Chef à Québec

La chaleureuse et pétillante chef Marie-Chantal Lepage

Éric Whittom
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Photo Marie Chantal

Assise au comptoir de l’un de ses restaurants du Musée national des beaux-arts du Québec (MNBAQ), après son service du midi, la chef Marie-Chantal Lepage raconte dans une entrevue à Fugues comment son audace à l’âge de 16 ans a été le début d’une grande passion. Cette flamme est toujours aussi vive après 35 ans.

«J’allais rejoindre un de mes amis à Toronto, mais en chemin, je me suis arrêtée à Ottawa et j’ai postulé dans un hôtel à Hull pour gagner de l’argent, raconte cette native de Québec. Quand on m’a demandé si j’avais de l’expérience en cuisine, j’ai répondu sans hésitation que j’avais travaillé au Château Bonne Entente alors qu’en réalité, ce n’était pas vrai. J’avais tellement de détermination que je réussissais toujours à faire ce que les cuisiniers me demandaient.»
 
Après deux ans et demi, elle est revenue à Québec, car elle n’aimait pas l’ambiance macho en cuisine. «J’ai détesté ce travail à mort. J’ai trouvé cette expérience très dure. En 1982, il n’y avait pas de femmes dans les cuisines des restaurants. Les cuisiniers me disaient que la place d’une femme n’était pas en cuisine, mais à la maison.»
 
C’est avec le réputé Serge Bruyère, propriétaire d’un restaurant dans le Vieux-Québec, qu’elle a ensuite appris réellement la cuisine durant trois ans et demi. «À l’époque, c’était le plus grand restaurant au Québec, même au Canada. C’est lui qui m’a donné la passion de la cuisine. C’était vraiment plaisant de travailler avec lui. Il m’encourageait en me disant que je pouvais aller loin en cuisine. Il a été une bougie d’allumage pour moi.»
 
Par la suite, Marie-Chantal a accumulé plusieurs autres expériences enrichissantes, principalement dans différents restaurants prestigieux de Québec, notamment comme chef exécutif au Manoir Montmorency durant onze ans et au Château Bonne Entente durant huit ans. «En 2012, j’ai ouvert mon restaurant dans le Vieux-Port, l’Espace MC Chef. Ça a duré deux ans et demi, car j’ai fait faillite.»
 
Trois restaurants au MNBAQ, trois ambiances
Cette expérience très douloureuse ne l’a pas empêché de rebondir rapidement et d’être retenue lors d’un appel d’offres en 2015 pour opérer avec une cinquantaine d’employés les trois restaurants dans le MNBAQ: Signé MC Lepage dans le pavillon central, Tempéra Québécor dans le grandiose hall en verre du pavillon Pierre Lassonde et un café (soupes, salades, sandwichs, cafés, thés, etc.) dans le pavillon Charles-Baillairgé (une ancienne prison). Elle prépare aussi les repas pour les banquets et les réceptions qui se déroulent au MNBAQ, par exemple des mariages ou des anniversaires.
 
«Ce qui est agréable ici, c’est que je suis entourée d’art. C’est tellement inspirant de travailler ici. D’ailleurs, j’essaie de m’inspirer des œuvres des expositions. Par exemple, lors de l’exposition du couple Mitchell/Riopelle, j’ai élaboré un menu avec des plats très colorés. Quand les clients entrent dans mon restaurant [Signé MC Lepage], je veux que ce soit comme s’ils entraient dans une autre salle d’exposition.»
 
Pour ce restaurant, elle a conservé sa touche personnelle. «Je cuisine avec les produits du Québec, mais aussi avec des saveurs de partout dans le monde. C’est une cuisine soignée, donc plus raffinée et plus recherchée. Par exemple, je travaille le canard, le foie gras, les oursins. Je rencontre souvent mes fournisseurs pour avoir les meilleurs produits d’arrivages frais.»
 
Pour son dernier né en juin 2016, le Tempéra Québécor, elle souhaite que ce restaurant de-     vienne un incontournable pour les [email protected] dans le Quartier des arts de Québec (Montcalm). D’ailleurs, elle y aménagera bientôt un espace «lounge». «C’est un restaurant plus convivial avec une vue magnifique sur les plaines d’Abraham, dont le concept est basé sur le partage. Les entrées et les plats sont mis au centre de la table et les gens peuvent goûter à tout et boire de bons vins à prix abordable. Je veux que ce soit une place animée où on peut rire aux éclats.».
 
Une passion à l’épreuve du temps
Les difficultés dans le monde de la restauration ne freinent pas son ardeur, notamment l’augmentation du prix de la nourriture, le recrutement laborieux du personnel et les critiques sur les réseaux sociaux. «C’est un défi journalier. Mais je suis tellement passionnée que je ne pourrais pas faire autre chose. J’adore quand c’est le coup de feu en cuisine, c’est-à-dire quand le restaurant est plein, que les bons de commande débordent et que les situations sont compliquées. Je travaille très bien sur le stress», souligne-t-elle.
 
En 2000, elle a été la première femme a remporté le titre de Chef cuisinier national de l’année de la Société des chefs, cuisiniers et pâtissiers du Québec. «À ce jour, je suis la seule femme dont le nom fi-gure sur un trophée qui date de 1964. J’ai hâte qu’une autre femme mérite ce titre.»
 
Pour le moment, elle ne prévoit pas écrire d’autres livres de cuisine ou participer à d’autres émissions de télévision comme Les Chefs où elle a été l’une des juges à deux reprises. «Ma place, c’est dans mes restaurants. Pour avoir du succès, un chef doit être dans son restaurant pour voir ce qui se passe et éviter que son restaurant ne perde de son essence.»  
 
Menus et heures d’ouverture des restaurants: 
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