Entrevue avec Catherine Duclos

Harold Rhéaume : le prolifique chorégraphe de Québec

Éric Whittom
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Harold Rhéaume

En 2017, la vie a choyé le chorégraphe Harold Rhéaume sur le plan professionnel. À l’automne, la nouvelle Maison pour la danse située dans Saint-Roch, rue du Roi, a ouvert ses portes. Sa compagnie, Le Fils d’Adrian danse, y a élu domicile. En novembre, le Conseil de la culture des régions de Québec et de Chaudière-Appalaches lui a décerné le Prix du développement culturel (prix François-Samson). 

L’année 2018 s’annonce tout aussi prometteuse pour ce natif de Québec. C’est le trentième anniversaire de l’obtention de son diplôme de l’École de danse de Québec. En février, les premières représentations de sa nouvelle création P.ARTITION B.LANCHE ont eu lieu au Bic et à Québec. L’automne et l’hiver prochain, son spectacle sera présenté dans plusieurs autres villes du Québec. Les 21 et 31 mars et 12 avril, il présentera une autre de ses créations dans le hall du pavillon Lassonde du Musée national des beaux-arts du Québec (MNBAQ) inspirée de l’exposition internationale Alberto Giacometti.
 
Pour créer P.ARTITION B.LANCHE, il s’est inspiré d’autres formes d’art. «P.ARTITION vient de partition musicale et B.LANCHE vient du texte blanc joué au théâtre qui permet aux personnages de s’interchanger », explique-t-il en entrevue à Fugues. Il a donc formé de multiples combinaisons de duos de danseurs. 
 
 
Entre 2016 et 2017, il a effectué une série de résidences de création en compagnie de six interprètes en danse de Québec (trois hommes et trois femmes) dans plusieurs villes du Québec (Bic, Victoriaville, Sherbrooke, Québec, etc.). Pour la première fois, il a ouvert chaque jour son lieu de création temporaire à la population des environs. « Démystifier la danse, c’est quelque chose qui me préoccupe depuis très longtemps. Les gens ont vu comment je créais de la danse et ils avaient l’occasion de me poser des questions et de me donner leurs commentaires. Sous leurs yeux, j’apportais au fur et à mesure des changements. »
 
Un nom de compagnie à la mémoire de son père
À son retour à Québec en 2000, après avoir travaillé à Ottawa (1989-1994) et à Montréal (1994-2000) en tant que danseur et chorégraphe, Harold Rhéaume a fondé sa compagnie qu’il nomme Le Fils d’Adrien danse. Pour trouver ce nom, il s’est inspiré d’une photo où l’on voit son père bûcheron tenir à bout de bras dans les airs son grand-père. «Il avait l’air d’un danseur sur cette photo. Quand il est décédé, j’avais dix-huit ans. Il ne m’a jamais vu danser à mes débuts, deux ans plus tard.» 
 
Parmi ses plus importantes créations à Québec, il mentionne Clash! (2005), Nu (2008), Le fil de l’Histoire (2008, pour le 400e anniversaire de Québec), Je me souviens (2011) et Fluide (2012). Il a aussi travaillé avec l’Opéra de Québec, l’Orchestre symphonique de Québec, des compagnies de théâtre et le Cirque du Soleil (Les Chemins Invisibles à Québec et JOYÀ au Mexique).
 
Un nouveau lieu de création favorisant les rencontres 
Lors du passage de Fugues à la Maison pour la danse, on pouvait voir dans les yeux d’Harold Rhéaume sa joie d’avoir maintenant à Québec un lieu moderne dédié à la danse grâce au travail acharné de La Rotonde durant dix ans. «La Rotonde, c’est le seul diffuseur spécialisé en danse contemporaine, hors Montréal, au Québec », explique Marie-Hélène Julien, coordonnatrice de la direction artistique pour La Rotonde, rencontrée par hasard lors de la visite des lieux. Il diffuse d’ailleurs les créations du Fils d’Adrien danse.
 
Le nouvel édifice comporte notamment six studios de création dont un pouvant accueillir soixante spectateurs, un bistro et les bureaux de la Maison pour la danse, de la Rotonde, des compagnies Fils d’Adrien danse, Danse K par K et Alan Lake Factori(e), ainsi que de l’organisme L’Artère. «C’est un lieu de rencontre pour le public et les artistes de la danse», souligne Harold Rhéaume. Ces derniers peuvent maintenant pratiquer leur art en toute sécurité, ajoute-t-il. «C’est aussi pour que les artistes qui viennent d’ailleurs puissent avoir envie de venir créer à Québec et de rencontrer les artistes de la danse de Québec.»
 
La reconnaissance du Conseil de la culture des régions de Québec et de Chaudière-Appalaches lui a procuré une «immense» fierté. «Dans la région, il n’y a pas de prix spécifique à la danse, contrairement à certaines autres formes d’art. Je le reçois donc en mon nom et celui de ma communauté de la danse. C’est aussi comme une tape dans le dos pour me féliciter et m’inciter à continuer.»