Ray Sparo, Monsieur Cuir Montréal 2017

Entre compassion, empathie et implication

André-Constantin Passiour
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Ray Sparo
Photo prise par © Johan Jannson
À 45 ans, Ray Sparo est le 26e M. Cuir Montréal. Élu en juin 2017, il cèdera son titre à son successeur lors du concours du mois d’août prochain, durant les célébrations de Fierté Montréal. Mais en attendant, Ray Sparo se prépare à l’important 40e concours International Mr. Leather (IML), à Chicago, du 24 au 28 mai prochain. 
Mais Ray Sparo a vécu des moments difficiles dans sa vie, des instants même de dépression menant à des tentatives de suicide. Il cherche maintenant à aider les autres à travers son soutien à ACCM (Sida Bénévole Montréal), en créant des espaces sécuritaires pour les gens… Voici l’entrevue que Ray Sparo nous a accordé à quelques semaines de son départ pour l’IML.
 

Peux-tu nous dire, en général, quelle fut ton expérience en tant que M. Cuir Montréal 2017?
 
J’aimerais dire que, jusqu’à présent, ce fut une expérience extraordinaire pour moi. L’appui de la communauté a été sans pareil. J’ai tellement «grandi» en tant que gars de cuir. J’ai beaucoup appris aussi à être un meilleur homme de cuir. J’ai parlé, mais j’ai aussi beaucoup écouté et appris de la communauté. Et le sexe a été merveilleux! (sourire)
 
De l’expérience de  M. Cuir Montréal, qu’as-tu le plus appris ?
 
L’humilité. Se faire aider des gens de la communauté est une expérience qui t’apprend à être humble. Cela fait chaud au cœur de voir comment la communauté s’unit pour m’aider dans mes activités charitables ou encore pour ma campagne de financement pour aller au concours IML (International Mr. Leather), à Chicago. J’ai toujours été quelqu’un qui fait ses propres affaires tout seul, mais on ne peut pas passer à travers l’année en tant que titulaire MCM et le faire tout seul. C’est impossible. J’ai donc appris que demander l’aide de mes frères et de mes sœurs était très bien aussi.
 
Chaque MCM a son propre style, quel est le style de Ray Sparo?

Je suis une personne qui désire projeter une image positive de la sexualité. Parler ainsi positivement de la sexualité est très sain pour moi. Je suis toujours ouvert autant d’apprendre sur la sexualité que de parler de mes fétichismes. On devrait tirer du plaisir du sexe. Dès mon jeune âge, on m’a appris que le sexe était quelque chose de tabou, mais par contre, une fois que j’ai brisé les chaînes de la honte, j’ai été capable de comprendre mon propre corps et  d’apprécier la peau dans laquelle je suis, j’ai aussi et ainsi appris à accepter les styles de vie des autres et ce, sans jugement aucun.
 
Depuis quand es-tu un gars fétichiste et de cuir? Qu’est-ce qui t’attire dans le fétichisme?
 
Ma première introduction au milieu cuir fut dans les années 1990. J’allais souvent au bar K.O.X. Un jour, un daddy cuir m’a regardé et m’a dit «Va en bas, aux Katakombes, je crois que tu vas aimer ça». Alors j’y suis allé et cela fut le coup de foudre. Je m’y suis senti très bien, je me suis senti à ma place et en sécurité. J’appartenais définitivement [à ce milieu-là]. Le cuir fait appel à tous mes sens et spécialement à l’odorat. L’odeur du cuir porté par un homme m’excite au plus haut point. Ce que j’aime le plus du monde du fétichisme, c’est qu’on est libre d’être qui l’on désire et, avec le temps, on évolue et on apprend ce qu’on aime. Depuis les dix dernières années, j’ai commencé à regarder la sexualité avec une perspective très positive. Cela m’a initié au fait que la sexualité peut être très amusante et sécuritaire.
 
Tu as décidé d’être une voix afin de rendre illégales aux Canada les thérapies de conversion? Pourquoi s’attaquer à ce sujet-là en particulier?
 
Ray SparoPlus jeune, j’ai été énormément intimidé verbalement et physiquement. On m’a appelé de toutes les sortes de noms possibles et imaginables. Si je marchais ou je parlais «comme un garçon gai», j’étais immédiatement harcelé. Cela a duré pendant des années. On m’a dit à répétition d’agir comme un garçon straight. On m’a dit que si je croyais que je pouvais «changer», alors je pouvais le faire puisque, en somme, je «choisissais» d’être une tapette. Avec le temps, j’ai fini par croire qu’ils avaient raison.
 
