«ARRÊTE AVEC TES MENSONGES» DE PHJILIPPE BESSON

La vraie vie

André Roy
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PHJILIPPE BESSON

Le titre — Arrête avec tes mensonges — ne donne pas une idée juste du roman autobiographique de l’écrivain français Philippe Besson, auteur de dix-huit livres où la part de l’homosexualité est toujours présente. 

«ARRÊTE AVEC TES MENSONGES» DE PHJILIPPE BESSON Plusieurs d’entre eux ont été adaptés pour le cinéma (on pense, entre autres, au roman Son frère, réalisé par Patrice Chéreau). Arrête avec tes mensonges  a remporté en 2017 un grand succès critique et public. La même année, l’auteur a publié Un personnage de roman qui est le récit de la campagne pour la présidence de la République française d’Emmanuel Macron. Engagé à gauche, également dramaturge, scénariste et critique de livres, Besson soutient en 2011 l'action de l'association Isota qui milite pour le mariage et l'adoption d'enfants par des couples homosexuels. Il a publié quelques livres remarquables, entre autres, En l’absence des hommes (sur une rupture amoureuse), Jours fragiles (sur les derniers jours d’Arthur Rimbaud), Vivre vite (consacré à James Dean).
 
Arrête avec tes mensonges est un livre émouvant qui raconte un premier amour adolescent, et où les lecteurs gais trouveront probablement une ressemblance avec le leur. On pourrait dire que l’histoire racontée ici est le résultat, la concrétion des autres romans de Besson écrits auparavant. Ici, au lieu de passer par des personnages, l’auteur se met en scène à l’âge de 17 ans. Tout commence en 1985. Philippe est au collège, à Barbezieux où il étude les mathématiques (il deviendra homme d’affaires avant de quitter cette profession pour écrire). Son père y enseigne également. Il s’intéresse à un garçon au regard sombre, solitaire, qui est dans une autre classe. Il sait son nom; Thomas Andrieu. Il fait attention pour qu’on ne sache pas qu’il s’intéresse à lui, d’autant qu’on le traite de sale pédé. Il se dit qu’il est un étranger pour T.A., pour ce fils de paysan, qui est très beau comme en fait foi la photo de la page-couverture du livre. Naît alors le désir pour lui. Puis un jour, invraisemblablement, Thomas lui fixe rapidement un rendez-vous dans un café. Là, il dit ce qu’il n’a jamais dit, qu’il est seul avec son sentiment, avec son goût des garçons. Philippe sera stupéfait, tétanisé par une phrase qui est une prémonition : «parce que tu partiras et que nous resterons», lui confie Thomas. Puis ensemble, ils vont dans un endroit dérobé. Et ils font l’amour. Une passion naît, et avec elle l’angoisse d’être abandonné, que cela ne se reproduise pas. Cela durera presque un an. Et cet amour se terminera avec la fin des classes.
 
Voilà le début de ce roman divisé en trois parties : 1985 (la plus longue), 2007 et 2016. Y est donc narrée une histoire d’amour clandestin, impossible, qui provoquera un manque, une privation insupportable chez Philippe. Mais cet amour a conditionné sa vie d’adulte. Il y aura la séparation, puis un jour, il y aura une remontée dans le temps : Thomas refait irruption sous les traits de son fils, Lucas, qui lui ressemble comme deux gouttes d’eau. La vie est ainsi impré-visible. Philippe saura après cette rencontre qu’il ne peut plus raconter de mensonges. Il dira la vérité, sa vérité, une vérité universelle sur l’amour, l’absence de l’être aimé, le manque, le déchirement, la douleur - après l’éblouissement. Peut-être cet amour a-t-il fait naître Philippe Besson à l’écriture. Et qu’il lui a permis cette écriture simple, fine, délicate, évocatrice, superbe, dans l'évocation du sentiment amoureux, d'une passion qui a rendu heureux Thomas pendant un an, mais qui l’a mené au désespoir, apprend-on à la fin. On sort de ce livre les larmes aux yeux. Il faut souligner combien la dernière partie (2016) est particulièrement poignante.
 
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P.-S. : En écrivant ce texte, j’apprends la mort à 59 ans de Mathieu Riboulet, écrivain et cinéaste français. J’ai parlé souvent de ses livres, magnifiques, dans FUGUES. Pour lui, l’écriture se rapprochait d’une quête spirituelle, d’une tentative de décortiquer presque philosophiquement le désir homosexuel, de le fouiller jusqu’à l’os. « À l’écrit, j’ai le sentiment de comprendre les choses, alors que le monde m’est globalement opaque à l’oral », disait-il dans une entrevue.  Ses livres, autofictionnels, étaient d’une richesse rare en pensée, mais sans que leur teneur réaliste, dans la description du foudroiement du sexe et de l’absolu du désir, en soit atténuée. Par leur mélange de crudité et d’embrasement lyrique, leur puissance lumineuse et leur lucidité acérée, ses livres, très souvent poétiques, étaient pour moi magnifiques. Il faut lire de lui Avec Bastien (2010), Les Œuvres de miséricorde (2012), Entre les deux, il n’y a rien (2015), Lisières du corps (2015) et Prendre date, écrit avec Patrick Boucheron (2015), tous publiés aux éditions Verdier.  
 
Arrête tes mensonges / Philippe Besson, Paris, Julliard, 2017, 194p.