Lilie de Samuel Larochelle

Un regard ouvert sur l’adolescence

Denis-Daniel Boullé
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Samuelle larochelle

Journaliste pour plusieurs médias, dont Fugues, écrivain, Samuel Larochelle respire l’écriture. Tout comme il a besoin de respirer le chant pour lequel il prend des cours. Tout comme enfin, il a besoin de plusieurs heures de sport par semaine. Sa sainte-trinité pour maintenir son équilibre. Sa curiosité est sans limite, et il se donne dans sa vie sans retenue. C’est l’écrivain qui nous intéresse aujourd’hui. Après deux romans qui ont marqué son entrée en littérature, À cause des garçons et Parce que tout me ramène à toi, Samuel Larochelle centre son intérêt sur l’univers d’une adolescente, Lillie, qui sera le personnage principal d’une série de livres pour ados, dont le premier tome (Lillie, l’apprentie parfaite), vient de paraître. Lillie n’est pas complètement étrangère à l’univers de l’auteur, elle est la meilleure amie d’Émile, le personnage principal des ses deux premiers romans.

Samuel LarochelleUn roman pour ados, Lilie, l’apprentie parfaite, qu’il a composé suite aux conseils de son éditrice. « Dès qu’elle m’a proposé d’écrire pour des ados, j’ai ressenti comme un bouillonnement, et les idées me venaient de partout, ce qui fait qu’il y aura au moins trois livres autour de Lilie, confie en entrevue le jeune auteur, et je pourrais peut-être écrire trois autres livres avec le même personnage (rires !) ». Au moment où cette proposition lui est faite, il rencontre des étudiants du secondaire à St-Hyacinthe : « le courant est passé rapidement entre eux et moi, j’ai vu cela comme un signe, et donc je me suis lancé ». Le premier tome a été dévoilé le 31 janvier dernier à la librairie Raffin de la Plaza St-Hubert, premier succès par le nombre de personnes qui s’y sont présentées.
 
Qui est donc cette fameuse Lilie ? «En fait, au début elle a 14 ans, elle vit en Gaspésie et souhaite devenir flûtiste, devenir célèbre et faire le tour du monde et ainsi quitter la Gaspésie. Non pas qu’elle déteste sa région, mais parce qu’elle a une relation détestable avec ses parents qui ne la soutiennent pas dans ses choix. Elle a pour meilleur ami Émile chez qui elle se réfugie, d’autant que les parents d’Émile sont plus affectueux et la comprennent mieux que ses parents. Sans oublier son professeur de musique, d’une très grande sagesse et qui l’aide à grandir comme musicienne et comme personne», explique Samuel Larochelle. Et bien entendu à une période de la vie de très grand changement, l’adolescence, où de nombreux choix doivent être faits, et que les premières expériences se multiplient, une période qui fait écho à la propre adolescence de l’auteur.
 
«En écrivant cette histoire d’adolescence, j’ai l’impression de faire la paix avec ma propre adolescent adolescence, une période extrêmement difficile pour moi. J’étais exécrable, et je vivais des choses extrêmement difficiles au secondaire, mais aussi des choses merveilleuses. Mes relations avec mes parents étaient tendues. Je m’en suis inspiré un tout petit peu pour le personnage de Lilie, mais ses parents à elle, n’ont rien à voir avec les miens. Mes parents depuis longtemps me soutiennent dans mes choix d’écrire, que ce soit dans le journalisme ou comme auteur.»
 
S’il se sent à l’aise avec un personnage de fille, c’est que Samuel Larochelle a toujours eu parmi ses amis proches des filles qu’il a observées, écoutées,  afin de découvrir ce qu’elles pensaient et ressentaient. «Et puis les enjeux sont souvent les mêmes chez tous les ados, comme trouver sa place, s’affirmer comme individu et affirmer ses choix», de préciser l’écrivain qui constate qu’il est rare dans la littérature pour ados qu’un homme choisisse comme personnage principal une jeune fille.
 
Autre originalité de ce premier opus, c’est la place de l’homosexualité qui est perçue par le regard de Lilie, elle qui devine chez Émile la confusion des sentiments. On retrouve ainsi le «héros» des deux premiers romans, à un âge où il n’assume pas son orientation sexuelle. «Il est rare dans la littérature que l’on aborde l’homosexualité par le regard d’un tiers. Généralement, c’est en étant dans la tête du personnage homosexuel que l’on en parle, explique Samuel Larochelle, je trouvais cela plus intéressant d’un point de vue narratif que ce soit porté par quelqu’un d’autre.»
 
Des idées et des projets, Samuel Larochelle n’en manque pas, mais par prudence, il se montre discret. Tout au plus signale-t-il qu’une de ses nouvelles a été publiée tout récemment dans un recueil collectif intitulé Treize à table. Treize nouvelles qui portent sur la bouffe. Un projet porté par Chrystine Brouillet dont on connait son amour de la gastronomie et qui l’a contacté après avoir lu ses deux premiers romans. Samuel Larochelle se retrouve ainsi à côté d’autres écrivains comme Michel Marc Bouchard, Patrice Godin et Raphaële Germain, entre autres.
 
Des choix devront donc s’opérer pour celui qui carbure à l’adrénaline. «Tout est une question d’organisation car j’ai autant besoin du chant et du sport que de l’écriture, et je ne pourrais me passer de l’un d’entre eux. Alors j’ai un emploi du temps serré et j’essaie de m’y tenir», conclut Samuel avant de se rendre aller à un entraînement de badminton.
 
Avec Lilie, l’apprentie parfaite, le jeune écrivain continue de parfaire son art et de progresser dans l’affinement de son style. Quant à savoir si des adultes peuvent être émus par les aventures de Lilie, la réponse est oui. Car en fait, il n’y a pas de littérature pour enfants, pour adultes, pour LGBTQ2+, pour femmes. Non il n’y a que de la mauvaise littérature ou de la bonne. Et Samuel en fait de la bonne.
  
Lilie, l’apprentie parfaite, tome 1 - Éditions Druide 2018
Treize à table, nouvelles Recueil collectif - Éditions Druide 2018