Autour de la station Beaudry

Recrudescence de violence ou non?

André-Constantin Passiour
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commandant du poste de quartier 22 Simon Durocher

Le 19 février dernier, un individu dans la vingtaine attaque à l’arme blanche trois autres jeunes hommes tout près de la station de métro Beaudry, face au Tim Horton’s, sur Sainte-Catherine Est. Les trois hommes, heureusement, n’ont été blessés que légèrement «au bas du corps» indiquent les médias. Mais cela a nécessité un important déploiement policier afin de sécuriser les scènes de crime puisque chacune des victimes a essayé de se réfugier dans un lieu différent alors que le présumé agresseur courrait pour s’enfuir. Il n’en fallait pas plus pour que la toile s’emballe et que l’inquiétude gagne la population et ceux qui fréquentent le quartier. Certains se sont demandés s’il y avait recrudescence de la violence dans le quartier.

Le dénouement aurait pu être plus tragique, mais les jeunes hommes âgés de 19 à 21 ans ont eu leur congé de l’hôpital la même journée, leurs blessures ne nécessitant pas d’hospitalisation. Le suspect, quant à lui, a été rattrapé par les policiers quelques minutes plus tard, à l’angle d’Amherst et de René-Lévesque. Le suspect appréhendé est âgé de 25 ans. Il a comparu en cour le 20 février. En tout, «six chefs d’accusation ont été portés contre le jeune homme, soit trois chacun pour agression armée et pour avoir infligé des lésions corporelles», indique Caroline Chèvrefils, agente aux Relations Médias du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM). Écroué depuis son arrestation, le jeune homme devait comparaître à nouveau le 8 mars pour l’audition de sa demande de remise en liberté.
 
metro Beaudry
 
Évidemment, les spéculations y allaient d’une vente de drogue qui a mal tourné à un règlement de compte en passant par un crime homophobe. «Ce n’est pas de la vente de stupéfiants, un règlement de compte ou quelque chose relié aux gangs de rue. C’est probablement une question d’orgueil du genre "pourquoi tu me regardes de même?", "pis toi, pourquoi tu me regardes?" et les choses se sont gâtées par la suite avec les résultats qu’on connaît. Donc, cela n’a rien à voir avec ce que les médias ont rapporté sur le coup. Ce n’est pas non plus un crime homophobe… C’est un crime violent, certes, mais ce n’est pas ce qu’on pensait», estime le commandant Simon Durocher, le chef du poste de quartier (PDQ) 22 qui couvre le territoire du Village.
 
«Cet événement n’est pas inquiétant en soi, mais le fait d’avoir autant de policiers visibles et d’avoir dû fermer la rue [pour étudier la scène de crime] a fait en sorte que cela a attiré plus l’attention, ajoute le commandant Durocher. Malheureusement, quelques jours plus tôt, dans le même secteur, au coin de Beaudry et de Maisonneuve, un homme a attaqué son frère dans un appartement et celui-ci est décédé. Ceci n’est en rien relié à l’agression devant le métro Beaudry, mais cela met encore en lumière la violence et peut faire penser qu’il y a plus de violence dans le quartier qu’auparavant.»
 
Les gens qui circulent dans le secteur attesteront du fait qu’il y a de fréquents attroupements, directement devant le Tim Horton’s, l’édicule du métro Beaudry ou à l’arrière de celui-ci (parc Serge-Garant). Les passants savent qu’il faut, également, encore là assez souvent, contourner ces individus pour poursuivre leur chemin ou pour aller se chercher un café et une sucrerie au Tim. 
 
«Cela faisait 6 ou 7 semaines que ce secteur était dans le collimateur, il y avait eu plusieurs appels au 911 précédemment, puis cet événement est survenu, confirme le commandant Durocher. De notre côté, il faut s’organiser et ajuster les horaires de patrouilles en conséquence afin de mieux surveiller le coin. Le Tim est ouvert 24 heures/24. De plus, il y a une maison de jeunes à proximité, donc des jeunes peuvent s’attrouper devant le Tim. Y a-t-il de la vente de stupéfiants? Peut-être que oui aussi, donc il faut vérifier tout ça. On doit travailler aussi avec les gens du milieu et comprendre ce qui se passe, qu’il y ait de l’autorégulation de leur côté. Il nous faut également travailler avec les employés et la direction du Tim Horton. Ils sont sur place et savent si des choses se produisent. Donc oui, il y a une présence policière accrue à certains moments de la journée, on a modifié les horaires en conséquence […]»
 
À la fin du mois d’août de 2016, une caméra à grand angle était installée sur un lampadaire à l’angle de Sainte-Catherine et de Beaudry suite aux pressions du Collectif Carré Rose. Essentiellement, il s’agissait d’amasser des preuves pour les agressions homophobes répétées qu’on avait enregistré dans ces parages. Le fait est que, et de l’avis même du Collectif, il y a eu moins de crimes dans ce secteur spécifique. 
 
«On ne peut pas dire que la caméra ralentit vraiment les gens, ce n’est pas quantifiable. Est-ce un adon s’il y a eu moins d’agressions dans le secteur? On ne le sait pas réellement. Mais cela ne peut pas nuire. Par contre, les gens qui commettent des crimes, ne sont pas non plus attentifs au fait qu’il y ait une caméra, c’est impulsif comme comportement…», souligne le commandant Durocher, aussi responsable du dossier des sites d’injection supervisée au SPVM.
«Ce type d’incidents est très malheureux», de dire pour sa part Denis Brossard, président du conseil d’administration de la Société de développement commercial (SDC) du Village. «On espère que la visibilité policière qui a succédé à cet événement sera maintenue pour le printemps et l’été prochain, durant la piétonisation de la rue. Nous espérons que cette visibilité et cette présence seront au même niveau que l’année passée.»
 
«Pour Aires Libres, il y aura le même niveau de visibilité que l’an passé. On maximise les horaires de présence policière lors de la piétonisation», atteste le commandant du PDQ 22. Selon les statistiques du SPVM, la criminalité en générale est en baisse constante sur le territoire du PDQ 22, il n’y a pas plus de violence, «c’est même le contraire, mais c’est toujours une question de perception», rajoute cet officier.
 
S’il y a un incident dont on est victime ou témoin, le commandant Simon Durocher invite les gens à appeler au 911 ou dénoncer même de manière anonyme sur le microsite du PDQ 22. 
 
«Les citoyens aussi doivent se responsabiliser, il y a plusieurs outils à leur disposition. S’ils ne l’utilisent pas, on ne saura pas qu’il y a eu une agression ou toute autre chose…», conclut-il. 
 
Poste de quartier 22
1200, Avenue Papineau, Montréal, QC H2K 4R5  T. (514) 280-0122