Coalition des familles LGBT

Sensibiliser les organismes communautaires aux familles LGBT

Samuel Larochelle
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Homoparentalité

La Coalition des familles LGBT vient de recevoir une subvention de 150 000 $ sur trois ans afin de sensibiliser les services de garde et les organismes communautaires du milieu familial québécois. Une décision prise par le ministre de la Famille, Luc Fortin, dans le cadre du Plan d’action gouvernemental de lutte contre l’homophobie.

Célébrant sous peu ses 20 ans d’existence, la Coalition a été désignée par le gouvernement pour sa grande expertise. «Avoir un intervenant directement sur le terrain qui connaît bien la réalité des familles LGBT est un grand avantage pour nous, parce que si les défis du quotidien et les craintes des parents sont les mêmes pour tout le monde, certains milieux demeurent fermés aux réalités des familles homoparentales», explique le ministre. L’organisme forme entre 4000 et 5000 professionnels par année dans le milieu de l’éducation, de la santé et des services sociaux, mais ses équipes accèdent désormais à une nouvelle majeure de la société : la famille.
 
L’aide financière était très attendue, selon la directrice de la Coalition, Mona Greenbaum. «Ça fait des années qu’on est reconnu par plusieurs ministères, mais on avait très peu de contacts avec celui de la Famille. Pourtant, le lien entre ce ministère et notre organisation est naturel.» 
 
La volonté de l’État de sensibiliser les organis-mes communautaires liés à la famille est une forme de reconnaissance, à ses yeux. «Cela démontre que les familles LGBT font partie de leur clientèle et de la société. Il y a de plus en plus de familles formées par deux papas, deux mamans ou avec un parent trans. Le ministère reconnaît maintenant que cette diversité existe.» Elle note également que les familles lgbt sont de plus en plus visibles et nombreuses. «Les personnes LGBT ont davantage accès à la parentalité, avec l’adoption, la gestation pour autrui et toutes les façons de former une famille aujourd’hui. On s’affirme davantage et la société est de plus en plus ouverte.»
 
Luc Fortin est enthousiaste face au travail de la Coalition. «Comme ministre de la Famille, je trouve important que les organismes communautaires famille et les services de garde éduca-tifs à l’enfance participent à l’épanouissement des familles et des enfants, peu importe l’orientation sexuelle des parents. C’est un des moyens que nous prenons pour façonner un nouveau Québec plus inclusif et plus près des réalités de tous ses citoyens.»
 
Ainsi, la Coalition parlera d’homoparentalité et de transparentalité pendant au moins trois ans. «L’objectif est de former 50 organisations par année durant trois ans, et si tout va bien, on renouvellera pour deux années supplémentaires, afin de toucher 250 organismes au total», souligne Mme Greenbaum. La première année sert actuellement à développer le réseau, mais près de 50 organismes ont déjà été rencontrés depuis six mois, dans huit régions administratives du Québec. Et les réactions sont positives. «Les gens adorent ça ! affirme-t-elle. La majorité des professionnels en travail social et en éducation à la petite enfance n’avaient jamais entendu un mot sur les questions d’orientation sexuelle et d’identité de genre dans leurs formations de base.»
 
Chaque formation débute par une session de remue-méninges pour briser la glace. « On leur demande tous les stéréotypes qu’ils ont entendu sur les familles LGBT : l’enfant a besoin d’une mère et d’un père pour se développer adéquatement, les mères lesbiennes n’ont pas assez d’autorité pour élever un enfant, un homme gai avec un enfant sera pédophile ou les enfants de parents trans seront mêlés dans leur identité de genre. On essaie de faire sortir les propos les plus offensants. Puis, on les utilise pour défaire les mythes avec les milliers d’études scientifiques sur les familles LGBT réalisées depuis au moins 40 ans.»
Les professionnels de la Coalition expliquent ensuite la nécessité de montrer leur ouverture d’esprit. «Quand ils ne savent pas si une personne est ouverte, les membres de la communauté LGBT peuvent croire qu’elle est fermée. Alors, c’est important de montrer ce qu’on peut faire pour évoquer son ouverture. Par exemple, lors de l’inscription de l’enfant en garderie, si le formulaire mentionne le père et la mère, un couple de femmes lesbiennes avec un enfant pourrait présumer de la fermeture de l’équipe de la garderie. On leur parle aussi de l’importance des affiches collées aux murs, des livres disponibles, des façons de parler, du site web, etc.»
 
Inévitablement, ils doivent former les interve-nants à réagir aux éventuelles plaintes de parents contre la diversité et l’inclusion des 
réalités LGBT. «Si un parent se plaint d’un livre sur la diversité familiale, on explique que la société à la responsabilité légale de promouvoir la diversité et que tous les enfants ont le droit d’avoir leur famille aussi visible et acceptée que les autres.» Un apprentissage réalisé à l’aide de jeux de rôles. «On simule la confrontation avec un parent en colère ou en questionnement, qui affirme que ses enfants sont trop jeunes pour être exposés à ça ou que c’est contre ses valeurs. On apprend aux intervenants à pratiquer leurs réponses de vive voix.» Les mises en situation pour parents et enfants sont nombreuses. Les outils abondent. Les ressources pullulent. Et la Coalition s’assure de les fournir aux professionnels de la famille et d’évaluer 
l’utilité à long terme de leurs interventions.
 
La Coalition des familles LGBT www.familleslgbt.org