Du 20 février au 3 mars 2018

Les dix ans de Massimadi

Denis-Daniel Boullé
Commentaires
Massimadi
Photo prise par © Massimadi
Massimadi
Photo prise par © Massimadi
Massimadi
Photo prise par © Massimadi
  • Massimadi
  • Massimadi
  • Massimadi

Il est des groupes qui marquent durablement le communautaire LGBTQ d’une ville, d’une province. C’est le cas d’Arc-en-ciel d’Afrique qui, depuis 14 ans, œuvre auprès des communautés LGBTQ Afros, selon leur nouveau logo, c’est-à-dire pour toute personne africaine ou descendante d’Afrique. Cette année, Arc-en-ciel d’Afrique célébrera les dix ans d’une extension de son organisation, le festival de cinéma afro LGBTQ Massimadi qui a lieu dans le cadre du festival du Mois des Noirs en février. 

Après une année bien chargée avec les événements entourant Fierté Canada de l’été dernier, Arc-en-ciel d’Afrique reprend donc son souffle, sous la direction d’un nouveau directeur général, Gabriel Mujimbere qui, face aux demandes croissantes de LGBTQ Afros, souhaitent démultiplier les ateliers de rencontres et de discussions. «La demande d’aide en fait est en croissance et nous peinons à suffire à la tâche, explique Gabriel Mujimbere, c’est aussi bien des demandes d’information que du soutien dans l’affirmation de son orientation sexuelle ou de son identité de genre ». 
 
 
Contrairement à une idée reçue, les LGBTQ Afros qui frappent à la porte de l’organisme ne sont pas des nouveaux arrivants. Ce sont aussi des personnes qui sont nées au Canada et qui doivent un jour sortir du placard et qui se posent des questions sur l’acceptation qu’elles trouveront ou non dans leur communauté d’origine. «On pourrait croire qu’il suffit de contacter n’importe quel organisme qui offre du soutien dans l’acceptation de soi et de son orientation sexuelle ou de son identité de genre, mais nous sommes les seuls à articuler l’homosexualité et le transgenrisme avec le fait d’être noir, 
et c’est pour cela que ces personnes se tournent vers nous. Elles savent qu’elles rencontreront des personnes qui ont traversé ce qu’elles vivent aujourd’hui. Et puis, c’est un bon moyen de développer un réseau d’amitié et de briser la solitude dans laquelle certains se retrouvent,  n’étant pas totalement intégrés dans la communauté LGBTQ en raison de leur couleur, ni dans leur communauté d’origine avec laquelle ils ne peuvent pas partager tout leur questionnement» commente M. Mujimbere. 
 
Des ateliers sont donc proposés, avec des discussions autour de thématiques précises, mais encore aussi en fonction du sexe. «Pour que tout le monde se sente à l’aise de s’exprimer, nous avons aussi chaque mois des ateliers que nous appelons “Communautés d’hommes” et “Communautés de femmes”», explique le directeur général. «En fait nous offrons avant tout des espaces sécuritaires où chacun peut enfin prendre sa place. 
 
Bien évidemment, Arc-en-ciel d’Afrique participe à la sensibilisation et à l’information concernant les minorités LGBTQ racisées. «On travaille avec des organismes qui accueillent des immigrants et des réfugiés. C’est vrai que dès qu’il s’agit d’une personne LGBTQ noire, ces organismes ont tendance à leur donner notre adresse. Mais quand on est à Québec, ou encore à Gâtineau, ce n’est pas toujours évident de se rendre à Montréal pour des activités. Mais nous essayons de former au mieux toutes celles et ceux qui font appel à notre expertise », avance Gabriel Mujimbere. 
 
Autre volet important, informer et sensibiliser les communautés racisées de Montréal sur les réalités LGBTQ. Petit à petit des portes s’entrouvrent et des responsables d’organismes socio-ethniques travaillent en partenariat avec Arc-en-ciel d’Afrique. «Nous avons notre place et nous devons continuer pour améliorer les services et les multiplier tant la demande est forte », de conclure Gabriel Mujimbere 
 
Mais ce qui retient l’attention en cette fin de janvier, c’est la préparation du 10e anniversaire du festival des films et des arts LGBTQ afro-caribéens Massimadi qui aura lieu du 20 février au 3 mars prochain. Pour son coordonnateur général, Laurent Lafontant, le festival Massimadi est «une plateforme pour des artistes LGBTQ de communautés racisées de se rendre visible». Prestations, expositions, et projections, un large éventail d’activités sont proposées et qui répondent, selon le coordonateur, à un besoin. «Les personnes des communautés noires et encore plus celles appartenant à la communauté LGBTQ ne sont pas visibles dans la sphère culturelle et médiatique montréalaise et québécoise, Massimadi est une réponse à ce manque», affirme Laurent Lafontant. 
 
Du côté cinéma, plusieurs films méritent le détour, dont le film d’ouverture Les initiés/The Wound (le 22 février 2018, au Banq), qui arborde le tabou de l’homosexualité dans la culture xhosa d’Afrique du Sud.
 
 
 
Quant à Free Cece (le 23 février 2018, au Never Apart), celui-ci touche à la transsexualité, à la transphobie et au racisme.
 
 
Le documentaire Behind The Curtain, Todrick Hall (le 24 février 2018, au Never Apart), retrace pour sa part la sortie du placard de ce jeune artiste gai et noir devenu une star grâce à ses vidéos YouTube.
 
 
 
Un autre documentaire, Vibrancy Of Silence de Marthe Djilo Kamga et Frida Ekotto dresse le portrait de cinq femmes de l’Afrique Sub-saharienne, intellectuelles et artistes, qui discutent de leur cheminement de vie en tant que femmes noires ayant vécu à l’étranger et de leur place dans le monde, que ce soit en Afrique ou dans des pays occidentaux.  
 
 
Sous la forme d’une fiction se passant dans une petite ville perdue du Brésil, La cité du futur / A cidade do futuro (le 3 mars 2018, au Banq) aborde l’homoparentalité. Mila, 19 ans, professeure de théâtre, est enceinte. Gilmar, 27 ans, professeur d’histoire, a une relation avec Igor, un vacher de 19 ans. Tous les trois forment une famille peu conventionnelle. Voyage permanent entre passé, présent et futur pour une histoire sans frontières, le film vaut le détour.
 
 
Au moment d’écrire ses lignes, la programmation des différents événements tout comme le nom des invité-es présent-es pour ce 10e anniversaire n’était pas encore finalisée. Mais la programmmation se retrouvera très bientôt sur le site de Massimadi ou sur sa page Facebook. 
 
Pour en savoir plus :