J’ai vraiment essayé de changer. Je combattais tous les jours qui j’étais dans mon corps et dans mon esprit. Je m’infligeais moi-même une sorte de thérapie de conversion. Je m’infligeais de la douleur à chaque fois que je ressentais des «pensées gaies». Avec le temps, voyant que je ne changeais pas, je sentais que j’avais échoué en tant que garçon et que j’échouerai en tant qu’homme. Je me sentais comme si je n’allais jamais devenir un homme. Cela a mené à des années de dépression et même à des tentatives de suicide. 
 
Nous avons besoin d’arrêter de dire aux enfants LGBTQ que ce qu’ils sont et ressentent est mal. Les thérapies de conversion sont destructrices. Et ça ne marche pas! Nous sommes en 2018, pourtant, bien que ces pratiques de thérapies de conversions sont barbares, elles sont encore légales au Canada et nous payons avec nos taxes de telles pratiques, avec les dollars que nous versons dans les taxes et les impôts. Il faut que cela s’arrête. Collectivement, nous pouvons stopper cela en appelant chacun notre député fédéral et en lui demandant de rendre illégales au Canada les thérapies de conversion.
 
Partout où tu prends la parole, tu te fais un devoir de propager un message d’amour dans la communauté cuir. Pourquoi cela est-il si important pour toi de dépasser les dissensions, les drames, etc.?
 
Je déteste les drames inutiles et les évite à tous prix. Les drames, c’est du poison. Leur objectif profond est de détourner votre temps et votre concentration de la compassion et de l’empathie que vous pouvez avoir pour les autres. Certains le vivent comme une véritable addiction. Cela leur donne, étrangement, une certaine volonté. Dans la vie, notre énergie n’est pas sans limite, alors je choisis de mettre mon énergie pour propager la compassion plutôt que dans les conflits.
 
Parle-nous maintenant un peu de ton implication à ACCM (Sida Bénévole Montréal) et dans certaines de leurs activités?
 
Danny Godbout (M. Cuir Montréal 2011) et moi avons une organisation appelée Gay Semicolon. Avec ACCM, nous avons créé un espace sécuritaire pour ceux qui ressentent le besoin de discuter ou qui ont besoin de «counselling» sur des sujets comme la dépression, l’anxiété et le suicide. J’ai aussi créé une zone de discussion sans aucun jugement dans laquelle des individus peuvent venir nous voir à ACCM et discuter librement de n’importe quoi. C’est un endroit où les gens peuvent discuter, sans se faire juger, de toutes sortes de choses allant de la sexualité à la drogue ou de tout autre chose qu’ils vivent au quotidien. Bref, un endroit où ils savent qu’ils pourront échanger, partager et être écouté sans jugement. La santé mentale est une chose dont on ne discute pas assez dans la communauté gaie à Montréal. Il y a trop de gens qui souffrent en silence. Par ailleurs, afin d’aider au financement [de cette activité], je vends des t-shirts et des épinglettes sur ma boutique Etsy – Ray Sparo avec le hashtag #iamsansjugement.
 
Le moment approche où, en tant que M. Cuir Montréal, tu iras représenter notre ville à Chicago. Comment te prépares-tu pour ce grand concours qu’est le International Mr. Leather (IML)?
 
En lisant, en faisant bien de la recherche, en se renseignant sur les précédents gagnants, en parlant avec mes frères cuir qui ont déjà participé au IML, en me pratiquant à répondre aux questions, mais surtout, j’essaie de surmonter mon énorme tract! (sourire)
 
D’ici ton départ, il y aura quelques événements à Montréal afin de recueillir des fonds...
 
Oui, le 31 mars, il y aura un Gay Bingo au Cabaret Mado, de 17h30 à 20h30 (les billets sont à 12$). Ensuite, le 14 avril, il y a le Hanky Code Party au 2e étage de l’Aigle Noir (contribution volontaire suggérée de 10$). Enfin, le 6 mai, il y aura un party avant le départ, au bar Electric Avenue (1476, rue Crescent, centre-ville), de 19h à minuit (les billets sont à 10$).