qu’un corps interchangeable dépourvu de personnalité, Jérémie Niel, et comme beaucoup de créateurs de sa génération, redonne au contraire une place centrale au danseur, qui crée avec le maître d’œuvre sa propre couleur, sa propre singularité au sein du groupe. Elle respire encore nous élèvera au-dessus d’une micro-société (proche de la nôtre ?) et à la manière d’entomologistes spectateurs, nous la regarderons vivre au risque de nous y reconnaître.

ELLE RESPIRE ENCORE, de Jérémie Niel. Coproduction de Danse-Cité, Agora de la danse et Compagnie Petrus. Du 14 au 17 mars 2018, à l'Agora de la danse. www.danse-cite.org ou www.agoradanse.com Billetterie 514 525-1500