Tunisie

La première radio lgbt du monde arabe

Samuel Larochelle
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Shams Rad
Photo prise par © Shams Rad

Le 15 décembre 2017, la première radio lgbt du monde arabe a vu le jour en Tunisie. Depuis, les dirigeants de Shams Rad ont reçu de nombreuses menaces de mort et ils doivent garder secrète l’adresse de leurs studios, afin d’éviter des agressions contre leur équipe. Le président de l’organisation Mounir Baatour a accepté d’accorder une entrevue à Fugues.

Shams est d’abord une association de défense des droits LGBT. Pourquoi avez-vous créé une radio web au contenu LGBT ?
Les médias tunisiens donnent souvent une mauvaise image de la communauté LGBT et propagent la stigmatisation envers la communauté, avec une vision stéréotypée et des contenus qui font référence à la religion pour dire que l’homosexualité est une abomination et un péché. Notre radio a pour objectif de remédier à cette situation et de donner des explications scientifiques sur les orientations sexuelles. 
 
Qu’est-ce que ça représente de gérer la première radio lgbt du monde arabe ?
Nous avons l’énorme défi de libérer la parole de la communauté LGBT, de faire de la pédagogie pour contrer l’homophobie ambiante et de rendre la vie des LGBT moins difficile. 
 
Quels sont les contenus abordés sur vos ondes ?
Il y a des émissions politiques, économiques, culturelles et des débats sur les conditions des personnes LGBT en Tunisie et dans le reste du monde arabe. On diffuse aussi beaucoup de musique. La radio n’est pas uniquement pour les personnes LGBT. Elle s’adresse à la population en général pour porter la voix des LGBT envers une population souvent homophobe.
 
Depuis les débuts de la station, il y a un peu plus de deux mois, comment les gens réagissent ?
Il y a beaucoup de réactions hostiles. Le directeur de la radio et le directeur de la programmation ont reçu plusieurs menaces de mort et des menaces de brûler le local de la radio. Heureusement, on a aussi reçu des messages d’encouragements et de félicitations de beaucoup d’auditeurs..
 
Comment décrivez-vous le rapport de la population hétérosexuelle avec la communauté LGBT en Tunisie ?
Elle est généralement hostile à la minorité LGBT. Sa réaction est souvent teintée d’incompréhension et de rejet en se référant souvent à la religion musulmane.
 
Votre association milite également pour la dépénalisation de l’homosexualité en Tunisie. Quelle est cette loi ?
Dans la loi tunisienne, l’article 230 du code pénal punit l’homosexualité masculine et féminine de trois ans d’emprisonnement. La dernière fois que cette loi a été appliquée, un infirmier de 25 ans a été victime d’un viol chez lui, il a appelé la police et les officiers ont arrêté le violeur. Celui-ci a avoué le viol, mais il a prétendu avoir eu dans le passé des relations sexuelles consenties avec la victime. Le procureur a donc décidé de traduire la victime devant le tribunal pour homosexualité dans le même procès que son violeur qui sera jugé pour viol...
 
Sentez-vous que vos actions font bouger les choses peu à peu ?
En ce qui concerne les positions des politiciens, les choses ne bougent pas en Tunisie. Par contre, nos actions produisent un effet positif de sensibilisation sur les risques de la communauté LGBT et nous recevons de plus en plus de support d’organisations internationales et des médias étrangers.
 
Quelles autres batailles menez-vous ?
Shams procure de l’aide médicale aux victimes d’agressions, de l’assistance juridique devant les tribunaux et de l’hébergement des personnes LGBT rejetées par leur famille. Nous avons aussi un magazine qui s’appelle Shams Mag dans lequel les membres de la communauté peuvent s’exprimer et témoigner de leurs souffrances. 
 
SHAMS RAD