jusqu’au 29 avril 2018

Laurent Craste : de vétérinaire à céramiste

Daniel Rolland
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Laurent Craste

Sa famille rêvait pour lui une profession libérale, mais Laurent Craste a décidé finalement qu’il serait artisan.

 En ce moment La Guilde présente une exposition absolument remarquable intitulée «La Chute». Elle met en valeur la dernière production du grand céramiste Laurent Craste qui a eu un parcours, comme vous le verrez, assez atypique. Né à Orléans en France, issu d’une famille de fonctionnaires, ses pa-rents se projetaient en lui, souhaitant qu’il embrasse une carrière empreinte de respectabilité. «Au départ, je voulais devenir pianiste. Mais il n’était abso-lument pas question pour mes parents que je devienne musicien. Comme   j’étais premier de classe, fort en sciences et très docile, je me suis soumis et j’ai entrepris des études en médecine vétérinaire. J’ai été diplômé vétérinaire à 21 ans, ce qui était assez précoce. Ensuite je suis venu au Québec pour poursuivre une spécialisation au niveau de la maîtrise en physiologie animale à l’école de médecine vétérinaire de Saint-Hyacinthe». Mais il ne se voyait pas traiter les petites bêtes, c’était simplement pour faire plaisir à papa et maman. Le destin se chargera de lui indiquer sa véritable voie. Et en prime, à l’occasion d’une petite fête, il rencontrera celui qui est son compagnon depuis vingt-cinq ans. L’artiste habite dans le Village, et son atelier est à peu de distance de son foyer.
 
Le hasard a voulu qu’il tombe sur une petite annonce où Mitchell Kotanvky dispensait des cours de modelage. Ce dernier agira tel un véritable mentor pour son élève, partageant généreusement avec lui le fruit de son savoir. Pour Craste, ce fut le signal de ce qui sera son destin. Il ne voulait pas chanter «J’aurais voulu être un artiste», il le deviendra, et à quel niveau! Il suivra ensuite des cours au Centre de céramique Bonsecours, affilié au Cégep du Vieux-Montréal. «J’ai été remarqué avant même la fin de ma formation car on m’a offert de rejoindre le corps professoral où je suis toujours depuis vingt ans». Depuis il se partage entre le travail en atelier et l’enseignement, tout en exposant ses créations ici et aux États-Unis. Sa dernière exposition solo remonte à près de quatre ans au Musée des beaux-Arts de Montréal qui lui a acheté deux œuvres pour sa collection.
 
Le vase qui capte sa créativité
À l’exposition de la Guilde, les vases en céramique dominent. Le céramiste s’inspire de la tradition européenne des Arts décoratifs des XVIIIe et XIXe siècles. Parfois à un vase classique de grande dimension, il va lui apporter une touche surréaliste que n’aurait pas renié un Salvador Dali lorsqu’il plante une hache là où elle ne devrait pas être. «Faire de la céramique exige un investissement en matériaux. Prenez ceux que vous voyez, bagués or. C’est de l’or liquide pur que j’achète en Europe et qui coûte 300 $ pour 10 grammes. Ensuite, vue la fragilité du produit, un bris peut survenir à tout moment, dans le four comme au séchage et ruiner tout le temps que vous avez mis. Ça peut devenir frustrant, mais en même temps tellement gratifiant quand le résultat est une réussite.» Et quel bel écrin que les nouveaux espaces de la Guilde dans une partie de ce qui était Holt Renfrew, rue Sherbrooke. La grande élégance, quoi. Allez-y faire un tour et vous verrez l’exigence briller de mille feux.
 
LA?CHUTE  de Laurent Craste à La Guilde (1356, rue Sherbrooke Ouest), jusqu’au 29 avril. laguilde.com